C’est un projet très singulier, annoncé lors du sommet Choose France 2025, qui s’est dévoilé ce 1er juin 2026 - jour du Choose France 2026 - au Barp (Gironde). Les français Thalès (22 Md€ de CA, 83 000 salariés) et Radiall (3 500 salariés pour environ 430 M€ de CA) et le taïwanais Foxconn (plus de 200 Md€ de CA et environ 900 000 employés) se sont réunis au sein de la coentreprise Tessalia, nommée en référence aux carreaux d’une mosaïque (tesselles).
Ensemble, ils ont posé la première pierre d’une nouvelle usine d’assemblage et de tests de semi-conducteurs. D’ici 2034, le site devrait fabriquer annuellement plus de 50 millions de SiP ou "System in Package", un assemblage de plusieurs puces dans un boîtier qu’on retrouve notamment dans les téléphones portables. L’investissement initial s’élèvera a minima à 250 millions d’euros pour le foncier et les machines.
Marchés cibles
Pas question, en revanche, de produire des puces pour smartphones, même si Foxconn est connu pour être l’un des principaux fabricants des IPhone d’Apple. La production, en petite et moyenne série, vise l’Europe sur des secteurs clés tels que l’aéronautique, le spatial, la défense, l’automobile ou le médical. L’utilisation par Tessalia d’une technologie d’encapsulation spécifique pour développer du "packaging à très haute densité" pour simplifier et miniaturiser les composants des circuits imprimés est rendue possible par un "transfert de technologie".
C’est là qu’entre dans le jeu Foxconn. Le Taïwanais, premier fabricant mondial d’électronique, est un partenaire clé de Thalès et Radiall qui fournira sa technologie par accords de licence.
Souveraineté industrielle
Pour les industriels français, cette initiative est un moyen de sécuriser et de relocaliser le circuit de fabrication de ces semi-conducteurs, et s’éviter ainsi "de multiples allers-retours en Asie", assure encore Damien Jugie.
"Pour Thalès ou Radiall, ce n’est pas un investissement financier intéressant. On n’est pas là pour gagner de l’argent avec cette usine mais pour, à terme, avoir des produits finis beaucoup moins chers."
"Il est hors de question que nos produits pour la défense soient fabriqués par des Taïwanais."
Cette compétitivité ne se fera pas sans garde-fous vis-à-vis du géant taïwanais, présent au capital et dont l’un des dirigeants demeurera à la direction de l’entreprise. "Pendant deux à trois ans, on va faire venir des Taïwanais en France. Ensuite, ils repartiront et l’usine sera autonome, en particulier pour des raisons de souveraineté. Il est hors de question que nos produits pour la défense soient fabriqués par des Taïwanais", explique le directeur stratégique de Thalès.
L’intérêt de Foxconn
Si Foxconn arrive et repart, son intérêt dans l’affaire est ailleurs. "Avant la Covid, 95 % de la production de Foxconn était en Chine. Ils ont mis en place un plan pour externaliser. Aujourd’hui, la Chine représente moins de 65 % de leur production et ils ciblent trois pays : l’Indonésie, l’Inde et la France", abonde Damien Jugie.
L'arrivée en France du géant de l'électronique, une "étape majeure" pour le responsable de la division semi-conducteurs de Foxconn Bob Wei-Ming Chen, se fera donc au Barp mais aussi à Angers où il va investir 120 millions d’euros dans une usine de cartes mères.
L’actionnariat de Tessalia reste ouvert à d’autres partenaires. L’entreprise attend une validation européenne pour obtenir des aides publiques de l’État pour la construction de l’usine, des aides qui pourraient atteindre 150 millions d’euros. Les premières lignes de test devraient tourner en 2029. À pleine capacité, le site du Barp pourrait employer 800 salariés, "exclusivement français", insiste un porte-parole de Thalès.