Pluie de bonnes nouvelles pour la petite surdouée du biométhane Waga Energy (250 salariés ; 55,7M€ de CA). L’ETI grenobloise, qui a fêté ses dix ans en juin dernier vient ainsi d’inaugurer un nouvel atelier destiné à doubler ses capacités de production, quelques semaines après l’annonce de son rachat par le fonds suédois EQT. L’entreprise, qui conçoit et fait produire des Wagabox, solutions innovantes installées sur les sites de stockage de déchets et destinées à produire du biométhane, a également annoncé cet été avoir obtenu un prêt de 25 millions de dollars pour refinancer ses unités canadiennes.
De quoi poursuivre sur sa trajectoire de croissance rapide et atteindre ses ambitions de développement à l’international. "En dix ans, nous sommes parvenus à atteindre notre mission de déployer nos solutions pour lutter contre les émissions de méthane, devenues par ailleurs l’une des priorités de la COP (NDLR sommet annuel de l'ONU pour lutter contre le changement climatique). Nous sommes également passés de trois collaborateurs à une équipe de près de 300 personnes. Sachant que chaque emploi créé chez nous entraîne 3 à 4 postes chez nos sous-traitants", s’est félicité Mathieu Lefebvre, président-directeur général de Waga Energy, à l’occasion de l’inauguration du nouvel atelier.
Un potentiel de milliards de tonnes de déchets
Mais le travail est loin d’être terminé ! Selon le Global Waste Management Outlook 2024publié par l'ONU , la production de déchets municipaux solides représentait autour de 2 milliards de tonnes en 2023, et pourrait atteindre 3,8 milliards de tonnes par an d’ici 2050. "Il existe des dizaines de milliers de décharges dans le monde et nous espérons continuer de nous étendre avec le soutien de notre nouvel actionnaire", a ajouté le dirigeant.
Un nouvel atelier pour les équipements cryogéniques
Afin de répondre à l’accélération de la demande mondiale en biométhane, l’entreprise a donc décidé de construire un nouvel atelier, juste à côté de son siège à Eybens, aux environs de Grenoble. Cet outil industriel a représenté un investissement de 1,6 million d’euros dont 100 000 euros d’aide de la Région Auvergne-Rhône-Alpes pour financer les achats d’équipements. Le bâtiment de 1 200m² comprend une partie bureaux et deux ateliers, de 700 m² et 340 m², qui seront coexploités avec l’entreprise de chaudronnerie iséroise Ravanat.
"Nous sommes une entreprise fabless (N.D.L.R. qui sous-traite la fabrication) mais nous avons qualifié tout un réseau de partenaires de long terme dont Saint-Gobain ou Fives. Ravanat est lui aussi un de nos partenaires historiques depuis la fabrication de notre première unité Wagabox en 2016", explique Mathieu Lefebvre. Ravanat, qui possède notamment des compétences de pointe en soudure fabrique ainsi depuis 10 ans les modules de distillation cryogénique de Waga Energy, servant à séparer le méthane des autres gaz au sein de la Wagabox. "L’installation de notre partenaire industriel au sein de nos locaux est stratégique : elle nous permet de travailler en confiance, de maîtriser notre propriété intellectuelle et de nous projeter sur le développement de futurs projets", affirme Nicolas Paget, directeur général adjoint de Waga Energy.
Objectif : 100 unités installées d’ici deux ans
Avec ce nouvel atelier, l’entreprise, qui compte à ce jour 31 centrales de production de biométhane sur les continents européen et américain et 19 unités supplémentaires en cours de construction, entend doubler ses capacités de production. "Nous visons 100 machines supervisées d’ici deux ans", explique ainsi Mathieu Lefebvre. L’ETI possède en effet un modèle d’affaires de développeur, financeur et exploitant sur 10 à 20 ans, avec une équipe chargée de la supervision de toutes les unités basée à Eybens et des techniciens répartis sur les territoires. "Chaque machine nécessite un entretien de maintenance une fois par an sur cinq jours, qui est assurée par nos équipes", explique le dirigeant.
Déployer un maximum de projets en Europe et en Amérique
L’arrivée du nouvel actionnaire couplée à la construction de l’atelier industriel devrait permettre à la société d’accélérer à l’international, où elle possède déjà 6 filiales, aux États-Unis, au Canada, en Espagne et depuis plus récemment en Italie, au Royaume-Uni et au Brésil. "Notre objectif est de déployer un maximum d’unités Wagabox en Europe, en Amérique du Nord et du Sud et pourquoi pas d’ouvrir d’autres zones géographiques en Europe de l’Est, voire en Asie", explique Guénaël Prince, directeur de Waga Energy USA. La filiale brésilienne, ouverte en janvier 2025 devrait notamment permettre d’attaquer la Colombie et le Mexique.
25 millions empruntés sur 20 ans
Comme évoqué précédemment, l’entreprise vient par ailleurs d’obtenir un prêt de 25 millions de dollars canadiens (environ 16 M€) à échéance 2044, auprès des sociétés de services financiers Equitable et Empire Life, basées dans l’Ontario (Canada), pour refinancer ses trois unités Wagabox en service à St-Étienne-des-Grés, Chicoutimi et Cowansville au Québec. De quoi rembourser les dettes de construction et renforcer la trésorerie du groupe, en vue de soutenir le développement de nouveaux projets de production de biométhane au Canada et sur le continent, où Waga Energy exploite sept unités de production.
"Aux États-Unis, il existe des contrats de long terme par lesquels des acheteurs s’engagent à acheter du biométhane à un prix fixé. Cela apporte une visibilité et sécurise les revenus des producteurs"
13 autres sont en construction au Canada et aux États-Unis. "Il existe aux États-Unis des mécanismes qui soutiennent le développement du biométhane. Ainsi, les BPA (Biomethane Purchase Agreement) sont des contrats de long terme par lesquels des acheteurs s’engagent à acheter du biométhane à un prix fixé. Cela apporte une visibilité financière et sécurise les revenus des producteurs", explique Mathieu Lefebvre.
Lutter contre le réchauffement climatique
Toutes ces annonces n’ont néanmoins pas fait perdre de vue aux trois dirigeants fondateurs leur objectif initial : réduire les émissions de CO2 de la planète et participer ainsi à la transition énergétique. "Les émissions de méthane sont un sujet ultra-critique, il s’agit d’une urgence absolue en matière de lutte contre les changements climatiques", assure ainsi Mathieu Lefebvre. Le méthane est en effet un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO² sur 20 ans.
"Notre objectif est d’accélérer la transition énergétique en augmentant chaque année notre production de biométhane", affirme le dirigeant. Selon les estimations de Waga Energy, l’entreprise a permis d’éviter l’émission de près de 280 000 tonnes d’équivalent CO² dans l’atmosphère depuis 2017.