"Auchan n’est pas en faillite. Ni en repli. Mais se consolide." Le message de Guillaume Darrasse, directeur général d’Auchan Retail, s’est voulu sans ambiguïté lors de la présentation des résultats 2025. Le distributeur nordiste, qui emploie plus de 150 000 collaborateurs, dont près de 7 000 en France, a sécurisé 1,8 milliard d’euros de financements sur cinq ans, pour soutenir un plan de transformation à trois ans. Il vise à redresser l’activité en France, en difficulté depuis plusieurs années, tout en poursuivant le développement en Europe.
Ce refinancement repose sur un milliard d’euros déjà mobilisés, dont 400 millions auprès des banques et 600 millions apportés par l’actionnaire, ainsi que 800 millions d’euros de lignes de crédit renouvelables. À ces ressources s’ajoute la monétisation d’une partie du patrimoine immobilier, pour 1,3 milliard d’euros d’ici 2027, dont plus de 50 % réalisés en 2025.
Une situation assainie
En 2025, Auchan Retail a réalisé 32,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 1,5 %. L’Ebitda progresse nettement pour atteindre 1,025 milliard d’euros, soit + 16,1 % sur un an, grâce à une meilleure maîtrise des coûts. L’enseigne n’a toutefois pas communiqué son résultat net, concédant qu’il reste négatif.
430 millions d’euros d’économies sur les coûts de structure
Le groupe revendique l’équivalent de 430 millions d’euros d’économies sur les coûts de structure en 2025. "Cette baisse des coûts n’est pas faite pour faire du résultat, mais pour investir dans la réduction des prix en rayon", souligne Guillaume Darrasse.
Le redressement passe aussi par l’international. Hors France, les marchés stratégiques — Espagne, Portugal, Pologne et Roumanie — affichent une croissance de 1,8 % et un Ebitda stable à 654 millions d’euros. Le distributeur y accélère notamment sur la franchise et le digital, avec l’ouverture d’entrepôts automatisés dédiés à la livraison à domicile, près de Madrid et Varsovie.
Une stratégie française différente
En France, où l’activité reste déficitaire, la stratégie diverge. Sur le format supermarché, Auchan Retail prévoit de confier une grande partie de son parc au Groupement Mousquetaires, sous enseigne Intermarché ou Netto. 164 supermarchés seraient exploités en franchise dans une nouvelle structure, 11 resteraient dans le périmètre Auchan, tandis que 91 autres pourraient être cédés. Objectif : baisser immédiatement les prix de 6 à 7 % grâce à de meilleures conditions d’achat et faire progresser les volumes de 20 % d’ici 2029.
Dans le même temps, l’enseigne veut relancer ses hypermarchés. Convaincue que ce format reste attractif — 89 % des Français les fréquentent, selon la direction — elle prévoit la modernisation de 45 hypermarchés entre 2025 et 2026, avec 6 à 7 millions d’euros d’investissement par site.
Le levier prix
Le redressement de l’activité française passera aussi par un repositionnement sur les prix. Auchan Retail a consacré 100 millions d’euros en 2025 à la baisse de ses prix en rayon, un effort appelé à se poursuivre "au même rythme pendant deux à trois ans", note le dirigeant, afin de combler l’écart avec les principaux concurrents.
En parallèle, le groupe veut redynamiser ses hypermarchés en ajoutant 2 600 références alimentaires et en renforçant les animations commerciales autour des temps forts de consommation, comme Noël, Pâques ou la rentrée scolaire. "C’est une aventure de trois ans", conclut Guillaume Darrasse, assumant un redressement qui devrait encore peser à court terme sur les résultats.