GRDF a posé les objectifs : atteindre les 25 % de gaz issu des méthaniseurs en Pays de la Loire pour 2030 (vs 7 % aujourd’hui). Alors certains s’emploient à démocratiser ces installations. Fondé en 2005, le groupe Keon (140 salariés, dont 50 à Nantes) en fait partie. "Il n’existe pas de méthanisation sans agriculture. Les exploitants sont au coeur des projets, et ont donc besoin d’accompagnement", explique Germain L’Heriau, responsable commercial de Keon. La PME propose ainsi une nouvelle offre, baptisée Mono-métha, pour accompagner les agriculteurs de l’idée d’une implantation jusqu’à son exploitation, en passant par le montage économique, sa construction, ou encore sa mise en service. Le tout dans un processus de 2 à 4 ans. "Nous avions déjà toutes ces compétences en interne. Or, nos concurrents sont des développeurs ou des constructeurs, mais pas les deux", appuie Germain L’Heriau. Avec le développement de la méthanisation, le groupe envisage de passer d’un chiffre d’affaires de 45 à 50 millions d’euros entre 2025 et 2026.
Une quinzaine d’installations signées
Keon a déjà bâti 90 unités de méthanisation depuis 2011. Avec cette nouvelle offre, l’entreprise a signé une quinzaine d’installations, dont quatre sont déjà opérationnelles. Parmi celles-ci se trouve celle du Gaec des Cariolets, à Sainte-Pazanne à 30 km au sud de Nantes, une exploitation laitière dirigée par quatre agriculteurs et agricultrices. Il faut dire que ces derniers n’en sont pas à leur coup d’essai. Ils faisaient partie d’un ancien projet d’implantation d’un méthaniseur géant qui devait réunir 80 exploitations. Il avait soulevé de nombreuses oppositions de la population, et le projet avait finalement été abandonné en 2023.
"Nous avons organisé des portes ouvertes, et pris en compte les remarques des riverains. Ils ont trouvé de l’écoute"
"Nous ne pensions pas qu’il était possible de porter un projet de méthaniseur seul", appuie Sylvain Guilbaud, l’un des agriculteurs associés. Cette nouvelle offre de Keon se veut ainsi sécurisante pour les agriculteurs. "S’ils ont affaire à un simple constructeur, les agriculteurs peuvent craindre de se retrouver seuls ensuite en cas de problème", appuie Germain L’Heriau.
60 fois plus petit, mais plus rentable
"Nous injectons ici 10 000 tonnes d’intrants par an, soit 60 fois moins que le projet initial", témoigne Sylvain Guilbaud. Le méthaniseur du Gaec livre tout de même au réseau l’équivalent de la consommation de 750 foyers. C’est surtout beaucoup plus rentable pour les agriculteurs que le projet XXL, qui était porté par la compagnie pétrolière Shell, et duquel ils n’auraient tiré qu’une petite partie des bénéfices. "Nous faisons un million d’euros de chiffre d’affaires au niveau de notre activité agricole. Ce méthaniseur permet de le doubler, pour l’équivalent d’un mi-temps passé. Nous avons donc embauché un second salarié sur l’exploitation", appuie l’agriculteur.
De l’écoute et du dialogue pour plus d’acceptabilité
Cette nouvelle unité aura nécessité un investissement de 5 millions d’euros, dont un prêt de 4,2 millions d’euros des banques, une subvention de l’Ademe de 315 000 euros, et 100 000 euros de la plateforme participative Miimosa qui a réuni 174 particuliers. "Nous avons organisé des portes ouvertes, et pris en compte les remarques des riverains. Ils ont trouvé de l’écoute. L’unité est implantée sur l’un de nos terrains qui était difficilement cultivable, et situé à plusieurs kilomètres des premières habitations", ajoute l’agriculteur, qui y voit un projet agricole qui n’a plus cette dimension industrielle effrayante pour les riverains.
Une possible entrée au capital
Le méthaniseur du Gaec ligérien figure effectivement parmi les projets de petite taille, puisque ceux adossés à l’offre Mono-Métha de Keon coûtent en général entre 5 et 8 millions d’euros. Des sommes qui restent parfois complexes à emprunter pour les exploitants. "Keon peut également apporter des fonds propres, et prendre des parts au projet d’un méthaniseur. On peut être majoritaire, mais on ne prend jamais 100 % du capital", appuie Germain L’Heriau. Sur les 90 unités opérationnelles, Keon est aujourd’hui au capital d’une vingtaine de méthaniseurs.
Une expertise française sur l’injection
Grâce à cette maîtrise de toute la chaîne de valeur, Keon ambitionne de s’étendre à l’international, notamment en Europe, mais aussi au Québec où l’entreprise installe sa première unité. Cette internationalisation n’était pour autant pas une évidence puisque d’autres pays sont bien plus avancés : par exemple l’Allemagne possède 10 000 méthaniseurs sur son territoire, contre 2 000 en France. "Le marché français a l’expertise d’avoir beaucoup de méthaniseurs reliés au réseau gazier, et qui y injectent directement leur gaz. Or, ailleurs, le gaz était souvent converti sur place en chaleur ou en électricité. Aujourd’hui, le parc allemand est en train de se convertir à l’injection". Au lieu d’un nouveau marché, c’est un secteur en pleine mutation sur lequel veut surfer Keon.
Un équilibre à trouver
Pour que la filière explose vraiment, il reste à régler la question de la taille de ces méthaniseurs. Car si les petites unités permettent une meilleure acceptabilité, ce n’est pour autant pas la direction que semble prendre la filière dans les années à venir. "Le tarif d’achat du biogaz perd 2 % par an. Cette dégressivité programmée incite les nouveaux projets à être plus importants afin de compenser cette baisse", analyse Germain L’Heriau. Les futurs projets devront ainsi trouver un juste équilibre entre être assez imposants pour être rentables, et suffisamment modestes pour éviter une logistique trop complexe. Un fil sur lequel marche l’ensemble de la filière de la méthanisation.