Pour mieux pivoter dans sa technologie, la start-up industrielle angevine Néolithe se place sous la protection du tribunal de commerce d’Angers. La société a fait l'objet d'une procédure de redressement judiciaire le 10 juin 2026 avec une période d'observation de 6 mois. Depuis septembre 2025, l’entreprise, qui a mis au point un procédé de fossilisation des déchets industriels pour les transformer en granulats, a été contrainte de revoir son process industriel. En cause, la présence d’amiante dans le gisement des déchets qu’elle reçoit du BTP en amont de ce process, qui ne lui permet pas de les utiliser. La loi n’autorise en effet aucune trace d'amiante dans la composition des granulats qui sortent du démonstrateur à grande échelle de l’entreprise à Beaulieu-sur-Layon (Maine-et-Loire), où elle s’est installée fin 2024. Néolithe doit donc réadapter sa solution aux déchets industriels et commerciaux pour se relancer.
Adaptation du process
Lorsque Néolithe a avisé l’administration de traces d’amiante dans ses granulats, en raison de sa présence dans les déchets que l’entreprise valorise, elle a dû arrêter à l’automne 2025 le fonctionnement de son installation pilote, en capacité de traiter 10 000 tonnes par an, pour se recentrer sur les déchets industriels et commerciaux. Or, expliquait alors Nicolas Cruaud, le président et cofondateur en 2019 de Néolithe, "notre installation pilote actuelle ne fonctionne pas avec ce nouveau mix qui ne contient plus de déchets de chantiers. Nous devons donc la modifier pour adapter notre technologie. Cela va imposer aussi de changer certaines machines."
L'entreprise a dû aussi reporter son projet de levée de fonds pour construire à Beaulieu-sur-Layon sa première usine de grande capacité, dont l’ouverture était initialement prévue en 2026. Capable de valoriser 100 000 tonnes de déchets par an, elle devait permettre la production annuelle d’environ 80 000 tonnes de granulat. Les effectifs de l’entreprise ont également été réduits depuis l’automne dernier, passant de 180 collaborateurs à 96 actuellement.
Récupérer une maturité industrielle
C’est dans le cadre de ce pivot industriel que Néolithe engage donc une procédure de redressement judiciaire. "Après s’être réorientée sur les déchets des activités économiques et commerciales, hors BTP, indique la start-up, la procédure actuelle donnera un autre cadre stable à l’entreprise pour refondre sa technologie et démontrer la visibilité technique et commerciale de ses nouveaux produits, qu’elle dévoilera en fin d’année." Pendant cette période, Néolithe dit poursuivre pleinement ses opérations. "La période qui s’ouvre va être intense en termes de restructuration mais aussi de développements technologiques, indique Nicolas Cruaud. Nous devons récupérer une maturité industrielle plus importante avant de pouvoir convaincre à nouveau le marché et redéployer notre ambition."
Une maturité industrielle que l’entreprise, qui a levé 20 millions d’euros en juin 2022 puis 60 millions d’euros fin 2023, souhaite atteindre afin de se relancer et poursuivre son projet initial, celui d’installer à l’avenir des usines capables de transformer en granulats des dizaines de milliers de tonnes de déchets non-recyclables chaque année.