En cinq ans, Néolithe a franchi bien des paliers depuis sa création en 2019 : l’entreprise, qui a imaginé un principe de fossilisation des déchets pour les transformer en granulats destinés au secteur du BTP emploie aujourd’hui 180 collaborateurs. Elle s’est installée dans un nouveau siège social dans le Maine-et-Loire, à Beaulieu-sur-Layon fin 2024 et va ouvrir en 2026 sa première usine de grande capacité, à quelques dizaines de mètres de ses actuels locaux. L’entreprise va implanter un équipement industriel sera capable de valoriser chaque année en 100 000 tonnes de déchets non-recyclables, non-inertes et non-dangereux issus des entreprises, en un tonnage quasi équivalent de granulats. Ces déchets sont broyés puis mélangés avec un liant minéral permettant de fabriquer un matériau de construction.
Changement de dimension
À Beaulieu-sur-Layon, Néolithe a déjà déployé une première unité d’une capacité de 10 000 tonnes. Celle-ci lui sert à la fois d’outil de développement R & D et de démonstrateur pour d’éventuels investisseurs ou pour les pouvoirs publics et collectivités qui souhaiteraient qu’un équipement de l’entreprise angevine soit déployé sur leur territoire. En face de ses locaux actuels, dans un bâtiment logistique de 31 000 mètres carrés divisé en 5 cellules de 6 000 mètres carrés chacune, la jeune entreprise ouvrira donc en 2026 sa première usine. "Nous changeons de dimension, explique Quentin Laurens, directeur des affaires publiques et de la communication de Néolithe, et ce sera vraiment la mise à l’épreuve d’un modèle à une échelle réelle."
Environ 70 emplois créés
L’entreprise prendra possession du bâtiment début juillet. Il faudra ensuite y réaliser une phase de travaux pour y intégrer le process industriel et Néolithe y espère un lancement de l’activité à l’automne 2026. Ce lancement devrait s’accompagner de la création d’environ 70 emplois. "Au-delà de sa localisation à proximité immédiate de nos locaux et des axes routiers, explique Quentin Laurens, ce bâtiment présente de nombreux avantages, en termes de surface ou de hauteur ou de protection contre les incendies.
Déjà construit, il a aussi un intérêt écologique puisque nous évitons l’artificialisation avec une construction neuve."
Le bâtiment que va intégrer en location Néolithe est la propriété de Groupama. Il était jusqu’ici exploité par Gémo et Vêtir, filiale du groupe angevin Éram qui a décidé de recentrer ses activités logistiques dans un nouveau site à quelques kilomètres, dans la commune de Chemillé-en-Anjou.
Un bâtiment déjà existant
L’opportunité d’implanter l’usine dans un bâtiment existant représente pour Néolithe un avantage financier, en s’exonérant de la construction d’un équipement totalement neuf. "Nous gagnons aussi du temps, souligne Quentin Laurens, ce qui faisait également partie de nos critères de choix. Pour Beaulieu-sur-Layon, nous avons à déposer un dossier concernant la réglementation ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement, NDLR). En termes d’acceptabilité d’un projet industriel par les riverains, il est également plus facile de s’installer dans un site déjà construit."
Investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros
L’aménagement de la première usine de Néolithe nécessitera un investissement de l’ordre de plusieurs dizaines de millions d’euros. C’est ce qu’avait révélé dans nos colonnes le président et cofondateur de la start-up angevine Nicolas Cruaud début 2024.
Initialement, l’entreprise souhaitait implanter à proximité d’entreprises industrielles qui génèrent des déchets, de plus petits équipements. Elle a revu sa stratégie. "Nous n’allons plus installer des fossilisateurs de 10 000 tonnes de déchets chez nos clients, avait alors expliqué Nicolas Cruaud, mais construire nos propres usines d’une capacité de 100 000 tonnes par an".
Levée de fonds imminente
Cette stratégie, qui nécessite des besoins de financements plus importants, a débouché sur une levée de fonds de 60 millions d’euros fin 2023. Le financement de la future usine devrait donner lieu cette année à un nouveau tour de table. "Le tour de table est déjà engagé et il se fera en plusieurs phases. La première tranche interviendra très prochainement et l’ensemble devrait être bouclé avant la fin de l’année", précise Quentin Laurens. Pour chacune des unités industrielles, que ce soit pour le futur site de production de Beaulieu-sur-Layon ou pour ceux que l’entreprise envisage de construire dans les années suivantes ailleurs en France, Néolithe prévoit la création d’une filiale dédiée. La première usine s’appellera ainsi Dévonien, du nom d’une ère géologique.
Une dizaine d’usines en 2030
L’entreprise angevine, qui emploie désormais 180 collaborateurs, reste pour l’heure discrète sur son chiffre d’affaires : "Il n’est pas encore significatif et le sera à partir du moment où l’usine entrera en service", indique Quentin Laurens. Dans le modèle industriel de Néolithe, les déchets seront captés dans un rayon de 150 kilomètres maximum et les granulats, qui peuvent entre dans la composition du béton, dans un rayon de 100 kilomètres. "Nous sommes donc dans une logique de maillage du territoire, explique Quentin Laurens, et nous avons déjà des contacts avancés dans plusieurs régions, en Bretagne, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Paca ou Auvergne-Rhône-Alpes."
Néolithe prévoit ainsi le déploiement d’autres usines dans les années qui suivront l’ouverture de celle de Beaulieu-sur-Layon. "Nous pourrions en avoir une dizaine d’ici 2030, conclut Quentin Laurens sachant que chaque année en France, il y a 14 millions de tonnes de déchets industriels enfouis ou incinérés qui pourraient être traités."