Alors que Néolithe a annoncé récemment la construction de sa première unité de grande capacité à proximité immédiate de ses locaux de Beaulieu-sur-Layon (Maine-et-Loire), la start-up angevine, qui a développé un procédé de fossilisation des déchets pour les transformer en granulat, est lauréate d’un appel à projets du Feder, le Fonds européen de développement régional. Via la Région des Pays de la Loire, elle obtient un financement d’un million d’euros pour accélérer sa R & D sur le liant à base minéral qu’elle utilise pour la fossilisation.
Formuler des liants bas carbone
C’est un secret industriel : Néolithe a élaboré un liant minéral dont la recette est jalousement gardée. Il permet d’accélérer la fossilisation des déchets et de les transformer en granulat. Actuellement, la production de ce liant, qui a nécessité un budget de 2,5 millions d’euros de 2023 à 2025 en termes d’achats de matière, représente 90 % des émissions de l’entreprise. "Nous effectuons toujours des recherches sur le liant que nous utilisons, explique Nicolas Cruaud, président de Néolithe, ce qui nous permet de travailler sur quatre paramètres : son coût, car nous achetons des bases minérales pour les produire, leur disponibilité, le CO2 intrinsèque que ce liant génère et la performance du granulat que nous produisons. L’objectif est de formuler des liants bas carbone qui nécessitent moins de chauffe et qui permettent de trier plus de déchets."
Traiter de nouveaux déchets
Actuellement en effet, Néolithe, qui emploie 185 collaborateurs, ne traite que les déchets des entreprises qui sont destinés à l’enfouissement. Le but est d’être à l’avenir en capacité d’élaborer du granulat avec, par exemple, les déchets ménagers, ce qui nécessite la formulation d’autres liants. L’entreprise travaille aussi actuellement à la certification de ses granulats pour une utilisation dans les bétons structurels.
Pour l’heure, ils ne le sont que pour les bétons non structurels, utilisés dans les fondations par exemple. Cela permettrait une meilleure valorisation, même si le modèle économique repose avant tout sur le traitement des déchets. "Traiter les déchets est notre premier métier, appuie Nicolas Cruaud, et la production de granulat est autre chose. 90 % de nos revenus viennent de cette prestation de traitement de déchets, 5 % de la vente de matériaux recyclés et 5 % de la vente de granulat."
100 000 tonnes de déchets par an
Ce granulat, matière à faible valeur, nécessite également après production des coûts de transport, et il ne peut donc être redistribué que dans un périmètre restreint, d’au maximum 50 kilomètres. Quant aux matériaux recyclés vendus, ils proviennent du tri effectué par Néolithe à l’arrivée des déchets. Dans ces déchets ultimes, peuvent en effet demeurer des plastiques ou des métaux qui n’entrent pas dans la chaîne de fossilisation. Ils sont alors isolés pour réintégrer la boucle du recyclage. Le reste est quant à lui mélangé, extrudé, jusqu’à obtenir une fine poudre. C’est cette "farine de déchets" qui est mélangée au liant pour produire le granulat. Dans le futur équipement qui devrait entrer en service en 2026 à Beaulieu-sur-Layon, d’une capacité de traitement de 100 000 tonnes de déchets ultimes par an, environ 20 000 tonnes de plastique et de métaux devraient ainsi être dirigés vers le recyclage. Le site, qui emploiera 70 personnes, produira environ annuellement 80 000 tonnes de granulat.