Néolithe revoit sa trajectoire de développement, mais pas ses ambitions industrielles : l’entreprise, qui réalise la fossilisation accélérée des déchets pour les transformer en granulats pour le BTP, a toujours le projet de développer ses fossilisateurs de grande capacité. Mais des traces d’amiante apparaissent parfois dans les déchets de chantier traités par la start-up industrielle angevine, qui a décidé d’exclure le traitement de ce type de déchets, avec des conséquences sur ses prévisions.
Objectif "zéro amiante"
Dans les déchets de chantiers, malgré le tri effectué lors d’une déconstruction, il peut demeurer des traces d’amiantes. Or, ce sont entre autres ces déchets que traite l’entreprise Néolithe pour les transformer en matériaux de construction, qui peuvent être utilisés dans des bétons, remplaçant une partie des granulats naturels. Ils entrent environ pour moitié environ dans le process de la start-up, avec d’autres déchets industriels et d’entreprises ou de commerces.
Ces traces, Néolithe (CA non communiqué) en avait détecté dans les déchets non dangereux qu’elle réceptionne sur son site de Beaulieu-sur-Layon (Maine-et-Loire) et avait mis en place des mesures "au-delà des standards pratiqués dans la filière", assure l’entreprise, "pour protéger ses salariés et garantir l’absence d’amiante dans ses granulats."
Néolithe a également avisé l’administration de cette présence de traces d’amiante dans ses installations. Laquelle administration exige un objectif de "zéro amiante". La start-up a donc fait l’objet d’un arrêté préfectoral qui lui demande de garantir qu’il n’y a aucune fibre d’amiante dans les déchets de chantier qui entrent chez elle et dans les produits qui en sortent.
Objectif "inatteignable"
Mais selon l’entreprise, cet objectif "zéro amiante" imposé par la réglementation n’est techniquement pas atteignable, "pour Néolithe, comme pour l’ensemble des acteurs de la filière", affirme-t-elle. Et cette logique "fait courir un risque important aux acteurs du tri et du traitement des déchets de chantiers", poursuit la start-up. "Pour la filière, ce zéro absolu ne veut rien dire, indique Nicolas Cruaud, cofondateur et président de Néolithe. Tous les polluants ont des seuils non nuls, sauf l'amiante. Mais uniquement pour les déchets, car la loi fixe des seuils pour la présence d'amiante dans l'air. Il y a donc une forme d'incohérence."
Réadapter les process
Ne pouvant attendre une éventuelle évolution de la réglementation, Néolithe a pris la décision de renoncer à traiter les déchets de chantiers, pour se recentrer sur les déchets des entreprises et industriels. Décision qui n’est pas sans conséquences pour l’entreprise de Beaulieu-sur-Layon:
"Notre installation pilote actuelle ne fonctionne pas avec ce nouveau mix qui ne contient plus de déchets de chantiers, précise Nicolas Cruaud. Nous devons donc la modifier pour adapter notre technologie. Cela va imposer aussi de changer certaines machines."
"Réadapter notre process industriel à ce nouveau mix de déchets va nous prendre environ un an, ce qui décale d'autant tous nos projets"
Avec un effet boule de neige : cette installation pilote, capable de traiter 10 000 tonnes de déchets par an, servira de base à la future usine de Néolithe, d’une capacité annuelle de traitement de 100 000 tonnes, dont l’ouverture était initialement prévue en 2026 à Beaulieu-sur-Layon.
Levée de fonds reportée
"Nous redémarrons des essais avec de petites quantités, ajoute le dirigeant. Réadapter notre process industriel à ce nouveau mix de déchets va nous prendre environ un an, ce qui décale d’autant tous nos projets." La levée de fonds prévue pour lancer sa première usine de grande capacité est donc du même coup reportée.
60 à 70 emplois supprimés
Les conséquences sont directes aussi pour les équipes. Néolithe emploie actuellement 180 personnes, dont certaines travaillaient déjà sur le projet de future usine de grande capacité, et l’entreprise se voit contrainte de réduire ses dépenses. Un plan de départ volontaire a été mis en place, et l’effectif devrait être réduit de 60 à 70 personnes.
Pour autant, la start-up, qui prévoit dans un avenir plus lointain de déployer des usines de grande capacité dans différentes régions de France, ne varie pas d’un iota sur ses ambitions : "Face à un marché cible important de 13 millions de tonnes de déchets aujourd’hui enfouis ou incinérés, précise l’entreprise, Néolithe confirme sa volonté de déploiement d’usines de grande capacité en régions, dans les prochaines années."