Près de Nantes, Kaori Concept veut mettre le nautisme sur la voie de la décarbonation
# Nautisme # Créations d'emplois

Près de Nantes, Kaori Concept veut mettre le nautisme sur la voie de la décarbonation

S'abonner

Créé en 2023 par Flavien Gaulard, Kaori Concept construit près de Nantes des bateaux de plaisance et de "performance" en misant sur des matériaux moins impactants, la réduction des déchets et des fournisseurs de proximité. La jeune entreprise de trois personnes espère atteindre la taille d’une PME d’ici à trois ans. Et participe à un projet de bateau décarboné pour le Vendée Globe avec le skipper Marc Thiercelin.

Flavien Gaulard, dirigeant de Kaori Concept, Paul Dupont, architecte naval, et Tristan Leray, charpentier de navire — Photo : David Pouilloux

À Machecoul-Saint-Même, à quelques encablures de Nantes, Kaori Concept avance à contre-courant d’une industrie nautique encore très dépendante des matériaux composites traditionnels. Fondée par Flavien Gaulard, 41 ans, l’entreprise construit des bateaux de plaisance et "de performance" avec l’ambition de concilier vitesse, qualité de construction et réduction de l’impact environnemental. "Dans la performance, il y a d’abord la vitesse, bien sûr, celle que recherchent les bateaux de compétition ou de croisière rapide. Mais nous, nous y ajoutons une performance écologique, en utilisant notamment le bois", résume le dirigeant.

L’activité a démarré en entreprise individuelle dès 2019, avec la construction d’un premier bateau. Mais Kaori Concept a pris sa forme actuelle en 2023, sous statut de société SAS, pour pouvoir embaucher. L’équipe compte aujourd’hui trois personnes, dont un architecte naval chargé notamment de faire le lien entre conception et production. "Il parle le même langage que les cabinets d’architectes avec lesquels nous travaillons", souligne Flavien Gaulard. L’objectif est de passer à six salariés d’ici la fin de l’année, puis à une dizaine dans trois ans. "Nous avons besoin de grossir", résume le dirigeant.

Des bateaux sur mesure et bas carbone

C’est que le carnet de commandes est plein pour cette entreprise qui propose des bateaux sur-mesure à ces clients, qui ne veulent pas investir dans des bateaux standards vendus sur catalogues. L’entreprise vise 400 000 euros de chiffre d’affaires en 2026 et plus du double d’ici à trois ans. Le chantier naval développe des bateaux de croisière en contreplaqué, de 5,50 mètres à un peu plus de 12 mètres, voire 18 mètres. Il travaille aussi sur des gammes de bateaux de course, notamment avec le cabinet Gildas Plessis Yacht Design et Associés.

Cette collaboration a donné naissance à la gamme Green Scow, pensée pour la compétition, avec des déclinaisons Mini 6.50, Class40 et Imoca, le format du Vendée Globe. "La vitesse, c’est le travail des architectes : poids, forme de carène, friction dans l’eau. Notre rôle est de construire en respectant ces exigences, mais avec nos choix de matériaux et de procédés", explique le dirigeant.

Une fibre de basalte moins énergivore

C’est en effet sur ce terrain que Kaori Concept se distingue. L’entreprise privilégie des matières premières moins impactantes lorsque leurs caractéristiques mécaniques répondent au cahier des charges. Flavien Gaulard cite notamment la fibre de basalte, plus coûteuse que la fibre de verre, mais moins énergivore à produire. "Elle coûte trois fois plus cher, mais elle représente seulement 0,5 à 1 % du prix final d’un bateau. On ne multiplie donc pas par trois le coût global", détaille-t-il.

Réemploi de matériaux

Cette démarche RSE s’inscrit dans une logique plus large : avec fournisseurs français ou d’Europe de l’Ouest, des résines produites en France, des essais de formulations partiellement biosourcées, le réemploi de fibres ou de matériaux issus de la déconstruction.

Le chantier travaille par exemple avec une entreprise qui déconstruit des pales d’éoliennes pour refaire des tissus composites. Les caractéristiques mécaniques sont moindres que celles d’un tissu neuf, mais suffisantes pour certains usages. "L’idée, c’est d’upcycler (réutiliser sous une forme différente) plutôt que de recycler (transformer pour fabriquer un autre produit) quand c’est possible", insiste le fondateur. Kaori Concept pousse aussi l’optimisation de ses découpes pour limiter les chutes. Une obsession née de son parcours personnel.

Une expérience de cinq ans aux Philippines

Avant de créer son entreprise, Flavien Gaulard a travaillé cinq ans aux Philippines dans des chantiers navals. Arrivé là-bas sans expérience de la construction de bateaux, sans parler anglais et sans avoir jamais dirigé d’équipe, il apprend le métier sur le tas. Il y construit des catamarans, trimarans, bateaux de travail ou vedettes rapides, tout en découvrant l’envers environnemental de la production. "Tous les jours, je voyais des camions poubelles déversés sur la côte. Quand je suis rentré en France, je me suis dit qu’on ne pouvait plus participer à ça", raconte-t-il. Aux Philippines déjà, il avait commencé à récupérer toutes les chutes de fibre pour les transformer en cloisons ou en pièces secondaires. "Sur un bateau de 22 mètres, on avait fini par ne jeter qu’un sac de 50 litres de chutes. Je me suis dit que la solution était là : réduire les déchets et tout utiliser." Depuis Machecoul, Kaori Concept applique cette philosophie à des projets très différents.

Cap vers les petits bateaux à moteur

Sur le chantier naval de Kaori Concept, à Machecoul, près de Nantes, Flavien Gaulard a reçu la visite de la présidente de la région Pays de la Loire, Christelle Morançais — Photo : David Pouilloux

Quatre bateaux sont aujourd’hui à l’eau et six devraient l’être d’ici la fin de l’année. Le chantier a également construit une maison flottante (habitation construite pour flotter sur l'eau ) de 100 m² avec production d’énergie et système de traitement des eaux. Il travaille aussi sur un 40 pieds (environ 12 mètres) et sur un autre projet autour de 9 mètres. À chaque unité livrée s’ajoutent des contrats d’entretien et de maintenance, qui obligent l’entreprise à structurer son organisation, à embaucher pour la construction et pour la recherche et développement.

La croissance en effectif devient donc un enjeu clé. "Passer de trois à six salariés, c’est répondre aux demandes actuelles. Aller vers dix, c’est pouvoir développer de petites séries", explique Flavien Gaulard. Le dirigeant pense notamment à de petits bateaux motorisés pour la promenade côtière, un marché qu’il juge plus régulier que celui des grandes unités à voiles sur mesure. Pour ce projet, l’entreprise est accompagnée par le Pôle Mer Bretagne Atlantique et espère mobiliser des soutiens régionaux.

La démarche de Kaori Concept a d’ailleurs récemment attiré l’attention de la présidente de la Région Pays de la Loire, Christelle Morançais, venue visiter l’entreprise à Machecoul. Saluant "un engagement très fort" autour des matériaux durables et de l’innovation, elle estime que "l’on fera l’écologie par l’économie". La dirigeante régionale voit dans ce type d’entreprise l’illustration des transformations industrielles à l’œuvre dans la filière nautique, entre décarbonation, innovation et nouveaux usages.

Participer à la construction d’un Imoca pour le Vendée Globe

Par ailleurs, Kaori Concept pourrait aussi prendre part à un projet plus médiatique : le prochain Vendée Globe, en 2028, la reine des courses au large. Ce défi passerait par la construction d’un bateau décarboné porté par le navigateur Marc Thiercelin. Si le skipper réunit les sponsors nécessaires, l’entreprise de Machecoul interviendrait sur la première étape de construction, celle des structures en bois et fibres naturelles, avant le relais d’autres partenaires composites, dont Duqueine Atlantique, à Malville, sous-traitant de l’aéronautique qui vient de se diversifier dans le nautisme, à l’occasion justement du dernier Vendée Globe. Flavien Gaulard résume sa mission sur ce projet : "La pierre de fondation, ce serait nous."

Nantes Loire-Atlantique # Nautisme # Créations d'emplois # RSE
Fiche entreprise
Retrouvez toutes les informations sur l’entreprise KAORI CONCEPT