Croiser un camping-car n'étonnera personne. Mais dans les années 1950, la caravane pliante conçue par Constant Rousseau, elle, suscitait la curiosité. Dans les campings et campagnes de France, et des pays limitrophes. Le Mayennais décida donc d'en lancer la fabrication, créant en 1961 la marque Rapido. Ce nom, rapporté d'Italie, laissait entendre que sa caravane se montait et se repliait aisément. L'artisan en produira une quinzaine d'exemplaires la première année.
Les camping-cars ont remplacé les caravanes, mais la marque Rapido existe toujours. C'est aussi le nom du groupe familial. Huit de ses onze usines produisent 25 000 véhicules de loisirs par an. Le groupe Rapido (autour de 800 M€ de CA ces dernières années, dont 825 M€ en 2025) commercialise douze marques et emploie plus de 2 000 salariés dans cinq pays.
Au début de l'histoire, les départs en vacances
Le groupe Rapido fête ainsi ses 65 ans en cette année 2026. En réalité, l'entreprise familiale est née en 1948. Constant Rousseau revient alors de Paris dans son village natal, près de Mayenne, et épouse Claire. L'ébéniste s'installe au début dans une pièce de la maison de Châtillon-sur-Colmont. L'atelier RCC (les initiales du couple) vit de son talent pour la sculpture sur bois. Il fabrique des meubles. Puis s'oriente vers la menuiserie générale.
Douze ans après son retour en Mayenne, Constant Rousseau dirige quinze salariés. Il a la réussite, mais aussi des envies d'évasion. Pour emmener sa famille en vacances, il a inventé une remorque avec des couchettes dépliables coiffées d'une tente. L'ingénieux artisan va chaque année améliorer son concept de caravane. Et pendant des décennies, la famille Rousseau testera elle-même ses nouveaux produits en itinérance.
Le sens du produit en héritage
"Nous conservons ce goût pour la conception et l'innovation, mon père et moi. C'est notre ADN", commente Nicolas Rousseau, troisième génération aux commandes de l'entreprise. "Notre savoir-faire historique dans le bois et la menuiserie nous permet de toujours fabriquer des meubles jolis et fonctionnels" pour aménager vans, fourgons, camping-cars et intégraux, ces spacieux camping-cars assemblés sur des châssis-moteur avec des parois en polyester fabriquées en usine, complète son père Pierre, président du groupe.
Le tournant des parois en dur
Formé aux métiers du bois, Constant Rousseau s'est rapidement lassé de sa caravane en toile. En 1964, son second modèle en panneaux rigides est l'unique conception retenue. L'entrepreneur dépose alors le brevet d'une caravane développant dix fois son volume roulant. Il trouve ses dix premiers dépositaires. Les ventes passent à 250 unités en 1967. Le double en 1969. À Mayenne, une usine de 4 000 m2 entre en production en 1975.
Changement d'époque
C'est à cette période que Pierre Rousseau rejoint son père. Ses intuitions donneront à la société une autre dimension. Il imaginera ainsi un nouveau moyen de se démarquer sur le marché : une caravane en dur mais surbaissée, pour limiter la prise au vent sur route.
L'âge d'or de la caravane touche toutefois à sa fin, le jeune dirigeant le sent. "En 1979, il s'est vendu 90 000 caravanes en France, seulement 30 000 dix ans plus tard. Le marché a subi des chutes de 20 % par an", se souvient Pierre Rousseau. "Il fallait penser à autre chose…"
Renforcer la liberté de déplacement
Constant Rousseau ne verra jamais la suite : il décède des suites d'un accident en 1985. Pierre Rousseau se retrouve PDG à 32 ans, avec une conviction : l'avenir, c'est l'habitat mobile. "On se déplace avec sa maison, quand on veut", se dit-il.
Le chef d'entreprise part en vacances en 1982 avec le prototype du Randonneur. Le premier camping-car Rapido est conçu sur un châssis de Renault Trafic ; il a un toit rigide escamotable.
D'un marché naissant, le patron de Rapido en fait une spécialité. En 2001, la production de caravanes sera arrêtée. Pas la croissance : à Mayenne, une seconde usine de 20 000 m2 entrera en production en 2009.
Vers les mobil-homes, ces habitats immobiles
En Parallèle, une entité naît en 1998. Rapidhome est dédié à un nouveau métier : le mobil-home. Cette activité est complémentaire à celle des camping-cars. "La habitudes changeaient, mais il y avait toujours des gens à séjourner dans les campings", signe Pierre Rousseau.
Dotée d'une capacité de production annuelle de 5 000 unités, Rapidhome emploie aujourd'hui 440 salariés à Mayenne, Fauillet (Lot-et-Garonne) et Cambrai (Nord).
Une accélération vers de nouveaux noms
Avant cette diversification, une politique de croissance externe a déjà été engagée. Le groupe Rapido a racheté les caravanes Esterel en 1993. L'accélération s'opère surtout dans les camping-cars et les vans, avec le vendéen Fleurette Constructeur en 2005, Campérêve et ses fourgons aménagés en 2009, l'italien Giottline en 2016, le spécialiste de l'aménagement Stylevan à Auxerre en 2017 puis WildAx la même année en Angleterre et Roadtrek au Canada en 2019.
Le groupe mayennais a également créé deux marques maison : Itineo en 2006, pour les intégraux, et Dreamer en 2014, des fourgons aménagés plus accessibles. "Nous avons une offre complète du milieu de gamme au haut de gamme", présente Nicolas Rousseau.
Une dimension internationale
En 2011, le groupe a aussi validé la reprise de l'emblématique marque allemande de vans aménagés Westfalia. "Quelques milliers de véhicules par an. Mais surtout une grande notoriété", relève Pierre Rousseau.
Depuis son arrivée dans l'entreprise, le dirigeant a développé l'activité à l'étranger. Dès les années 1970, Rapido est commercialisé en Italie, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas. Dans les années 1980, 40 % de la production est exportée. Avec ses douze marques, le groupe mayennais vend désormais dans une vingtaine de pays, l'international représente 55 % de son activité. Le premier marché, et de loin, reste l'Europe.
Quatrième constructeur mondial, Rapido a fait du chemin depuis sa première caravane en toile. Ses dirigeants continuent de regarder devant pour conduire leur stratégie. "A chaque génération, il y a un changement d'habitudes et d'attentes. Que les crises accélèrent", a observé Pierre Rousseau. Ainsi, le van a connu son envol après le Covid. "En 2008, le van représentait 5 % du marché des véhicules de loisir, remarque Pierre Rousseau. Il représente aujourd'hui 55 % des volumes commercialisés."