Sarthe
Guillaume Richard (Oui Care) : "Nous voulons devenir le leader mondial des services à la personne"
Interview Sarthe # Services à la personne # Stratégie

"Nous voulons devenir le leader mondial des services à la personne"

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Créé, il y a un peu plus de 20 ans, le groupe sarthois Oui Care se projette en leader mondial de son secteur d’ici à dix ans. Couvrant l’ensemble des services à la personne avec ses différentes marques, il prévoit de se développer à la fois en franchise et par acquisitions.

Guillaume Richard est le fondateur et président du groupe manceau de services à la personne Oui Care — Photo : Studio Matchupic

Comment le groupe Oui Care se compose-t-il actuellement ?

Oui Care, ce sont 16 enseignes de services à la personne, dont O2, la société initiale, est la principale, représentant 350 millions d’euros de chiffre d’affaires sur les 550 millions d’euros que réalise le groupe sous enseignes. Nous totalisons 900 agences, dont 800 en France, 75 en Espagne et 8 au Portugal. L’enseigne O2 est également présente dans plusieurs pays d’Afrique. Dans ces enseignes, il y a à la fois des créations, comme Les Lavandières, et des marques que nous avons reprises, comme Berillus ou Les Bienveillants, que nous avons gardées telles quelles ou que nous avons fait évoluer. Oui Care emploie 25 000 personnes, dont 23 000 en France et 450 au siège social du Mans, avec 600 franchises sur 900 agences.

O2, la principale enseigne de Oui Care, totalise 350 millions d’euros de chiffre d’affaires sur les 550 millions d’euros que réalise le groupe — Photo : Groupe Oui Care

Couvrez-vous toute la gamme des services à la personne ?

Nous avons des propositions de valeur différentes et nous couvrons l’ensemble des services, hormis les soins médicaux. Nous allons jusqu’à des services très haut de gamme avec Maison Helya, à des cours de langue avec Les Petits Bilingues ou de musique et de chant avec Wiplay, en passant par l’accompagnement à domicile des personnes dépendantes, le ménage, la garde d’enfant ou le jardinage. Cette diversité est nécessaire, car les besoins des clients et des collaborateurs ne sont pas les mêmes. Dans certaines enseignes, les intervenants peuvent être en CDI à temps plein ou partiel, avec peu de strates hiérarchiques, dans un système proche de celui de l’emploi direct qui permet plus de responsabilisation et une rémunération plus importante. Dans d’autres, comme les Bienveillantes, ils interviennent comme mandataires, le client est donc l’employeur et nous l’accompagnons. Des collaborateurs peuvent aussi changer d’enseignes au gré de leur parcours de vie.

Le nombre de franchises va-t-il augmenter ?

Nous avons la capacité de gérer à la fois un réseau de succursales et un réseau de franchises et nous allons accélérer dans ce modèle qui est encore méconnu : on ne parle en effet jamais de croissance en franchise et ce n’est pas enseigné dans les écoles de commerce. Or les franchisés représentent 250 millions d’euros de notre chiffre d’affaires sous enseignes. Nous avons créé différents concepts de franchise qui sortent actuellement : le premier, Franchise Sprint, est un contrat de deux ans non renouvelé dans lequel les droits d’entrée sont payés au cours du contrat, et non au début. Le second, FranchiCap, propose de nous revendre ou non l’activité après avoir franchi le cap des 2 500 heures de services effectuées par mois. Avec l’enseigne Les Lavandières, nous irons également chercher des managers ayant une bonne assise financière en leur proposant d’ouvrir d’un coup plusieurs agences.

Le siège du groupe Oui Care, dans le quartier de la gare du Mans, emploie 450 collaborateurs — Photo : Cédric Menuet

Quel est l’objectif de cette stratégie ?

Nous voulons aller chercher différents types de profils. Par exemple, nous avions initialement beaucoup plus d’hommes en franchises, alors que 90 % des responsables d’agences sont des femmes. Nous avons donc encouragé des salariées à franchir le pas pour leur permettre de devenir entrepreneures, et elles comptent aujourd’hui pour 45 % de nos franchisés. Avec nos différents concepts, nous allons passer d’environ 50 ouvertures de franchises par an à 150 cette année. Fin 2026, nous dépasserons les 1 000 agences en France et nous allons ensuite en créer 150 de plus tous les ans en France, toutes enseignes confondues, sachant qu’il ne reste qu’environ 60 territoires à couvrir pour implanter notre marque O2 sur toute la France.

Quelle est votre stratégie à l’international ?

En 2005, à la création du groupe, nous nous étions donnés comme objectif d’être le numéro 1 des services à la personne sous 10 ans, le premier européen sous 20 ans et le leader mondial sous 30 ans. En France, nous y sommes. En Europe également, si l’on ne parle que de services à la personne, car dans certains pays comme l’Angleterre, les soins sont intégrés et nous ne les réalisons pas. Nous pouvons être leader mondial dans 10 ans. Cela passera par des acquisitions et par le développement en franchise. Nous envisageons des achats en France et à l’international. Ce qui nous intéresse le plus, ce sont les gens et non les pays. Nous cherchons à trouver des partenaires qui partagent les mêmes valeurs et la même vision que nous. Quel que soit le pays, le plus important est le partenaire qui va bien exploiter le potentiel.

L’un des piliers des services à la personne est le vieillissement. Quelles réponses apportez-vous ?

La génération du baby-boom atteint maintenant un âge de 75 à 80 ans et aider à mieux vieillir fait partie de notre raison d’être. Or, 91 % des Français souhaitent vieillir chez eux. Il faut trouver des solutions pour le leur permettre et il faut pour cela des choses essentielles : un domicile adapté et équipé, des services à la personne, des soins et un accès à la santé, la mobilité, les loisirs, la vie sociale et affective, la gestion administrative et financière. Nous sommes en train de structurer une offre, Autonomia, avec des acteurs partenaires pour répondre à toutes ces dimensions. Nous avons, au sein du groupe, une équipe dédiée à l’autonomie et la question du vieillissement va prendre de plus en plus de place dans notre activité.

Le plan Grand Age, qui devait être débattu en février, a une nouvelle fois été reporté. Comment vous positionnez-vous ?

De notre côté, en nous appuyant sur de nombreuses études, nous avons avancé en réfléchissant à un plan en 9 axes pour la filière. Nous avons rendu publiques ces propositions, qui sont des mesures de bon sens. Elles portent sur le financement, sans demander de contribution à l’État, avec de nouveaux leviers comme la solidarité intragénérationnelle, une adaptation des plans d’aide à chaque personne, une uniformisation de ces aides au niveau national, une meilleure considération des intervenants avec de réelles qualifications ou encore le développement d’habitats partagés.

Que sera le groupe Oui Care dans 10 ans ?

Nous serons, je l’espère, numéro 1 mondial. Je souhaite aussi que le groupe soit largement détenu par ses salariés. L’idée est que l’actionnariat soit réparti en trois tiers, entre moi, les fonds d’investissement et les salariés. 70 collaborateurs, des managers et des cadres engagés de longue date, ont récemment rejoint le capital, ce qui porte la part détenue par les équipes à près de 15 %. Dans dix ans, j’espère que nous aurons été capables de changer la vie des collaborateurs comme des clients, en apportant aux gens et à leur famille une réponse pour vieillir chez eux en toute sérénité. Alors, nous aurons réussi notre pari.

Sarthe # Services à la personne # Stratégie # ETI