En ce début de printemps, les verts pâturages des fermes Biolait semblent profiter d’une éclaircie. Le premier collecteur de lait bio en France, avec 30% du marché, sort d’un exercice 2025 solide. Avec 226 millions de litres collectés, 140 millions d’euros de chiffre d’affaires (contre 143 M€ en 2024), Biolait revendique un "bon exercice". "2025 est une bonne année. Je crois qu’il faut savoir se le dire parfois", a insisté son président Philippe Marquet, tout juste réélu à la tête du groupement. La baisse de collecte, anticipée, a finalement été "un peu plus modérée" qu’attendu, permettant à la structure de tenir ses engagements auprès de ses clients de l’agroalimentaire, une centaine dont une dizaine absorbe l’essentiel de la production.
Baisse des volumes de lait
Cette bonne tenue ne masque pas la fragilité du modèle. Entre 2024 et 2025, Biolait a encore perdu 7 % de ses volumes. Et depuis 2022, la baisse atteint 25 à 30 %. En cause : les cessations d’activité, le vieillissement des éleveurs, la faible transmission des fermes laitières, mais aussi quelques départs vers d’autres laiteries, voire le retour vers le conventionnel pour une quinzaine d’adhérents.
Forte hausse des charges
Dans le même temps, les coûts se sont envolés. "On est globalement sur une évolution à + 45 % des charges, notamment logistiques, collecte et transport, depuis cinq ans", a martelé Philippe Marquet. De quoi en faire un fromage, si l’on ose dire, et une vigoureuse invitation à prendre le taureau par les cornes.
Justement réunis en assemblée générale début avril à La Chapelle-sur-Erdre, les 1 800 éleveurs adhérents de la coopérative ont relevé leurs manches. Ils viennent de valider deux orientations stratégiques de leur plan "Biolait 2030" pour les cinq années à venir : "retrouver de la rentabilité dans les régions de collecte à faible densité" et "lancer une étude pour un projet de commercialisation d’un produit ou gamme de produits par Biolait, en marque propre." Autrement dit, diversifier les débouchés en s'offrant la possibilité de transformer une partie de son lait bio en un produit permettant une meilleure marge en créant de la valeur ajoutée.
1 040 fermes et un plan stratégique Biolait 2030
Pour un groupement qui collecte sur 73 départements, auprès de 1 040 fermes, cette nouvelle équation devient centrale. Car l’ancrage territorial, revendiqué de longue date, a un coût. Dans certaines zones à faible densité laitière, où les vaches sont rares et où peu d’exploitations fournissent du lait, les charges logistiques peuvent même grimper jusqu’à cinq fois celles des régions les plus denses. C’est le premier grand chantier du plan "Biolait 2030". "Nous devons améliorer notre compétitivité, mettre des garde-fous sur le coût notamment de la logistique, a résumé Maud Cloarec, éleveuse dans les cotes d'Armor et vice-présidente réélue du groupement. Dans les semaines à venir, des réunions de concertation doivent être lancées avec les adhérents, les acheteurs, d’autres acteurs de la collecte et les élus locaux afin de trouver, territoire par territoire, les solutions les plus adaptées".
L’objectif affiché : tout faire pour préserver le maillage territorial et maintenir une densité suffisante de fermes bio. Les pistes évoquées vont de la prospection de nouveaux adhérents à la recherche de débouchés locaux, en passant par des coopérations logistiques avec d’autres acteurs. "On aborde ce travail avec beaucoup d’espoir et de sérénité. On est persuadés que les solutions, on va les trouver", assure Maud Cloarec. Biolait n’exclut toutefois pas, à défaut de solution pérenne, de "réévaluer" la poursuite de la collecte dans certaines zones.
Valoriser le lait en le transformant
Deuxième axe stratégique : aller chercher davantage de valeur. Plus de trente ans après sa création, le groupement veut étudier la commercialisation d’un produit ou d’une gamme de produits sous marque Biolait. Fromage ? Yaourt ? Crème dessert ? L’idée n’est pas encore arrêtée : ni le produit, ni le mode de transformation, ni le circuit de distribution ne sont tranchés. Les appels d’offres sont en cours, une étude sera donc lancée en 2026, avec des conclusions attendues pour l’assemblée générale de 2027. Pour Biolait, l’enjeu est double : moins dépendre du seul marché de la matière première et retisser un lien plus direct avec les consommateurs. "Il s’agit de prendre un nouvel élan", a souligné Maud Cloarec.
Ce projet marque une inflexion pour une organisation de producteurs historiquement centrée sur la collecte et la vente de lait. Il traduit aussi une volonté de prendre part à la relance, encore fragile, de la consommation bio en France, qui avait durement dégringolé ces dernières années. Si les circuits spécialisés ont retrouvé des couleurs, la coopérative observe aussi des signaux positifs dans la grande distribution. Ses contrats pour 2026, 2027 et 2028 s’inscrivent d’ailleurs dans une dynamique jugée favorable.
Biolait veut croire que cette transformation peut se mener sans renoncer à son ADN. Le groupement met en avant ses 90 000 hectares de prairies, ses 257 jours de pâturage en moyenne par ferme, et son rôle dans l’économie rurale avec près de 2 500 actifs sur les exploitations, soit 1 800 exploitants-éleveurs et environ 700 salariés. Il souligne aussi une attractivité retrouvée, avec une trentaine de nouvelles adhésions en 2025 et un regain de demandes depuis le début de 2026. Pour Philippe Marquet, la ligne reste la même : défendre "la bio partout et pour tous". Mais, désormais, cela suppose de consolider les territoires tout en ouvrant de nouveaux relais de valeur.