Bretagne Truite (37 salariés), basée à Plouigneau près de Morlaix (Finistère), muscle sa filière normande. L’entreprise de transformation et de commercialisation de truites investit 9,1 millions d’euros pour construire un second atelier de transformation uniquement dédié à la filière d’élevage normande. Un outil d’industrialisation local qui évitera le transport de poissons vivants depuis les trois sites d’élevages normands situés autour de Dieppe (Muchedent, Biville-la-rivière et Hodeng-au-Bosc) jusqu’à Plouigneau, dont la livraison est prévue en juillet 2026. Mais aussi d’être au plus près des opportunités de croissance que la PME bretonne identifie clairement en Normandie.
L’outil industriel et commercial d’une coopérative piscicole
Bretagne Truite est l’entreprise de transformation et de commercialisation de la coopérative Les Aquaculteurs Bretons, dont les adhérents représentent une quarantaine de sites d’élevage répartis entre la Bretagne et la Normandie. Or, la majorité de la production annuelle des produits finis -7 000 tonnes dont 2 000 tonnes issues de la filière normande - est assurée à Plouigneau.
Un site de transformation de truites est déjà présent en Normandie, à Muchedent : il n’appartient pas à Bretagne Truite, mais à l’adhérent normand de la coopérative qui possède les trois sites d’élevage autour de Dieppe. "L’atelier de notre adhérent lui permet de transformer la plus grande partie de son volume d’élevage, mais pas la totalité. Un certain volume de truites vivantes part donc à Plouigneau, en plus de celles qu’il nous vend déjà transformées", précise David Fafin, directeur de Bretagne Truite. "Cette structure parvenait à saturation, il devenait urgent de rationaliser la filière normande".
Augmenter les volumes pour augmenter le chiffre d’affaires
En effet, Bretagne Truite a clos son exercice 2025 à 6 300 tonnes, où Plouigneau absorbe le plus gros volume de transformation à 5 300 tonnes, tandis que celui de Muchedent plafonne à 1 000 tonnes annuelles.
Le nouvel atelier de Rouxmesnil-Bouteilles permettra à Bretagne Truite de monter en puissance jusqu’à 7 600 tonnes, Plouigneau maintenant ses 5 300 tonnes annuelles, pendant que Rousmesnil Bouteilles devrait atteindre les 2 300 tonnes, avec une limite réglementaire fixée à 3 000 tonnes. "Le nouvel atelier sera mis en service en cours d’année, dont on peut attendre que cette nouvelle répartition de volume soit effective dès 2027", souligne David Fafin. Une réorganisation dont le directeur général attend qu’elle fasse bondir le chiffre d’affaires de 40 millions d’euros en 2025 à 48 millions d’euros d’ici 2028.
Ouvert même aux non adhérents de la coopérative
Si plusieurs recrutements sont en cours (un responsable de site, un technicien de maintenance et un chauffeur), les discussions sont menées pour conserver une partie des salariés de l’atelier de Muchedent.
Enfin, Bretagne Truite propose même d’ouvrir aux pisciculteurs normands - même ceux qui ne sont pas adhérents à la coopérative - les portes de ce futur atelier pour transformer localement leur production d’élevage et la commercialiser, voire proposer seulement une prestation de transformation et restituer le produit fini. "Le gisement de croissance est en Normandie et on se prépare à ce développement. Nous prospectons actuellement et nous avons des pistes sérieuses de potentiels nouveaux adhérents", estime David Fafin, confiant.
La moitié des volumes transformés est vendue aux fumeurs, 35 % des ventes partent à la grande distribution (en rayon poissonnerie et libre service), 10 % à des grossistes et les 5 % restants sont écoulés à la vente de poissons vivants.
Un financement essentiellement porté par les partenaires bancaires
Si l’entreprise bretonne a participé au budget - ventilé entre 750 000 euros pour le terrain, 5,4 millions d’euros pour le bâtiment et 2,9 millions d’euros sur le process -, le financement a majoritairement été porté par les partenaires bancaires de Bretagne Truite sous forme de prêts (BNP, le CIC, Crédit Lyonnais, le Crédit Agricole Côtes-d’Armor, la Société Générale et le Crédit Mutuel Arkéa). La Région Normandie, gestionnaire du fonds FEAMPA (Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture) a permis de faire bénéficier Bretagne Truite d’une enveloppe entre 400 000 à 500 000 euros, subventionnant l’achat d’un outil du process.