Agrial veut sécuriser son approvisionnement en lait de chèvre. Ayant son siège social à Caen, la coopérative agricole et agroalimentaire de 17 500 salariés vient de présenter son plan caprin 2035, avec pour objectif d’installer 400 élevages d’ici à 10 ans. La coopérative cible son terrain de jeu historique : les Pays de la Loire, la Bretagne (Ille-et-Vilaine, Morbihan), la Nouvelle-Aquitaine (Deux-Sèvres, Vienne), le Centre-Val-de-Loire (Indre, Indre-et-Loire), l’Auvergne-Rhône-Alpes (Rhône, Loire, Drôme, Ardèche) et la Bourgogne (Saône-et-Loire).
20 % de lait de chèvre supplémentaire
Ce plan répond à un double enjeu. D’abord, Agrial cherche à accroître sa collecte en lait de chèvre de plus de 20 % en dix ans. La coopérative normande compte approvisionner ses usines avec 35 millions de litres de lait supplémentaires. Un pari loin d’être impossible : sur les 10 dernières années, Agrial a collecté 25 millions de litres supplémentaires, portant son approvisionnement à 158 millions de litres de lait de chèvre en 2024. La production laitière au sein de la coopérative restant largement dominée par la vache (2,2 milliards de litres collectés en 2024).
Baisse du nombre d’élevages
D’autre part, la coopérative tente de faire face à la baisse générale de la population agricole. Selon l’institut de recherche public Inrae, la France a en effet perdu 20 % de ses exploitations agricoles entre 2010 et 2020. Et la moitié des agriculteurs présents en 2020 partiront à la retraite d’ici à 2030. Les élevages de chèvres n’échappent pas à cette tendance : il y a dix ans, Agrial comptaient dans ses rangs 670 élevages. Ils ne sont plus que 600 aujourd’hui, soit une baisse de 11 % en 10 ans. La hausse de la collecte de lait de chèvre (+ 19 % en 10 ans) s’explique par une hausse de la taille des élevages.
Des aides à l’installation d’élevages caprins
Pour encourager l’installation de nouveaux élevages, Agrial déploie plusieurs dispositifs. Le plan Caprin 2035 propose des formations aux éleveurs, un suivi individuel et un accompagnement financier. Une dotation pouvant aller jusqu’à 15 000 euros par associé, est ainsi proposée. Tout comme la mise en place d’un prix garanti pendant cinq ans, des avances de trésorerie ou des aides à l’achat de reproducteurs. Le plan Caprin 2035 "a réajusté et revu à la hausse notre dispositif de soutien à l’installation d’éleveurs", indique Mickael Lamy. Président de l’organisation des producteurs lait de chèvre d’Agrial, ce dernier estime à 650 000 euros l’investissement d’Agrial pour accompagner les nouveaux éleveurs.
La bonne forme de Soignon
Ces efforts s’expliquent aussi parce que le marché du fromage de chèvre est porteur. "Tous laits confondus, le marché du fromage se porte bien. Le chèvre ne fait pas exception. Il est beaucoup utilisé en ingrédient, en cuisine, et pas uniquement sur les plateaux de fromage, ce qui stimule ses ventes. C’est un marché qui connaît une croissance structurelle depuis une dizaine d’années", explique Mickael Lamy.
Ce marché, Agrial l’aborde à travers son emblématique marque Soignon, née en 1895 dans un village des Deux-Sèvres (Saint-Martin-de-Saint-Maixent). Cette marque bénéficie de la croissance du marché du fromage de chèvre, de l’ordre de 2 à 3 % par an en France en grandes surfaces, selon Nielsen. Soignon est aussi commercialisée à l’export, en Europe, comme aux Émirats arabes unis ou en Asie, en s’appuyant sur les bureaux commerciaux d’Agrial.
Un projet industriel dans les Deux-Sèvres
Face à la bonne tenue du marché, Agrial a lancé en 2024 une étude pour construire un nouveau site industriel pour le lait de chèvre dans les Deux-Sèvres, sur la commune de La Crèche. Cette nouvelle usine doit remplacer le site historique de Saint-Martin-de-Saint-Maixent, vieillissant et arrivant à saturation de ses capacités de production. "Nous sommes toujours en phase d’étude et nous devrions prendre notre décision d’ici à deux ans", indique Mickael Lamy.
Ayant son siège social à Nantes, la branche lait d’Agrial (Eurial), que s’apprête à diriger Anne Fauvel, emploie 5 300 salariés et affiche 2,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Présent aussi sur le marché des légumes (marques Florette et Priméale), des boissons (cidre Kerisac, bière Lancelot, Breizh Cola…) et des viandes (Maître Jacques, charcuterie Brient…), Agrial a réalisé 7,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 au total. Des revenus qui pourraient croître de façon très importante dans les mois à venir : la coopérative normande travaille à un rapprochement avec sa consœur de Loire-Atlantique Terrena. Nécessitant l’accord des agriculteurs adhérents aux deux coopératives, le nouvel ensemble pourrait donner naissance à la première coopérative agricole française.