Ce mardi 9 juin, trois entreprises présentes dans la Manche (Orano, EDF et Naval Group) et l’agence d’attractivité Attitude Manche ont organisé un afterwork dans le 9e arrondissement de Paris. Sélectionnés par Randstad et France Travail, 50 Parisiens sont venus découvrir les offres de recrutements que proposent ces entreprises du nucléaire et de la navale ainsi que les atouts du Cotentin. Ce format d’événement, ciblé sur les besoins RH de ces trois grands donneurs d’ordres industriels du territoire, est une première. Il devrait être décliné à l’avenir dans d’autres secteurs, comme l’agroalimentaire, la carrosserie ou la santé.
6 000 créations de postes dans l’industrie
Cet événement est une réponse à une réalité de beaucoup d’entreprises dans la Manche : les employeurs éprouvent mille difficultés pour recruter. D’un côté, avec le vieillissement de la population, la main d’œuvre se tarit, dans un territoire qui présente l’un des plus faibles taux de chômage de France (5,4 % dans la Manche vs 8,1 % en France). Selon une étude menée par Attitude Manche et KPMG en 2024, le département pourrait connaître une baisse de 21% de sa population active d'ici 2050, alors même que l'emploi salarié privé pourrait progresser de 43% sur la même période.
De l’autre, les besoins de main d’œuvre sont conséquents, en particulier dans les secteurs de la navale et du nucléaire, notamment avec le chantier pharaonique Aval du Futur d’Orano. Une étude réalisée par le cabinet Helevato et la CCI Ouest Normandie, estime que 6 000 emplois industriels supplémentaires liés aux projets d’Orano, d’EDF et de Naval Group, vont être créés dans la Manche d’ici à 2034.
Mobilisation générale pour l’attractivité de la Manche
Pour aider les entreprises à recruter, l’agence d’attractivité Attitude Manche s’est saisie de la problématique depuis plusieurs années. Financée à 80 % par le Département, cette association de 38 salariés a la particularité de comporter 450 adhérents, entreprises, acteurs du tourisme ou associations qui ont fait le choix de participer à l’attractivité de leur territoire, en apportant une cotisation annuelle (qui varie de 60 à 1 600 euros selon la taille de l’organisation adhérente). Cette dynamique collective s’appuie sur une conviction : il faut attirer sur le territoire de nouveaux talents. Pour cela, il est préférable de vendre à des candidats à l’emploi à la fois un poste et son entreprise mais aussi le territoire.
Un salon annuel à Paris
De là découlent plusieurs actions dont la plus spectaculaire est sans doute l’organisation à Paris d’un salon de recrutement annuel dédié au territoire, nommé "Je m’installe en bord de mer". La sixième édition se tiendra en octobre prochain.
En moyenne 80 entreprises de la Manche y rencontrent 450 candidats, tandis que l’agence d’attractivité vante le cadre de vie et présente ses services. Recherche d’un logement ou d’un job pour le conjoint : les trois personnes du service hospitalité de l’agence ont pour mission de faciliter les implantations de nouveaux arrivants.
450 personnes accompagnées par Attitude Manche
Et la formule fonctionne. "Nous accompagnons dans leur installation sur le territoire 450 personnes par an", indique Paul-Vincent Marchand, directeur d’Attitude Manche. L’agence cible en priorité les jeunes diplômés en quête d’un premier emploi ou les couples à l’arrivée d’un premier enfant. "Dans notre département à la démographie vieillissante, l’enjeu des recrutements consiste à faire venir les familles", nous confiait en mars Jean Morin, président du Département de la Manche.
Comme le fait une entreprise avec ses clients, l’agence tente de maintenir un lien dans la durée avec les candidats à l’installation dans le département. En effet, un changement de vie peut nécessiter plusieurs mois de réflexion. Pour accompagner les potentiels nouveaux arrivants, Attitude Manche s’appuie sur des outils numériques ainsi que sur huit collectivités locales, qui prennent le relais de la gestion de la relation avec le candidat.
Un déficit de notoriété
Si la mécanique est bien rodée, il reste encore du chemin à parcourir. "On a un énorme besoin de travailler notre notoriété économique", confie Paul-Vincent Marchand. Comprendre : davantage faire savoir que les entreprises du département sont fortement demandeuses de talents. La presqu’île du Cotentin devra aussi retravailler sur ses infrastructures, à commencer par le logement et son accessibilité.
"Si on veut attirer, il faut désenclaver"
"Les routes dans la Manche, c’est le minimum du minimum. On n’a pas d’autoroute, ni même de 4 voies à 110 km/h pour aller à Cherbourg. Les trains aussi, c’est compliqué. Si on veut attirer, il faut désenclaver", assure ainsi François Duval, président de la Fédération du bâtiment de la Manche.
Les équipes d’Attitude Manche comptent sur le cadre et la qualité de vie, une façade maritime exceptionnelle, un faible niveau de délinquance ou les attraits de la ville de Cherbourg pour séduire.
L’agence peut aussi s’appuyer sur une dynamique collective sur laquelle elle compte capitaliser. Attitude Manche espère mobiliser financièrement les entreprises à hauteur d’un million d’euros sous trois ans pour mettre en place de nouvelles actions pour répondre à leurs enjeux de recrutement et d’hébergement des salariés.