Partant du postulat que les maires et élus intercommunaux ont entre leurs mains une bonne partie de la réponse aux problématiques de logement, les membres de l’Observatoire immobilier de Provence du Var ont formulé 21 propositions locales que les décideurs pourront, demain, déployer dans chaque commune et intercommunalité du Var. Ces propositions forment un manifeste que les professionnels de l’immobilier et de la construction vont présenter aux candidats aux élections municipales et ensuite aux équipes qui seront élues. "Nous espérons que les intéressés s’en saisiront pour agir localement et répondre concrètement à la plus importante crise du logement que la France ait connue depuis les années 50", souligne Fabien Piersanti, président de la délégation varoise de l’OIP et de la Fédération du BTP du Var.
Une crise du logement qui s’impose dans la campagne municipale
Les chiffres sont sans appel : pour tous les acteurs, le logement doit être au cœur de la campagne municipale. En témoignent plusieurs chiffres. Selon l’OIP, 28 % des actifs varois, demandeurs de logements sociaux, sont hébergés (souvent par la famille) ou sans abri. 72 % des Varois demandent à leur commune davantage de logements à acheter ou à louer, 19 % des étudiants renoncent aux études de leurs choix, faute de pouvoir se loger…
Pourtant, à la fin mai 2025, les mises en chantier de logements avaient reculé de 15,8 % sur un an et les autorisations de 13,4 %. Seuls 4 330 logements ont été mis en chantier sur cette même période, contre 9 000 en 2019. Pour l’OIP, le lancement par l’État d’un plan de relance du logement, avec un objectif de 400 000 logements construits par an et 2 millions d’ici 2030, est une bonne nouvelle… Néanmoins, "l’application reste entre les mains des élus locaux, ajoute Fabien Piersanti. La construction de logements doit être au cœur de la campagne des élections municipales."
"Aujourd’hui, "une opération de promotion immobilière prend plus de six ans et quasiment 20 % des opérations sont abandonnées"
Pour Jean-Marc Stefanini, président de la Fnaim du Var, "il va falloir que ça ruisselle localement". "Le logement est une chaîne et chaque maillon doit prendre ses responsabilités et les maires ont la responsabilité de ne pas casser cette chaîne. Ils doivent prendre conscience de leur rôle et prendre leurs responsabilités", ajoute-t-il.
Accélérer les autorisations d’urbanisme
Ainsi, les professionnels de l’immobilier appellent à plus d’ambition de la part des équipes en place : "Il faut une politique d’urbanisation de long terme, plutôt qu’une logique d’opportunité. Il faut aussi renforcer le dialogue entre acteurs privés et publics, réformer les PLUi et faire accepter la densité [notamment en hauteur]", énumère Olivier Mathieu, président des architectes du Var. Il appelle aussi de ses vœux, le développement de la mixité urbaine d’usage [pour rapprocher domiciles et lieux de travail], et la réintégration des architectes et paysagistes dans la rédaction des PLUi.
Et surtout, "il faut accélérer les autorisations d’urbanisme et ne pas gâcher des parcelles constructibles", confie Pierre-Alexandre Pernot, à la tête de Segeprim, une entreprise de promotion immobilière. Aujourd’hui, "une opération de promotion prend plus de six ans et quasiment 20 % des opérations sont abandonnées", ajoute l’entrepreneur.
Faciliter l’accès au logement
Accélérer l’urbanisation, mais aussi faciliter l’accès au logement : à travers l’attribution d’une aide financière locale aux primo-accédants, sous la forme d’un prêt à taux zéro bonifié, à travers la création de logements locatifs pour les travailleurs et saisonniers, à travers l’adoption d’une stratégie territoriale de rénovation des bâtiments ou encore l’accélération des mises en chantier de logements sociaux.
Sur ce dernier point, Martial Aubry, directeur général de Var Habitat préconise d’ailleurs d’embarquer les maires avec eux, "leur faire comprendre que bâtir des logements sociaux, c’est résoudre 78 % des problématiques de leur population." Même si 2 400 unités ont été produites en 2025, cela reste insuffisant puisque le nombre de demandes est passé de 44 500 à 48 000 en un an dans le département.
Alléger et uniformiser la fiscalité locale
Enfin, parce que produire ou rénover des logements suppose des chantiers, les professionnels du BTP demandent également dans ce manifeste que les interventions de leurs entreprises puissent être optimisées. Cela passe notamment par un allégement de la fiscalité locale, ou du moins une uniformisation. "Nous sommes confrontés à un maquis de cotisations diverses, comme les droits de voiries, qui varient d’une commune à l’autre, apportant une distorsion de concurrence", explique Cyril Bolliet, le secrétaire général de la Fédération du BTP du Var.
Faire ruisseler la commande publique
La relance du dynamisme économique passe aussi par un accès facilité des entreprises varoises à la commande publique, une commande publique qui doit en outre être relancée : "Des maires avec grue peuvent être élus", martèle avec un sens de la formule Cyril Bolliet. Avant de rappeler que le manque de soutien aux TPE et PME du territoire est une réalité : "Notre charte varoise facilitant l’accès des TPE-PME à la commande publique n’a été signée que par une quinzaine de communes sur 153 dans le Var", souligne Olivier Mathieu avant de conclure que "la commande publique est là pour ruisseler sur l’activité économique d’un territoire."