À moins de deux mois du premier tour des élections municipales, il n’y a évidemment pas de hasard dans le calendrier choisi par l’Institut Enterritoires pour révéler les "30 propositions pour le développement azuréen" en matière de logement et de mobilité.
Des propositions nées de huit mois de réflexion collective menée par une cinquantaine d’acteurs privés et publics du territoire azuréen et monégasque, couplée à une enquête d’opinion réalisée auprès de 600 habitants des Alpes-Maritimes. "Cette étude est un outil qu’il faut pousser auprès des politiques, assure Nicolas Barthe, vice-président du Groupe Enterritoires. Et c’est le bon moment pour ça ! "
Un quart des logements sont des résidences secondaires
Enterritoires s’est livré au même exercice, sur les deux mêmes enjeux, à Bordeaux et à Marseille. Mais la Côte d’Azur déborde de spécificités. Enserré entre mer et montagne, le foncier est rare et cher.
"Nice est la deuxième ville la plus chère de France derrière Paris pour l’achat dans l’ancien", souligne Julien Gonzalez-Lambert, directeur des études de l’institut, qui précise par ailleurs que le territoire doit aussi composer avec une "proportion exceptionnellement élevée de résidences secondaires : un quart des logements sont des résidences secondaires… sans parler des meublés touristiques."
Et si l’employeur devenait le logeur de ses salariés ?
Alors pour diminuer le coût du logement pour les actifs et accroître l’offre de logements, il est notamment préconisé de permettre aux acteurs privés qui le souhaitent de loger leurs salariés actifs via "l’usufruit locatif social employeur". "La vocation de l’entreprise n’est évidemment pas d’acheter ou de gérer des logements, mais faute de solutions adaptées en nombre, en proximité et parfois en qualité, on doit en trouver nous-mêmes, plaide Franck Cannata, à la tête du groupe Transcan et président de l’UPE06. Nous pourrions acheter ou construire nous-mêmes des logements dont nous conserverions la nue-propriété pour confier l’usufruit à un bailleur social afin que, sous l’impulsion du chef d’entreprise, les logements soient fléchés en direction des collaborateurs."
"Le logement accessible, abordable, doit être sanctuarisé".
Le logement intermédiaire en soutien du logement social
Pour Géraldine Dumas, directrice générale Côte d’Azur d’Erilia, "le logement accessible, abordable, doit être sanctuarisé comme intérêt général. Sans le décorréler du logement social, le logement intermédiaire est un segment complémentaire à dans la loi SRU. " Ainsi est-il proposé d'"expérimenter l’intégration du logement intermédiaire (LLI) pour en favoriser le développement", comme cela a été testé à Cagnes-sur-Mer en 2025.
Un équilibre entre touristes et autochtones
Autres propositions : "mobiliser davantage l’investissement privé en faveur de la rénovation des logements insalubres et vacants et parc privé", "favoriser la location longue durée en créant un statut de bailleur privé incitatif et protecteur" ou encore "réserver les secteurs les plus tendus proches des bassins d’emploi, à la construction exclusive de résidences principales"…. Car, autre singularité locale, il faut bien concilier logement à l’année et économie touristique, à savoir 12 millions de visiteurs en 2025.
Élargir des tronçons de l’autoroute
Question mobilité, la Côte d’Azur est, là encore, un territoire "atypique", pour reprendre le terme de Pierre Antras, directeur territorial Sud de Keolis, opérateur privé de transport public de voyageurs. Comment en effet désengorger les routes du littoral alors que "10 000 Varois, 10 000 Cannois et 10 000 Grassois prennent leur voiture pour aller travailler à Sophia Antipolis". Pour rendre les rotations des cars plus efficaces, Pierre Antras rêve d’élargir des tronçons de l’autoroute A8 afin qu’une voie leur soit pleinement réservée, comme cela a été fait sur l’A57 à l’est de Toulon. "Nous avons fait remonter informations et propositions à la Région il y a un an. Depuis, elle réfléchit…"
Un métro sur le littoral
La route… mais aussi le rail. Et la proposition d’un métro sur le littoral de la Côte d’Azur refait surface. L’idée a été balayée il y a peu par le ministre des Transports, Philippe Tabarot, lui-même Azuréen, la jugeant irréaliste. "C’est un vrai sujet structurant qui mérite une étude réelle de faisabilité technique et financière", souligne Pierre Ippolito, ardent défenseur du projet alors qu’il était encore à la présidence de l’UPE06 aux côtés de Philippe Ortelli, président de la Fédération des Entreprises Monégasques. "Avant d’avoir des ayatollahs du non, il faudrait déjà avoir des analyses pour pouvoir vraiment étudier les choses."
Le dirigeant rappelle par ailleurs que "Nice a déjà 3 kilomètres de tramway souterrain" et qu’en matière de projet à la fois cher, structurant et audacieux, les pistes de l’aéroport de Nice ont été construites dans les années 70 sur la mer…
Une instance de coordination
Et parce que les embouteillages s’étendent allègrement de l’ouest du département jusqu’à la frontière italienne, faisant fi des contours administratifs, le rapport défend l’idée de faire "émerger une instance de coordination inter-AOM (autorité organisatrice de la mobilité) pour penser la mobilité dans son ensemble".
Or, ces AOM, il n’y en a pas moins de 7, qui fonctionnent indépendamment, avec leur propre matériel, leur système technique, leur billettique… Une gouvernance unique faciliterait les choses. Mais mettre tout le monde d’accord dans le département, même au nom de l’intérêt général, est une autre problématique…