Visiter la CFA de Blagnac était-il pour vous un moyen de vous adresser à la jeunesse ?
Oui et je veux dire que je souhaite que le Medef soit très présent sur le sujet de la jeunesse. 1 400 000 jeunes sont aujourd’hui Neets (neither in employment nor in education or training, en anglais, NDLR), selon l’expression désormais consacrée, c’est-à-dire ni en emploi, ni en formation, ni en études. Or, si un grand nombre d’entre eux occupaient un emploi, cela réglerait une bonne partie de nos déséquilibres sociaux.
"Le taux d’emploi des jeunes est de 35 % en France, contre 51 % en Allemagne et 75 % aux Pays-Bas"
Je rappelle que le taux d’emploi des jeunes est de 35 % en France, et particulièrement faible dans les quartiers prioritaires de la ville, contre 51 % en Allemagne et 75 % aux Pays-Bas, deux pays dont les régimes sociaux sont équilibrés, voire excédentaires. On ne peut pas se résigner à ça. Et quand on voit que l’on va faire supporter à ces jeunes le financement de l’aide sociale, avec la suspension de la réforme des retraites, c’est une aberration, singulièrement l’année où on a un solde démographique naturel qui devient négatif. Cela fait deux ans que je propose aux organisations syndicales que nous nous emparions de trois grands sujets : la jeunesse, le modèle productif et le financement de la protection sociale.
Début février, le Medef a émis l’idée d’un nouveau contrat jeune qui a provoqué de nombreuses réactions hostiles. Défendez-vous toujours cette proposition ?
Cette idée a été présentée dans ce que l’on appelle les réunions des numéros un, c’est-à-dire avec les chefs de file des organisations syndicales et patronales, au cours desquelles on aborde des sujets macros. L’usage ancestral, dans ce cadre-là, c’est de se parler en toute confiance, de se dire ce qu’on a à se dire, parfois même de manière assez virulente, mais toujours respectueuse. Et rien ne doit en sortir. Or, la CGT a cru bon de faire état de cette idée-là, ce nouveau contrat jeune, que nous avons lancée parmi bien d’autres, en présentant les choses d’une manière très orientée et très polémique en définitive, et en oubliant de signaler que nous n’étions pas dans le cadre d’une négociation mais d’une discussion exploratoire.
Moi, j’observe qu’à ce jour, à part le Medef, personne n’a fait de proposition pour régler ce problème central. Cela signifie-t-il que les uns et les autres considèrent qu’on se contrefout d’avoir 1 400 000 jeunes ni en emploi, ni en formation, ni en études ? J’espère bien que non.
En quoi consisterait précisément ce contrat ?
Ce serait un contrat de travail en CDI mais dérogatoire (payé sous le Smic, il pourrait être rompu sans motif pendant les trois premières années, NDLR), en contrepartie d’un engagement de formation de la part de l’entreprise, et seulement destiné aux jeunes éloignés de l’emploi sur la base du volontariat. Le système de l’apprentissage est plébiscité par les jeunes, par les familles, par les entreprises. Mais si celui-là n’est pas le bon, qu’on nous le démontre. Selon un sondage Elabe publié il y a quelques jours, 49 % des jeunes considèrent pourtant notre idée intéressante. Elle mérite donc au moins qu’on y travaille. Par ailleurs, j’observe une disproportion dans les débats légitimes que l’on a sur les seniors, dont le taux d’emploi est de 68 %, et ceux que l’on n’a pas sur les jeunes.
Le gouvernement a néanmoins fermé net la porte à cette proposition…
Il a surréagi, cela lui arrive, mais cela ne m’émeut pas. Alors, à la fin, que faut-il faire ? Surtout rien… L’omerta. Il ne faut pas parler des 1 400 000 jeunes qui sont sur le bord de la route parce qu’il ne faut pas être contrariant. En réalité, le gouvernement a peur que la jeunesse descende dans la rue. J’attends encore des propositions alternatives. Il est de notre responsabilité de nous soucier des jeunes parce qu’il en va de l’intérêt du pays et que cela constitue aussi un enjeu pour les entreprises. Donc, je ne rougis pas de cette proposition.
Sur les trois sujets majeurs que vous évoquiez, y a-t-il des avancées ?
Il faut le vivre de l’intérieur pour le mesurer. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un monde entre le dialogue politique et le dialogue entre les partenaires sociaux. Il n’y a jamais eu autant d’accords signés dans les entreprises qu’actuellement et des négociations en cours, dont je ne sais pas si elles aboutiront, sur l’assurance chômage par exemple. On a encore signé des accords interprofessionnels en 2025.
"L’État n’a pas respecté sa parole sur la baisse de la CVAE. Cela pose un vrai problème parce que l’économie a besoin de confiance"
Les partenaires sociaux sont capables de travailler ensemble. On a été télescopés par la conférence sociale du gouvernement qui a créé un peu de flottement. On ne croit pas à ce format, ni à sa temporalité. Cela ressemble furieusement à un exercice théorique pour occuper le terrain en attendant la présidentielle.
Comment avez-vous accueilli l’adoption du budget 2026 ?
Le bon point, c’est qu’il existe. Mais l’État n’a pas respecté sa parole sur la baisse de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, NDLR), c’est la troisième fois, et cela pose un vrai problème parce que l’économie a besoin de confiance. C’est pourtant un enjeu de compétitivité avéré, notamment pour l’industrie. Et quand l’État, après avoir dit que la surtaxe d’IS n’interviendrait que sur 2025, l’a reconduit sur 2026, et que, parti comme cela, elle sera reconduite sur 2027, cela pose, outre un problème de principe, un problème d’argent. Enfin et surtout, on est très inquiet de voir que notre pays se comporte comme s’il était seul au monde. La dette publique devient abyssale, le pouvoir d’achat des Français se dégrade, y compris par rapport à la moyenne européenne. Pendant ce temps, des pays concurrents accélèrent : l’Allemagne engage un programme d’encouragement à l’investissement de 46 milliards d’euros pour les entreprises.
L’entreprise n’est-elle pas assez soutenue en France ?
Les derniers sondages témoignent que nos concitoyens n’ont jamais autant fait confiance à l’entreprise. Elle est l’institution, au sens générique du terme, dans laquelle les Français ont le plus confiance et on a des décisions politiques budgétaires qui disent exactement l’inverse. Le niveau de conflictualité sociale dans les entreprises privées est à son plus bas historique, alors que, sincèrement, il y a des difficultés objectives, puisqu’il y a eu 68 500 procédures collectives en 2025.
Moins de 1,5 % des salariés du privé ont pris part aux mouvements contre les réformes des retraites, le 18 septembre et le 4 octobre. Ils ne sont évidemment pas ravis par la réforme des retraites mais ils font preuve d’un réalisme que nombre de nos politiques ne prennent pas en compte, parce qu’ils ne veulent pas prendre de risques. En tant qu’entrepreneurs, on sait que quand on prend des risques, on s’expose à l’échec. Mais aussi que quand on ne prend aucun risque, l’échec est garanti.
Qu’attendez-vous des élections municipales en France ?
On travaille bien avec les élus locaux. Au cas par cas, il peut y avoir plus ou moins de convergence, notamment sur les sujets du logement ou des transports, mais en règle générale, on travaille bien avec eux parce qu’on partage pragmatisme et sens des réalités. On a décidé quand même de s’impliquer dans les élections municipales parce qu’on a des choses à faire entendre, typiquement sur ces sujets du logement et des transports, ou encore sur le foncier. 2 900 000 ménages français sont sur des listes d’attente pour accéder à des logements sociaux. En moyenne, il faut huit ans pour accéder à un logement social sur le territoire national. À Paris, c’est 20 ans. Alors évidemment, cela freine la mobilité professionnelle… 83 % des occupants de logements sociaux renoncent à des opportunités professionnelles parce qu’ils craignent de ne pas pouvoir se reloger à des conditions abordables. L’enjeu du logement est central pour l’économie du pays.