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La Salvetat, l’eau minérale ancestrale vit une cure de jouvence
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La Salvetat, l’eau minérale ancestrale vit une cure de jouvence

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Nichée sur les hauteurs, aux confins du Tarn et de l’Hérault, La Salvetat-sur-Agout a conquis les tables françaises grâce à son eau minérale naturelle gazeuse. Cette eau a traversé les siècles, avant d’être ressuscitée par Danone, qui en a écrit l’essor récent. Histoire d’une renaissance.

L’usine de La Salvetat compte aujourd’hui deux lignes de conditionnement, une de 34 000 bouteilles/heure et une de 24 000 bouteilles/heure — Photo : Studio Slurp - JB Gautier

L’eau minérale naturelle de La Salvetat (Hérault), propriété du groupe Danone (CA 2024 : 27,3 Md€, 90 000 collaborateurs, qui possède également Badoit, Evian et Volvic) a franchi un cap : en 2025, elle a été la première marque d’eau gazeuse nature en France vendue en grandes et moyennes surfaces, avec 14,1 % de part de marché en volume, devant ses concurrents Perrier et San Pellegrino. Son chiffre d’affaires n’est pas communiqué, mais chaque année, elle commercialise en France 173 millions de bouteilles (soit 190 millions de litres), un résultat en hausse de 9 % en 2025.

L’origine de cette performance XXL ? Une discrète usine d’embouteillage de 69 salariés, nichée au fin fond du Haut Languedoc, par-delà quelques cols sinueux. La Salvetat-sur-Agout, 1 100 habitants, est difficilement accessible : les pôles les plus proches, Castres (Tarn) et Béziers (Hérault), se trouvent à une heure de route, Montpellier, la préfecture, à deux heures.

Les 80 km2 du bassin de captage de La Salvetat sont essentiellement couverts de parcelles agricoles et forestières — Photo : Rémi Hagel

Renommée depuis le Moyen-Âge

Les origines de la source remontent à des temps lointains. Au Moyen-Âge, les pèlerins de Compostelle se désaltéraient à une source d’eau pétillante jaillissant dans le Haut Languedoc, raconte le groupe Danone. Cette source principale s’appelait -et s’appelle encore- Rieumajou (rivus major, la grande rivière). La réputation de l’eau naturellement gazeuse est ancrée depuis des siècles, localement et dans la région.

En 1846, le Dr Blavaux écrit dans sa Notice sur les eaux minérales de Rieumajou : "L’émigration périodique des montagnards, attirés […] par les travaux bien rétribués de la moisson et de la vendange, dans les plaines du Bas-Languedoc et du Roussillon, […] devait, inévitablement, favoriser cette extension de renommée de la source minérale".

La source de Rieumajou est la source historique de La Salvetat, aujourd’hui intégrée aux dix points de captage du groupe — Photo : Centre de Recherches du Patrimoine de Rieumontagné

Exploitée commercialement en 1846

1846 correspond à l’année du début de la commercialisation de l’eau, par la famille Fabre, qui l’avait acquise l’année d’avant. Elle est vendue en bouteilles en verre capsulées, sous le nom de "Rieumajou", avec l’appui du monde pharmaceutique et médical, dont témoignent les travaux du Dr Blavaux.

Ce dernier apprécie : la source est accessible "aux habitants des côtes exposés annuellement aux fièvres de nature paludéenne". Le médecin imagine même cette précieuse eau "importée, avec facilité, au sein de notre colonie africaine" pour soigner ces maux.

Un hôtel thermal ouvre en 1866. Les affections traitées sont mentionnées sur les bouteilles et supports publicitaires de l’époque : fièvre paludéenne, anémie, arthritisme, goutte, gastralgies, diabète, maladies du foie, etc. "Nous disposons de peu d’informations sur les propriétaires successifs, la fréquentation exacte et l’organisation de l’établissement", concède l’office de Tourisme de La Salvetat-sur-Agout.

L’hôtel thermal a ouvert ses portes en 1866 et a cessé son activité en 1930 — Photo : Centre de Recherches du Patrimoine de Rieumontagné

L’hôtel noyé sous les eaux

Ce qui est certain, c’est que l’exploitation commerciale s’arrête en 1930. Pendant la Première Guerre mondiale et dans les années suivantes, l’hôtel thermal connaît des difficultés économiques, conduisant à sa fermeture. La source n'est plus exploitée entre 1930 et 1990. Comme pour enfoncer le clou, le site de l’ancien hôtel thermal disparaît avec la construction du barrage de la Raviège en 1957. Le bâtiment est aujourd’hui englouti sous les eaux du lac. Fin de l’histoire ? Non.

Danone relance l’activité

Mise en sommeil pendant cette longue période, l’activité renaît grâce au groupe Danone. En 1990, il rachète les droits auprès de la veuve d’un ancien maire de La Salvetat. En 1991, le groupe lance la construction d’une usine d’embouteillage. La mise en production et la commercialisation interviennent début 1992. L’eau est aujourd'hui prélevée en dix points de la commune de La Salvetat, dont la source originelle de Riaumajou.

Des capacités de 68 000 bouteilles par heure

À l’époque, l’équipement industriel se compose d’une seule ligne d’embouteillage d’une capacité de 18 000 bouteilles/heure, avec une dizaine de salariés. Le groupe a réalisé des investissements progressifs : le site compte aujourd’hui deux lignes de conditionnement, une de 34 000 bouteilles/heure et une de 24 000 bouteilles/heure. L’usine emploie 69 personnes, dont quatre sont là depuis le début. Selon Danone, cette activité génère 26 millions d’euros de retombées sur le territoire (d’après une étude réalisée par le cabinet Archipel & Co) : salaires, achats, divers impôts et taxes. Aux emplois directs s’ajoutent les emplois indirects (462 en France dont 225 en région).

Le groupe investit en 2025 et en 2026, 2,2 millions d’euros pour optimiser sa performance industrielle et renforcer ses actions de sobriété énergétique — Photo : Rémi Hagel

"L’usine, comme le produit, représentent une fierté pour les habitants", commente Marie Weeks, directrice du site. Il faut dire que c’est le seul équipement industriel du secteur. Les plus proches sont les salaisons de Lacaune (Tarn), à 30 minutes de là.

Depuis le 1er octobre 2025, Marie Weeks a été nommée directrice de l’usine, succédant à Martin Pigeon. Auparavant, Marie Weeks a occupé les fonctions de responsable d’exploitation pendant quatre ans sur place — Photo : Rémi Hagel

"L'usine fait partie du territoire."

Conscient de son rôle et soucieux de son image, Danone s'implique localement. Son engagement principal se matérialise par l’animation de Peps (Partenariat pour la protection de l’eau de la source de La Salvetat). Depuis 2012, cette association rassemble les collectivités du territoire, des agriculteurs, des associations et La Salvetat sur les cinq communes des 80 km2 de l’impluvium (bassin de captage) de La Salvetat. Elle œuvre en faveur de la protection de la ressource en eau et de l’environnement.

Le budget de 135 000 euros annuel de Peps est ventilé sur trois domaines : la protection des milieux naturels, le développement agricole et l’aménagement des villages. Peps propose ou finance du conseil technique, par exemple pour encourager les agriculteurs (33 % des surfaces de l’impluvium) et les forestiers (60 %) à s’orienter vers l’agroécologie. Elle apporte un soutien au diagnostic pour les mises aux normes des particuliers, ou des collectivités, etc.

Danone mène par ailleurs plusieurs actions modestes, mais marquantes : "Nous avons donné accès à la source de Rieumajou pour le festival de poésie, nous ouvrons les portes de l'usine pour Octobre rose, entre autres", décrit la directrice. L'usine contribue au tourisme local, avec plus de 1 000 visiteurs chaque été. "Elle fait partie du territoire".

2,2 millions d’euros d’investissement en cours

Pour accompagner sa croissance, le groupe agroalimentaire modernise son usine. Il investit en 2025 et en 2026, 2,2 millions d’euros pour optimiser sa performance et renforcer ses actions de sobriété énergétique et hydrique. En 2025, l’usine a notamment été équipée d’une banderoleuse supplémentaire : cette machine permet d’emballer les palettes chargées de bouteilles. Elle améliorera la cadence de 30 % pour 20 % de la production. En 2026, il est prévu d’investir 1,3 million d’euros. Une partie servira à terminer le bardage de l’usine (façade nord) pour une meilleure isolation. Danone va également remplacer ses tours aéroréfrigérantes par des tours adiabatiques, ce qui permettra de réduire de 20 % la consommation d’eau et de 5 % la consommation électrique. Parmi les projets industriels, les efforts vont se poursuivre pour augmenter l’utilisation de plastique recyclé (RPET), actuellement de 28 %.

Danone multiplie les actions pour réduire sa consommation d’eau. Seulement 1,06 litre d’eau est nécessaire pour embouteiller 1 litre d’eau, un niveau parmi les plus performants du secteur — Photo : Rémi Hagel

Si La Salvetat savoure un succès pétillant, ses ambitions restent modérées. "Nous n’avons pas la prétention d’un développement à l’infini", glisse Cathy Le Hec, directrice des sources d’eaux minérales de Danone. Le groupe est soumis à une autorisation maximale de prélèvements. Aujourd’hui, la production atteint 70 % de ce plafond.

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