La Vallée de la batterie électrique
L’arrivée de cinq gigafactories de batteries électriques constitue l’un des plus imposants projets d’investissement industriel de ces dernières années dans les Hauts-de-France. À Dunkerque (Nord), c’est 2,5 milliards d’euros d’investissements pour Verkor, avec 2 000 emplois, ainsi que 5,2 milliards d’euros et 3 000 emplois pour ProLogium. À Douvrin (Pas-de-Calais), ACC représente 1,5 milliard d’euros d’investissement et 1 800 emplois. Du côté d’Envision AESC, à Douai (Nord), c’est 2 milliards d’euros injectés et 3 000 emplois. Sans oublier Tiamat, qui annonce 500 millions d’euros et un millier d’emplois pour sa gigafactory de batteries au sodium-ion, près d’Amiens (Somme).
Mais une fois l’euphorie des annonces retombées, ces projets se heurtent à la réalité d’un marché de l’électrique en berne. La conséquence ? Des projets qui peinent à monter en cadence, comme l’usine d’ACC. Ou des sorties de terre retardées, à l’image de l’usine de Prologium. Pour faire face, trois fabricants européens de batteries, dont les français Verkor et ACC, ont appelé en septembre l’Union Européenne à soutenir la filière européenne de cellules de batteries, à grand renfort de subventions, évoquant plusieurs milliards d’euros.
Des ambitions sur le recyclage pour Hydrovolt, Mecaware et Battri
Cette Vallée de la batterie électrique trouve encore un certain élan dans d’autres projets liés à la filière. Ceux des usines de recyclage, notamment. Le norvégien Hydrovolt porte ainsi un projet d’implantation d’une unité de recyclage de batteries Lithium-ion, à Hourdain, dans le Nord, pour un montant non dévoilé. Par ailleurs, l’entreprise lyonnaise Mecaware a entériné en début d’année la création de Separ8, un nouvel acteur du recyclage des batteries, avec la prise à bail d’une partie de l’ex-usine Bridgestone, à Béthune dans le Pas-de-Calais. La jeune entreprise Battri a aussi inauguré, fin juin à Saint-Laurent-Blangy (Pas-de-Calais), sa première usine de recyclage de batteries usagées, sur 15 000 m², pour 20 millions d’euros.
La Vallée des data centers
À défaut de voir "La Vallée de la batterie électrique" prendre son envol, les acteurs politiques et économiques des Hauts-de-France placent désormais leurs espoirs dans les projets de data centers. Le plus important est l’implantation du data center du canadien Brookfield, sur la zone logistique E-Valley, à Cambrai (Nord). Annoncé lors du Sommet pour l’action sur l’Intelligence Artificielle, en février 2025, cet investissement massif pourrait atteindre les 10 milliards d’euros, et les 4 000 emplois créés. Lors de ce même sommet, l’Élysée a d’ailleurs annoncé que 35 data centers seraient implantés en France, dont huit dans la région.
Un projet est aussi porté par le français Azur data center. Celui-ci compte réhabiliter un bâtiment de l’ex-friche de Bridgestone, à Béthune (Pas-de-Calais), pour y installer un centre de données de nouvelle génération, au service de l’intelligence artificielle. Coût de l’opération : 1,5 milliard d’euros.
La valse des implantations
Dans un contexte économique difficile, les Hauts-de-France continuent de séduire les investisseurs. Plusieurs grands projets d’implantation se confirment. Deux d’entre eux gravitent d’ailleurs autour de la Vallée de la batterie électrique. Celui de l’industriel coréen Enchem, qui veut mettre en service, au printemps 2026, une usine d’électrolytes à Dunkerque, pour 57 millions d’euros. Et celui du groupe francilien Axens, qui investit 500 millions d’euros pour créer, d’ici 2028, une usine de matériaux actifs de cathode (CAM) pour batteries électriques, en partenariat avec le chinois Minmetals New, près de Valenciennes (Nord).
D’autres projets concernent l’agroalimentaire, comme celui du fabricant français de caramels Nigay, qui investit 30 millions d’euros pour mettre en service, en 2027, son troisième site de production à Saint-Quentin, dans l’Aisne. L’industriel belge Ecofrost compte lui aussi investir, à hauteur de 100 millions d’euros, pour implanter sa deuxième usine de production à Péronne, dans la Somme.
Par ailleurs, l’industriel Thermogreen, un fabricant espagnol de panneaux isolants en polystyrène, a choisi l’Aisne pour sa première usine française. Opérationnel fin 2026, le site nécessite un investissement d’environ 30 millions d’euros. Enfin, un projet peu commun a été annoncé en juin : la jeune entreprise chinoise Windrose va implanter une usine européenne de camions électriques à Onnaing, dans le Nord. Le site de 90 000 m², fruit d’un investissement de 175 millions d’euros doit démarrer sa production en 2027, avec 300 emplois.
Deux arrivées controversées
Certains projets d’implantation font aussi l’objet de controverses. Spécialisée dans le recyclage du plâtre, la PME alsacienne Ritleng Revalorisation projette d’investir 13 millions d’euros pour créer une nouvelle usine près de Beauvais, dans l’Oise. Mais la dynamique de l’entreprise est entachée par plusieurs procédures administratives et judiciaires.
Il en va de même pour l’industriel danois Rockwool et son projet d’implantation d’une usine de production de laine de roche, dans l’Aisne. Ce futur site, qui représente un investissement de 135 millions d’euros, fait depuis ses débuts l’objet de blocages de la part de ses opposants.
Les industriels de l’agroalimentaire se musclent
Certains groupes ayant déjà une implantation industrielle dans les Hauts-de-France s’y plaisent au point de remettre au pot. Le phénomène est particulièrement marqué dans le secteur de l’agroalimentaire. Ainsi, des grands noms sont en passe de réaliser plusieurs millions d’euros d’investissements dans leurs sites industriels. C’est le cas de Danone, qui investit 70 millions d’euros pour diversifier son usine de Steenvoorde vers la nutrition médicale, et qui augmente par ailleurs la production de yaourts nature sur son site de Bailleul, dans le Nord.
C’est aussi le cas de Coca-Cola : l’embouteilleur CCEP France va investir 68 millions d’euros dans son usine de Socx, près de Dunkerque, pour y installer une neuvième ligne de production dédiée aux boissons non gazeuses.
Le producteur français de sirop Monin lance quant à lui les travaux d’une nouvelle usine de production à Onnaing (Nord) : le démarrage est prévu pour le premier trimestre 2027, après un investissement de 45 millions d’euros. Enfin, le groupe familial belge Vandemoorteele, fabricant de pains, de pâtisserie et viennoiseries industriels consent un investissement de 30 millions d’euros, près d’Arras, dans le Pas-de-Calais. Il va étendre l’une de ses deux usines locales, à Athies, pour y installer une cinquième ligne de production,
Le luxe se plaît en Hauts-de-France
Le secteur du luxe se plaît lui aussi dans les Hauts-de-France. Le groupe français de cosmétiques L’Oréal achève deux grands investissements dans l’Aisne, pour près de 140 millions d’euros, sur deux sites distants d’un kilomètre. Celui de Saint-Quentin a été modifié pour 70 millions d’euros, afin d’accueillir la fabrication des produits dermatologiques CeraVe, pour toute l’Europe. Celui de Gauchy va doubler sa capacité de productions de parfums d’ici 2030.
Chanel investit lui aussi en région, dans une nouvelle unité de fabrication de parfums à Venette, dans l’Oise. Fruit d’un investissement de 150 millions d’euros, celle-ci doit être mise en service début 2026. Ce projet devrait se traduire par la création de près de 300 emplois.
Investissements tactiques de Framatome et EDF
Le secteur de l’énergie n’est pas en reste, grâce aux projets de l’industriel français Framatome. Ses sites nordistes de Maubeuge et Jeumont vont bénéficier d’une enveloppe d’investissement de 100 millions d’euros. Ces deux sites assurent la conception, la fabrication et la maintenance de composants pour les centrales nucléaires. L’investissement consenti va permettre d’augmenter la capacité de production, tout en réduisant les délais. Le site de Maubeuge va aussi faire l’objet d’un agrandissement, passant de 10 000 à 14 000 m², d'ici 2028.
Sans oublier la construction des deux réacteurs EPR2 pour la centrale de Gravelines, dans le Nord. Ce projet, mené à l’horizon 2028, est symbolique tant sur le plan économique, avec 16,9 milliards d’euros d’investissements, que sur celui de l’emploi, avec 8 000 personnes mobilisées sur la construction. Les deux EPR2 vont offrir une capacité de production plus importante, avec une puissance électrique individuelle de 1 670 MW.
L’irlandais Kingspan se renforce dans la région
Parmi les grandes annonces d’investissement industriel, figure celle d’un acteur de l’isolation, le groupe irlandais Kingspan. Ce dernier compte investir 44 millions d’euros pour renforcer deux sites déjà présents dans les Hauts-de-France : l’usine Isocab de Grande-Synthe (Nord) va être agrandie, tandis que celle de Bacacier, à Rang-du-Fliers (Pas-de-Calais), va déménager pour être modernisée.
Picardie Granulation lance une usine de pellets
Début 2026, Picardie Granulation va mettre en service une usine de production de pellets, à Chaulnes, dans la Somme. Après un investissement de 40 millions d’euros, elle sera en mesure de produire 100 000 tonnes de pellets par an, en s’appuyant sur de la matière première disponible localement. Le projet répond notamment à une demande des grands distributeurs spécialisés, qui sont de plus en plus à la recherche de producteurs locaux de pellets.
L’acier décarboné d’ArcelorMittal
L’un des projets phare de décarbonation dans les Hauts-de-France est celui porté par ArcelorMittal. Initialement, l’aciériste devait investir 1,7 milliard d’euros dans la construction de deux fours électriques, ainsi que dans une unité de réduction de fer, en vue de produire un acier décarboné. Ce projet d’envergure était soutenu par l’État à hauteur d’environ 850 millions d’euros. Après l’avoir gelé fin 2024, en raison d’un manque de compétitivité face à l’acier chinois, ArcelorMittal a confirmé en mai dernier le maintien du projet. Soit un mois après l’annonce de la suppression de 600 emplois dans 7 usines françaises, dont près de 300 à Dunkerque. Le montant confirmé a toutefois été revu à la baisse, passant à 1,2 milliard d’euros.
Projets verts pour Ecocem, Nexans, Aluminium Foundry France et Lhyfe.
Le cimentier irlandais Ecocem investit 50 millions d’euros à Dunkerque, dans une nouvelle ligne de production de ciment décarboné. Opérationnelle en 2026, elle portera la capacité du site de 300 000 à 1 million de tonnes. De son côté, le fabricant français de câbles électriques Nexans investit 90 millions d’euros sur son site de Lens, pour augmenter de plus de 50 % ses capacités de recyclage de cuivre.
Par ailleurs, le groupe Aluminium Solutions Group (ASG), spécialiste du profilé en aluminium, projette de lancer fin 2025, début 2026, sa première unité de production de billettes issues d’aluminium recyclé à Ham, dans la Somme. Le site sera opérationnel au terme de 50 millions d’euros d’investissement. Enfin, l’entreprise nantaise Lhyfe (200 collaborateurs) veut mettre en service, dès 2026, un site de production d’hydrogène vert dans la Somme. Il sera en capacité de produire et de livrer jusqu’à 2 tonnes d’hydrogène vert et renouvelable par jour.
La logistique trace sa route
De longue haleine ou plus récents, des projets logistiques structurants font eux aussi l’objet de nombreux investissements pour les années à venir. Parmi eux, l’incontournable Canal Seine Nord, dont le coût est estimé à plus de 5 milliards d’euros, avec ses 54 mètres de large, pour 107 km de long. Ce projet voit ses travaux se poursuivre : déjà bien avancé dans l’Oise, le chantier a démarré en début d'année du côté d’Aubencheul-au-Bac, près de Cambrai (Nord), avec la construction d’un quai travaux.
Autres grands projets d’infrastructures, ceux des aéroports de Lille et de Beauvais. Le premier doit investir 100 millions d’euros dans sa modernisation et sa sécurisation. Le second engage 190 millions dans sa modernisation et son agrandissement, en vue d’augmenter le trafic de 20 % d’ici 2035.