Depuis plus de trois ans, le groupe Agora Makers cherchait "à proposer aux collectivités des solutions de rafraîchissement urbain", rappelle David Lelièvre, président du groupe Agora Makers. Basé à Maxéville, en périphérie de Nancy, le groupe emploie 800 salariés et exploite plusieurs sites dans le Grand Est, pour produire des solutions d’éclairages publics et du mobilier urbain, pour un chiffre d’affaires de 235 millions d’euros sur le dernier exercice.
À Sommevoire, en Haute-Marne, l’entité GHM fabrique des mâts d’éclairage en fonte, en acier et en aluminium. Plus à l’Est, le pôle Eclatec, le navire amiral du groupe, maîtrise la source lumineuse à travers quatre sites : Maxéville (Meurthe-et-Moselle), Métalec à Juvaincourt dans les Vosges, TTT à Toul (Meurthe-et-Moselle) et un site logistique à Gondreville en Meurthe-et-Moselle également.
L’équivalent de 8 mètres carrés de végétaux sur une colonne
Les réflexions du groupe autour de la lutte contre les conséquences du changement climatique ont abouti à une première solution, visant à amener des plantes au pied des candélabres. Et depuis le 7 avril 2026, Agora Makers est engagé dans un accord stratégique avec la start-up parisienne mube, pour produire et commercialiser des lampadaires végétalisés.
Concrètement, l’équipe de mube, soit 6 salariés, a développé un mât capable de porter un substrat permettant de faire pousser des plantes. "Ce produit permet d’avoir sur une colonne l’équivalent de 8 mètres carrés de végétaux déployés au sol", décrit David Lelièvre.
Jusqu’à 50 kg de CO₂ absorbés par an
Les mâts de mube permettent donc de végétaliser un espace urbain sans travaux de génie civil complexes. "Un lampadaire de 8 mètres de haut peut absorber jusqu’à 50 kg de CO₂ par an", précise Frédéric de Mont-Serrat dirigeant et cofondateur de mube. Relié à une alimentation en eau, le mât doit aussi permettre d’économiser jusqu’à 70 % d’eau par rapport à l’arrosage d’une surface équivalente au sol, grâce à un système d’irrigation breveté et pilotable à distance, incluant notamment un capteur d’hygrométrie. "Cela permet d’arroser uniquement quand les plantes en ont besoin", précise Frédéric de Mont-Serrat.
"Le groupe Agora Makers prend le meilleur de ce que nous savons faire, à savoir la conception, et nous profitons de ce qu'ils savent extrêmement bien faire, à savoir la capacité industrielle et leurs forces commerciales"
Jusqu’ici, une centaine de mâts végétalisés ont été déployés par mube, essentiellement en Île-de-France, pour 1 million d'euros de chiffre d'affaires réalisé depuis le lancement en 2022 de la jeune pousse. Si les deux partenaires restent encore discrets sur leurs objectifs, David Lelièvre assure que les décideurs publics ne resteront pas insensibles à cette manière de ramener un peu de nature en ville. "Ce produit est un deux en un, pointe le président du groupe Agora Makers. Il permet de végétaliser un espace urbain, tout en assurant d’autres fonctions", comme l’éclairage, la vidéoprotection ou encore l’intégration de capteurs environnementaux. Au final, si le tarif d’un lampadaire végétalisé de mube est "entre 4 et 5 fois" plus élevé que celui d’un candélabre basique, il reste moins cher qu’un arbre de grande taille planté additionné à celui d’une solution d’éclairage. "Et qu’il faut 15 ans à un arbre pour atteindre la taille d’un candélabre", rappelle David Lelièvre.
Les mâts végétalisés présentés au sommet international des maires
Pour Agora Makers, le défi était de transformer une innovation de start-up en un produit industriel normé. "L’idée est de proposer une offre globale, conforme à la norme EN40", soit l'ensemble des exigences réglementaires pour les candélabres d'éclairage public, explique David Lelièvre. Au sein du groupe, aucun investissement ni adaptation n’ont été nécessaires pour produire ces mâts végétalisés.
Si l’ensemble des détails liés à l’industrialisation ne sont pas encore connus, ce nouveau produit va bénéficier d’un coup de projecteur : Agora Makers a été invité à présenter le mât végétalisé lors du Sommet international des Maires, l’Urban 7, un événement organisé les 2 et 4 juin à Nancy dans le cadre de la Présidence française du G7.
Disposer d’une capacité de production
Pour mube, ce partenariat est un accélérateur sans précédent. "Nous avons un très beau produit, robuste et efficace, constate Frédéric de Mont-Serrat. Mais nous n’avions pas réellement la capacité de le produire à grande échelle. Même si on nous le demandait, nous serions un peu coincés."
Pour le dirigeant de mube, cet accord doit permettre de déverrouiller le potentiel de croissance de la start-up parisienne : "Le groupe prend le meilleur de ce que nous savons faire, à savoir la conception, et nous profitons de ce qu’ils savent extrêmement bien faire, à savoir la capacité industrielle et leurs forces commerciales".
Une brique logicielle pour compléter la chaîne de valeur
L’ambition d’Agora Makers ne s’arrête pas à la recherche d’innovation matérielle. Le groupe vient de finaliser l’acquisition de Kuzzle, un éditeur montpelliérain de logiciels pour la gestion de l’internet des objets, qui emploie 20 salariés pour 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires. Utilisée par des acteurs comme ST Microelectronics ou la Poste, la technologie Kuzzle permet de superviser des milliers d’équipements en temps réel. L’opération est stratégique : elle permet à Agora Makers d’intégrer la brique logicielle qui lui manquait et de maîtriser l’intégralité de la chaîne de valeur, depuis l’équipement physique jusqu’à la gestion en temps réel, en passant par la donnée, l’IoT, la cybersécurité et la gestion opérationnelle. "Sur le très beau marché que nous avons remporté avec la ville de Strasbourg, Kuzzle était un partenaire", révèle David Lelièvre.