Atteindre la capacité maximale d’une usine fonctionnant en continu ne se décide pas en appuyant sur un bouton. Propriété de l’industriel américain Crown, qui pèse 12,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires et emploie 23 000 salariés dans 179 usines à travers le monde, le site de Custines, en Meurthe-et-Moselle, produit actuellement 2,2 milliards de canettes par an, soit plus de 6 millions par jour, grâce à une équipe de 200 salariés. Arrivé depuis 4 mois à la tête de ce fleuron industriel lorrain, le nouveau directeur, Pedro Couto vise désormais la barre des 2,4 milliards de boîtes boissons par an.
Un objectif qui flirte avec la capacité théorique maximale de l'usine. "Nous pourrons arriver à 95, voire 96 % de la capacité théorique, car il y a toujours un peu de perte dans le process", tempère Pedro Couto. "Mais nous serons proches des 100 %, c'est le sens du projet de transformation qui nous amènera jusqu'en 2028."
Un marché mondial de 460 milliards de canettes, en croissance
Le groupe américain, qui ne communique pas sur le montant total de l’enveloppe d’investissement qui doit être injecté à Custines, a validé le plan de Pedro Couto pour suivre l’évolution du marché de la boîte boisson. Cet emballage en aluminium continue en effet à grignoter des parts de marché face aux bouteilles en plastique PET. À travers la planète, en 2024, il s’est vendu 460 milliards de canettes, dont 132 milliards sur les marchés européens et du Moyen-Orient.
"La croissance globale de notre marché devrait atteindre les 3 %", détaille Pedro Couto. En France, la part de marché de la canette devrait dépasser les 40 % en 2026, contre 35 % en 2022 et 38,4 % en 2024. Un marché porté par la croissance de la consommation des boissons énergisantes, vendues presque exclusivement en boîte boisson en aluminium, mais aussi par la bière, qui se vend désormais à près de 33 % embouteillée dans des canettes.
Transmettre les compétences et accélérer
Pour optimiser le processus industriel de l’usine de Custines, le nouveau directeur refuse de s’en remettre uniquement à la mécanique. "Tout est lié à l’homme", insiste Pedro Couto. Se définissant comme "un serviteur" en place pour aider ses équipes, il mise sur l’engagement des collaborateurs pour "tirer le meilleur d’entre eux". Un management positif qui ne peut pas masquer le problème démographique que rencontre le site : l’usine de Custines cherche en effet à compenser les départs à la retraite.
"Nous avons des postes ouverts, essentiellement sur des postes de techniciens", souligne Pedro Couto. L’enjeu actuel réside donc dans la préservation des compétences historiques de l’usine. "Le grand challenge, c’est de transmettre aux nouveaux entrants toutes les compétences, de façon que nous ne perdions pas en vitesse", résume Pedro Couto. Au contraire, le directeur de l’usine de Custines veut "accélérer très vite" grâce à ses nouvelles recrues. Cette transition se matérialise dans l’usine par un accompagnement renforcé entre les générations, articulé autour de la formation et du tutorat.
L’intelligence artificielle au service de l’efficacité industrielle
Pour autant, réussir à produire plus de 200 millions de canettes supplémentaires par an passera par des investissements ciblés. Un programme combinant amélioration des machines, contrôle qualité et révision des process pour aller chercher toujours plus d’efficacité. Chaque année, des enveloppes financières seront débloquées pour maintenir le site au "dernier état de l’art", précise Pedro Couto sans vouloir en dévoiler plus.
En 2025, un investissement de 700 000 euros a été débloqué pour renouveler le système de lavage de la première ligne de production de boîte boisson, l’usine en exploitant deux. Une enveloppe similaire est déjà programmée, pour 2027, pour moderniser la seconde ligne.
Les convoyeurs, essentiels pour faire tourner les boîtes à haute cadence, figurent également parmi les priorités d’investissement. Pedro Couto anticipe l’intégration imminente de l’intelligence artificielle pour optimiser ces flux complexes en temps réel. En croisant les données locales avec le savoir-faire global du groupe, l’usine compte aussi gagner un temps précieux pour anticiper les blocages : "À chaque fois que nous relevons un petit défaut, nous allons chercher quelle était la bonne solution déjà appliquée dans les usines du groupe, afin de ne pas perdre de temps à chercher", décrit le directeur de l’usine de Custines.
Flexibilité et synergies avec le site Crown en Allemagne
Face à une demande qui évolue très rapidement chez les clients de Crown Bevcan, des embouteilleurs basés en France, mais aussi en Belgique et aux Pays Bas, l’usine de Custines, soit l’unique site de production de Crown en France, doit conserver une grande polyvalence. Alors que le format traditionnel de 33 cl marque le pas, les formats "Slim" et "Sleek", soit des canettes allongées, ainsi que le 50 cl affichent une dynamique positive. "Avec une seule usine, nous devons couvrir le plus large panel possible de produits", souligne Pedro Couto.
Pour consolider ses positions sur le marché européen, le groupe Crown a racheté en 2023 le fabricant suisse de canettes Helvetia Packaging, et son usine de Saarlouis, en Allemagne, distante de moins de 100 kilomètres avec Custines. L’usine allemande exploite une ligne de boîtes boissons affichant une capacité totale de 1,2 milliard de canettes. Ce rapprochement permet de mutualiser les pièces de rechange, notamment sur le segment des canettes de 50 cl, soit la production phare de l’usine de Saarlouis. Les équipes techniques allemandes, plus expérimentées sur ce volume spécifique, interviennent régulièrement à Custines pour optimiser les réglages ou résoudre des contraintes de capacité. Porté par son enthousiasme et soutenu par le groupe, Pedro Couto est certain de réussir cette montée en charge : "Je m’y suis engagé. Et je pense que nous allons le faire le plus vite possible".