"Nous divisons par deux le temps de fabrication, sécurisons la production en grande série et garantissons des délais de livraison plus courts", souligne Arnaud Surpas, président de Fichet Group. C’est aussi "un symbole de la confiance que nous portons dans notre avenir". Coût de l’investissement qui a bénéficié au site de Bazancourt, dans la Marne : 1,1 million d’euros pour le leader de la fabrication de coffres-forts en France, installé à Vélizy-Villacoublay, dans les Yvelines, qui enregistre 90 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 30 à 40 % réalisés à l’étranger.
Un marché de 5 milliards d’euros en France
Le marché de la sécurité, soit 5 milliards d’euros en France, incluant la haute sécurité, est "en croissance de 4 % par an", indiquent les dirigeants de Fichet Groupe : "C’est un marché qui s’accompagne d’une demande en produits de haute valeur ajoutée de fabrication française, portée par les secteurs bancaires, industriels, du commerce et les commandes gouvernementales à destination des établissements recevant du public sensible". Justement, Fichet Group a remporté un nouveau marché en février. L’usine marnaise, qui fabrique 3 000 pièces fortes par an, a adapté son site de production en fonction de cette commande d’armoires fortes, du modèle Enigma 2, pour les administrations et collectivités.
Consommation électrique divisée par neuf
Sous la charpente Eiffel en acier du XIXe siècle, la nouvelle panneauteuse du site de Bazancourt, inaugurée ce 19 mai, lui fait passer un cap énergétique, ergonomique et productif. Destinée à effectuer du pliage complexe, la panneauteuse courbe un acier bas carbone standard, dans des épaisseurs de 0,6 à 8 millimètres, acheté auprès de fournisseurs français. Afin de garantir une qualité constante "sans rebuts", le contrôle caméra est effectué à 100 % par la machine. Entièrement automatisée, elle soulage également le dos des techniciens, qui n’ont plus la nécessité de porter des pièces relativement lourdes. L’automate peut se charger de tôles allant jusqu’à 2,2 mètres de large, de l’entrée dans le processus de pliage à son installation sur une palette.
Totalement électrique, le nouvel outil remplace "sa grande sœur fatiguée", indique Olivier Raguin, le directeur du site historique de Fichet Group. "C’était une des machines qui consommait le plus. Avec la nouvelle, on divise la consommation électrique par neuf dans cette étape de processus de fabrication."
Un acier classique, une recette béton secrète
Une centaine de personnes, dont cinquante à la production en soudure, tôlerie, serrurerie, supply chain et support travaillent au sein des 34 000 m2 de l’usine marnaise. Des savoir-faire précieux valorisés dans chacune des étapes du processus de fabrication : poinçonnage en dessous de 4 mm, découpe laser au-delà, pliage automatisé et soudures au cordeau réalisées sur gabarits. "L’armoire d’aujourd’hui et l’armoire dans vingt ans auront toujours la même taille au dixième de millimètre près", insiste Olivier Raguin.
Au-delà du respect des normes de certification française (A2P) et européenne (ECBS), le cœur de "la sûreté physique" made in Fichet Group repose sur des secrets de fabrication uniques. Celui des points de soudures ou du maillage des différentes couches ou "classes" de sécurité dans la porte blindée, dans laquelle les techniciens viennent couler un béton composite, "cinq à six fois plus dur que celui du bâtiment". Sa formule est confidentielle et n’a volontairement jamais été brevetée. "Nous avons fait comme Coca-Cola. Comme ça, nous sommes sûrs de ne pas nous faire piquer la recette", revendiquent les dirigeants de Fichet Group.
Le défi du recrutement
Fleuron de l’industrie régionale, Fichet Group s’appuie sur un turn-over peu important. "Nos équipes sont assez fidèles", mais la moyenne d’âge frôle 50 ans dans une production où plus de la moitié des cinquante salariés en production sont des soudeurs. Recruter est alors "un challenge", reconnaît le directeur. Pourtant, pas besoin de compétences spécifiques autres que les bases du métier. L’apprentissage et la transmission des savoir-faire se font "sur le tas", poursuit Olivier Raguin. Fichet Group ouvre à la rentrée des alternances en soudure, logistique, amélioration continue ou encore ressources humaines. Et accueille des collaborateurs en reconversion professionnelle, qui révèle quelques talents.
Souveraineté et cybersécurité en ligne de mire
Banques, secteur régalien, sites Seveso, luxe et distribution, établissements recevant du public : voilà les cinq marchés de Fichet Group. Quelques commandes insolites surgissent parfois, comme des "panic rooms", principalement de l’étranger, assure le directeur du site marnais. Mais l’originalité réside dans les dimensions. "Une des dernières chambres les plus importantes conçues mesurait 300 mètres carrés. C’était assez conséquent", constate Olivier Raguin. Un projet qui a nécessité deux mois de production.
Mais ces cinq marchés exigent désormais "une convergence entre sûreté physique et cybersécurité", assure Arnaud Surpas. "Les prochains investissements seront orientés notamment vers la R & D", détaille le président du groupe, autour de l’intégration de l’intelligence artificielle dans les solutions. Ces prochains défis et investissements du groupe font travailler ses deux sites du Grand Est, soit Bazancourt pour les menuiseries fortes et Baldenheim, en Alsace pour la sécurité électronique, en complémentarité depuis près de 200 ans.