Pour le président d’Agora Makers, c’est une très bonne nouvelle. "C’est la première fois que nous gagnons un marché de cette ampleur", indique David Lelièvre. Basé à Maxéville, en périphérie de Nancy, exploitant de plusieurs sites industriels dont Eclatec, à Maxéville, et GHM, en Haute-Marne, le fabricant de solutions d’éclairages publics et de mobilier urbain Agora Makers (800 salariés, CA : 245 M€) vient en effet de décrocher le marché de la transformation de l’éclairage public de l’Eurométropole de Strasbourg.
Dans une première phase, qui a déjà démarré, 3 500 luminaires seront connectés à un système de gestion à distance. Ensuite, pour la fin mars 2026, les 33 000 points lumineux constituant l’éclairage public de l’Eurométropole pourront être administrés à distance.
"Adapter la quantité de lumière en fonction du besoin"
Si le montant du contrat n’a pas été communiqué, David Lelièvre se félicite d’avoir pu imposer sa solution d’éclairage connecté indépendamment du renouvellement des luminaires : "Pour la première fois, nous nous positionnons vraiment comme une solution de connectivité".
Concrètement, l’Eurométropole de Strasbourg ne cherchait pas à changer des luminaires, mais souhaitait véritablement piloter son installation. Autrement dit "identifier les pannes, qualifier les pannes, avoir des signaux d’alerte par SMS pour être informé de façon instantanée, mais aussi adapter le mieux possible la quantité de lumière et donc d’énergie consommée en fonction du besoin à un instant donné", liste de façon non exhaustive le président d’Agora Makers. Ce dernier rappelant que les solutions de connectivité sont encore souvent vendues aux collectivités en option, lors du changement des luminaires.
Une belle année pour l’éclairage public en 2024
Baptisée Wizard, cette solution de gestion à distance de l’éclairage public a été développée pour Agora Makers par Nexiode, une start-up basée à Quimper et propriété d’Agora Makers depuis 2024. La première installation de Wizard a été réalisée à Longuyon, en Meurthe-et-Moselle. Puis les commandes ont afflué, à la faveur d’une bonne dynamique sur le marché de l’éclairage public : un petit millier de points lumineux en 2021, entre 3 000 et 4 000 points en 2022, puis plus de 10 000 en 2023. La dissolution de l’Assemblée Nationale en 2024 est ensuite venue casser cette dynamique.
Des niveaux d’investissement révisés "significativement à la baisse"
Sur cet exercice, le groupe lorrain aura réalisé 245 millions d’euros de chiffre d’affaires. 2025 se terminera sur un niveau d’activité inférieur, soit autour de 235 voire 240 millions d’euros. Observateur attentif des discussions budgétaires au plus haut niveau de l’État, David Lelièvre a rapidement senti les "frictions" et les "craintes" après l’annonce des efforts demandés aux collectivités, en 2024. "Déjà, les niveaux d’investissement ont été révisés significativement à la baisse à titre conservatoire, et on les comprend", retrace le président d’Agora Makers.
Carnets de commandes peu fournis pour 2026
Au final, la catastrophe annoncée a eu lieu en 2025 : "De nombreux projets d’investissement ont été gelés voire même annulés", souligne David Lelièvre en citant une ville normande qui a annulé une commande de 2 millions d’euros. Et pour 2026, sur le marché, "il n’y a pas grand-chose", dans les carnets de commandes d’Agora Makers, constate David Lelièvre.
Croissance externe à l’étude
Opérant déjà en Italie et aux Pays Bas, le groupe peut compter sur l’international pour poursuivre sa trajectoire de croissance. "Nous étions déjà présents au Brésil à travers le mobilier urbain", rappelle David Lelièvre. Des Brésiliens sont venus à Nancy pour apprendre à monter des luminaires. Et désormais, nous avons une ligne de montage dédiée pour le marché brésilien qui est opérationnel."
Au total, Agora Makers réalise déjà 15 % de son activité à l’international. Et ne compte pas s’arrêter là. "Nous avons quatre sujets de croissance externe à l’étude", révèle David Lelièvre, sans dévoiler les pays ciblés. Contrôlé depuis 2022 par le fonds Hivest Capital, Agora Makers ne fait pas mystère de son ambition d’avoir "un positionnement international plus significatif", en réalisant à l’avenir "40 % des ventes" à l’export.
"Notre actionnaire est toujours très motivé, le groupe se porte bien, mais pour avoir recours au crédit, il faut toutefois que les banques nous suivent", souligne David Lelièvre, qui se dit confiant notamment grâce à une gestion de "bon père de famille".