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Lhyfe double son chiffre d'affaires, mais opère un virage stratégique pour viser la rentabilité
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Lhyfe double son chiffre d'affaires, mais opère un virage stratégique pour viser la rentabilité

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Après plusieurs années de montée en puissance, l'industriel nantais de l'hydrogène vert annonce un doublement de son chiffre d'affaires, mais aussi un fort recentrage de sa stratégie. Priorisation des projets les plus matures, externalisation de certaines fonctions et réduction des coûts dès 2026 devraient permettre à Lhyfe de poursuivre la croissance de son chiffre d'affaires.

Mathieu Guesné, président directeur général de Lhyfe, lors du lancement en bourse de cette société de production d'hydrogène vert — Photo : David Pouilloux

Mais que se passe-t-il chez Lhyfe ? Ce n'est pas un grand chambardement, mais sans aucun doute un changement stratégique. L'industriel nantais de l'hydrogène vert, un hydrogène produit à partir d'eau et d'électricité verte, est l'un des pionniers européens du secteur. La PME vient d'annoncer un recentrage de ses priorités de déploiement, une allocation plus ciblée de ses ressources et une réduction significative de ses coûts dès 2026, dans un contexte de marché européen plus lent que prévu.

Dans un communiqué publié le 19 décembre 2025, Lhyfe confirme toutefois la poursuite de sa croissance, avec un chiffre d'affaires multiplié par deux en 2025, à environ 10 millions d'euros, après être passé de 1 million d'euros à 5 entre 2023 et 2024. Une trajectoire qui témoigne, selon l'entreprise, de "l'existence bien réelle du marché de l'hydrogène vert" et de la solidité de son modèle industriel.

Un marché réel, mais plus sélectif

Depuis sa création en 2017, Lhyfe a connu une montée en puissance rapide : 22 MW de capacités installées à ce jour, six sites de production en France et en Allemagne, une supply chain intégrée (70 conteneurs, 20 sites de stockage, plus de 1 000 livraisons réalisées cette année) et un portefeuille d'une soixantaine de clients dans neuf pays européens. L'entreprise vise une hausse de 70 % de sa capacité de production en 2026.

Mais le contexte européen pèse. Alors que l'Union européenne s'était fixé un objectif de 40 GW d'électrolyse installés d'ici 2030, seuls 600 MW sont aujourd'hui opérationnels, soit 1,5 % de l'objectif. Un décalage gigantesque que Lhyfe attribue à un cadre réglementaire encore incomplet et trop lentement transposé dans les États membres, malgré une chaîne de valeur désormais mature.

Prioriser pour atteindre l'équilibre économique

Site de Lhyfe à Schwäbisch Gmünd, en Allemagne — Photo : Lhyfe

Face à cette évolution "certaine mais sélective et ralentie" du marché, Lhyfe adapte son pilotage. L'entreprise annonce se recentrer sur "ses projets européens les plus matures", parmi un portefeuille de 55 projets. Les efforts se concentreront désormais sur "la mobilité, l'industrie au Royaume-Uni et les raffineries en Europe", tandis que les autres projets restent en réserve pour accompagner l'évolution future des marchés.

Parallèlement, Lhyfe renforce ses activités commerciales et opérationnelles, en s'appuyant sur ses sites existants et en construction, ainsi que sur une logistique désormais pleinement opérationnelle, afin de poursuivre et amplifier la croissance de son chiffre d'affaires.

Recentrage sur le cœur de métier et réduction des coûts

Autre inflexion majeure : Lhyfe annonce l'externalisation de l'ingénierie, des achats et de la construction (EPC) pour ses prochains projets industriels, compte tenu de la maturité désormais atteinte par les fournisseurs du secteur et l'expérience de pilotage de Lhyfe qui a déjà installé 6 sites de production, et bientôt 8 (sites de Bouin, Buléon, Bessières, Schwäbisch Gmünd, SeaLhyfe, Tübingen, Croixrault et Le Cheylas). "Cette évolution permettra à Lhyfe de concentrer ses efforts sur son cœur de métier industriel et commercial, tout en préservant son expertise de pointe au sein de l'entreprise", explique l'industriel.

Dans cette nouvelle phase, Lhyfe fera évoluer son organisation et vise, dès 2026, une réduction de ses coûts d'environ 30 %, sans préciser les moyens mis en œuvre pour réduire ses coûts. Le processus de développement de projets sera "plus lean"; autrement dit plus sobre, plus efficace, plus agile. L'objectif : accélérer l'atteinte de l'équilibre et de la profitabilité, après avoir démontré la soutenabilité écologique de son modèle.

Consolider pour durer

"Les périodes de croissance font naître l'innovation, les périodes de consolidation font naître les acteurs solides", résume Matthieu Guesné, fondateur et PDG de Lhyfe. L'orientation prise "s'inscrit dans la continuité de la stratégie du groupe", avec l'ambition de démontrer que la filière de l'hydrogène vert est économiquement soutenable et capable de passer à l'échelle. Reste à savoir dans quelle mesure les 196 salariés seront impactés par cette "consolidation", un sujet que les dirigeants n'ont pas évoqué.

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