Quand sacrifier une partie prenante compromet l'intérêt général
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Quand sacrifier une partie prenante compromet l'intérêt général

[TRIBUNE] La baisse du PIB par habitant en France et son passage sous la moyenne européenne alarme Daniel Sauvaget, président du distributeur de surgelés Écomiam (38 M€ de CA en 2025). Pour le dirigeant breton, un pays qui sacrifie ses industriels et ses agriculteurs ne peut que s'affaiblir.

Daniel Sauvaget, président fondateur d'Écomiam — Photo : Paul Stefanaggi

Le passage du PIB par habitant français sous la moyenne européenne n'est pas un simple signal statistique. Il raconte une trajectoire : celle d'un pays qui consomme encore beaucoup, mais qui produit de moins en moins de valeur par personne.

Ce décrochage n'est pas le fruit d'un hasard. Il est le résultat d'un raisonnement devenu dominant : protéger le pouvoir d'achat par la baisse des prix, quitte à accepter une dépendance croissante aux importations et l'affaiblissement progressif de notre appareil productif.

Or, aucune économie ne prospère durablement en affaiblissant l'un de ses piliers.

Producteurs et industriels sacrifiés au nom de prix toujours plus bas

Lorsque les producteurs agricoles et industriels sont sacrifiés au nom de prix toujours plus bas, la conséquence est mécanique : moins d'emplois, moins d'investissements, moins de valeur ajoutée créée sur le territoire. L'État voit ses recettes se contracter, pendant que ses dépenses augmentent. Le déficit se creuse. La dette compense ce que la production ne génère plus.

Lorsque la qualité des produits alimentaires est comprimée pour tenir des objectifs de prix, ce sont les consommateurs qui en paient le coût différé : dégradation de la santé publique, maladies chroniques, explosion des dépenses sociales et de soins. Ce qui n'est pas payé à la caisse est réglé plus tard, collectivement.

À chaque étape, une partie prenante est présentée comme variable d'ajustement, au nom de l'intérêt général. Mais l'intérêt général n'est jamais la somme de sacrifices successifs. Il naît de l'alignement des intérêts.

Aucun acteur ne peut durablement prospérer dans un écosystème qu'il affaiblit

Un fait mérite d'ailleurs d'être observé sans détour : il est difficile de trouver un exemple où la grande distribution aurait été, elle, structurellement sacrifiée. Elle est devenue l'arbitre central du système, chargée de contenir les prix, pendant que les coûts économiques, sociaux et sanitaires étaient absorbés ailleurs - par les producteurs, par l'État, par les consommateurs eux-mêmes.

Pourtant, aucun acteur ne peut durablement prospérer dans un écosystème qu'il affaiblit.

Une distribution performante ne peut s'inscrire dans la durée si elle repose sur une agriculture fragilisée, une industrie absente et des consommateurs appauvris. La baisse du PIB par habitant en est déjà un signal avancé.

Capacité collective à produire de la valeur

C'est précisément cette conviction qui guide des modèles alternatifs, comme celui porté par Écomiam : chercher à aligner les intérêts de l'agriculture, de l'industrie, de la distribution et de la consommation, plutôt que d'en opposer un aux autres. Non par idéologie, mais par pragmatisme économique.

Le véritable pouvoir d'achat ne se décrète pas par la pression sur les prix. Il se construit par la capacité collective à produire, transformer et distribuer de la valeur, sans déplacer indéfiniment les coûts.

L'intérêt général commence là où l'on cesse de chercher qui sacrifier et où l'on commence à se demander comment faire gagner l'ensemble du système.

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