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Investissements étrangers : la France continue de planer sur l’Europe mais des signes de fragilités s’accumulent
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Investissements étrangers : la France continue de planer sur l’Europe mais des signes de fragilités s’accumulent

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La France reste en 2025 la première destination européenne pour les investissements étrangers, devant le Royaume-Uni et l’Allemagne. Mais le recul de 17 % des projets et la baisse des intentions d’investissement pour 2026 inquiètent.

La France est le pays européen qui a attiré le plus d’investissements étrangers en 2025. À l’image de l’entreprise portugaise Tekever qui va construire une usine de drones à Cahors (Lot). L’usine de 4 500 mètres carrés générera la création d’une quarantaine d’emplois — Photo : Tekever

Un règne sans partage. Pour la septième année d’affilée, la France demeure la première destination en Europe pour les investissements directs étrangers. En 2025, 852 projets d’implantation ou d’agrandissement portés par des entreprises à capitaux étrangers ont été recensés dans l’Hexagone par le Baromètre EY de l’Attractivité de la France, publié le 21 mai 2026. Le Royaume-Uni conserve sa deuxième place (730 projets) devant l’Allemagne (548). Suivent la Turquie (383), l’Espagne (376) et la Pologne (285).

Ces investissements internationaux devraient créer 28 000 emplois en France. Soit un petit peu moins qu’au Royaume-Uni (28 900). Mais bien plus que chez les poursuivants, la Turquie (24 000) et la Hongrie (14 000).

L’industrie concentre 42 % des projets

L’industrie continue de concentrer la plus grande partie des investissements étrangers en France (42 % des projets en 2025). Plus de 350 projets de créations ou d’extensions d’usines devraient générer 11 000 emplois. La bonne dynamique de l’énergie et de la santé ne compense cependant pas la perte de vitesse dans l’automobile, la chimie et la métallurgie. Résultat : les projets industriels sont en retrait de 15 % en 2025. La chute est encore plus brutale pour les sites logistiques (-24 %), les bureaux commerciaux (-28 %) et les centres de R & D (-47 %).

62 % des investissements étrangers en France correspondent à des extensions de sites existants, 38 % sont des implantations.

Si certains secteurs marquent le pas, comme l’automobile, l’électronique ou la métallurgie, la France brille dans plusieurs domaines. Le pays est ainsi le plus attractif en Europe en matière de logiciels, de services IT ou de projets IA. "Énergies, défense, IA… : on coche à peu près toutes les cases. Mais on aimerait avoir plus d’acteurs de la finance, être mieux orientés sur la pharma ou la biotech, et on constate un essoufflement de la réindustrialisation par les entreprises étrangères", commente Marc Lhermitte, associé EY.

Les investissements étrangers en retrait de 17 %

L’enquête d’EY montre toutefois des signes d’inquiétudes. Le nombre de projets d’investissements étrangers est en forte baisse en France, de 17 % sur un an. Le recul est même plus marqué dans l’Hexagone qu’au Royaume-Uni (-14 %), qu'en Allemagne (-10 %) ou qu’en moyenne en Europe (-7 %). Le Vieux continent recule depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, qui a provoqué une forte inflation, notamment des coûts énergétiques, et un ralentissement de la croissance. Les investissements étrangers n’ont jamais été aussi bas en Europe depuis 10 ans, avec une chute de 24 % des projets par rapport au pic de 2017.

Faut-il y voir un décrochage de l’attractivité européenne à l’échelle planétaire ? Pour Marc Lhermitte, le recul des investissements internationaux n’est pas propre au continent. "La contraction est mondiale, assure-t-il. En 2025, selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, les projets greenfields (implantations d’entreprises étrangères, NDLR) ont baissé de 16 % au niveau mondial et de 13 % aux États-Unis".

Le recul des projets américains et allemands

La politique américaine explique en partie ce recul des investissements internationaux. "Le plan Biden, puis la stratégie de l’administration Trump, avec son angle douanier et ses incitations fiscales, ont maintenu sur le sol américain énormément d’investissements", explique Marc Lhermitte. Un certain nombre d’entreprises du pays de l’Oncle Sam se détournent donc du reste du monde. Conséquence : "le volume des investissements internationaux des entreprises américaines en Europe a été divisé par deux en cinq ans", poursuit l’associé d’EY. La France voit ainsi s’éloigner une partie des capitaux de son premier investisseur étranger : 19 % des projets hexagonaux sont américains en 2025, en baisse de 14 % sur un an.

L’Hexagone doit aussi composer avec les difficultés de l’économie allemande, son deuxième apporteur de capitaux, dont les projets sont en retrait de 26 % en 2025.

Les régions les plus attractives de France

L’Ile-de-France est la région française qui attire le plus d’investissements étrangers (233 en 2025) et qui génère le plus d’emplois (5 492). L’Auvergne-Rhône-Alpes est nettement derrière en termes de projets (137) mais affiche un niveau de créations d’emplois presque équivalent (5 332).

Baisse des intentions d’investissement pour 2026

Si l’année 2025 montre des signes de fragilité, l’avenir est aussi source de préoccupation. Seuls 57 % des 200 dirigeants internationaux interrogés par EY prévoient des projets d’investissement en France en 2026. Ils étaient 62 % dans ce cas en 2025 et 73 % en 2024. Cette chute de 16 points en deux ans reflète une méfiance croissante, les investisseurs anticipant des risques accrus liés à l’instabilité politique et économique. "Il y a clairement un effet nouvelle donne économique, politique et financière liée à l’approche des échéances électorales de 2027 et au contexte européen", assure Marc Lhermitte.

L’enjeu économique est tout sauf anecdotique. Une étude de l’Insee publiée en novembre 2025 recense 19 100 entreprises sous contrôle étranger sur le territoire. Elles représentent seulement 1 % des entreprises en France. Mais 13 % des effectifs (2,3 millions de salariés), 16 % des investissements corporels réalisés en France et 17 % de la valeur ajoutée produite dans l’Hexagone. "C’est un tout petit groupe d’entreprises qui ont des choix à faire en permanence et qui ont une contribution très forte à l’innovation et à l’export. Les entreprises étrangères en France, c’est 25 % de la R & D privée et 35 % des exportations industrielles. C’est dingue, c’est un effet de levier gigantesque", affirme Marc Lhermitte.

Le pays jugé le plus attractif d’Europe

Dans un contexte où les décisions d’investissement se font plus rares, la France a aujourd’hui une longueur d’avance sur ses concurrents européens. C’est ce que montre le Baromètre EY de l’Attractivité. C’est ce que confirme aussi une enquête d’opinion réalisée par le cabinet de conseil auprès des investisseurs internationaux. La France est à leurs yeux le pays d’Europe le plus attractif du continent (devant le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Suisse). Ses trois meilleurs atouts ? La taille de son marché, sa capacité d’innovation et la qualité de ses infrastructures. Les investisseurs internationaux pointent en revanche du doigt le contexte macroéconomique hexagonal, le manque de stabilité politique ainsi que la faible compétitivité fiscale.

"Il faut maintenir le prix de la France dans des niveaux acceptables pour les investisseurs."

"Nous n’avons fait que la moitié du travail en matière de compétitivité en France. Il faut maintenir le prix de la France dans des niveaux acceptables pour les investisseurs. Si je schématise, on reste globalement 20 % plus cher que la moyenne européenne", assure Marc Lhermitte. Cela suppose une attention particulière en matière de coût du travail, de coût de l’énergie et de fiscalité. Cela suppose encore de stabiliser un cadre réglementaire perçu comme instable par les investisseurs internationaux.

Concurrence agressive et élection de 2027

Pour l’associé d’EY, l’attractivité de la France ne doit pas se limiter au cadre hexagonal. "L’Europe est le seul moyen d’être à l’échelle. Il nous faut être plus actifs et agissant en Europe pour construire des stratégies et soutenir des processus de simplification", assure Marc Lhermitte. Car la France a beau être championne d’Europe des investissements étrangers, ce titre est fragile : face à la concurrence agressive des autres pays et à l’approche des échéances électorales de 2027, l’attractivité n’est pas un acquis. C’est une dynamique qu’il faut défendre sans relâche, sous peine de voir les capitaux se détourner vers d’autres cieux.

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