La France reste la première destination européenne des investissements étrangers, mais les chiffres reculent fortement. Comment interpréter ce paradoxe ?
2025 a été une année très compliquée pour l’investissement international. Les tensions géopolitiques et commerciales ont pesé sur les décisions des entreprises, qui ont fait preuve de davantage de prudence. En Europe, nous recensons 5 026 opérations internationales, soit 7 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’au pic observé en 2017.
La France est elle aussi touchée, avec une baisse de 17 % des projets d’investissements étrangers. Mais malgré cela, elle conserve, pour la septième année consécutive, sa place de première destination européenne devant le Royaume-Uni et l’Allemagne, avec 852 projets recensés en 2025. Cela tient à plusieurs facteurs : la profondeur du marché français, la qualité des infrastructures, des talents, par exemple, mais aussi les difficultés rencontrées par nos principaux concurrents.
L’Europe occidentale semble davantage souffrir que d’autres régions du monde. Pourquoi ?
De manière générale, l’Europe a été plus sévèrement touchée que d’autres régions. Aux tensions géopolitiques mondiales s’ajoutent ici des facteurs spécifiques : une croissance économique plus faible, des interrogations persistantes sur la complexité et la compétitivité européenne, ou encore des incertitudes politiques dans certains grands pays européens. Nous observons aussi une plus grande prudence des investisseurs américains vis-à-vis de l’Europe en même temps qu’ils sont davantage incités à investir sur leur marché domestique. Cela a commencé avec Joe Biden et se poursuit aujourd’hui avec Donald Trump.
Mais cette contraction des investissements étrangers ne se manifeste pas de manière homogène en Europe. Plusieurs pays d’Europe du Sud ou d’Europe de l’Est, comme l’Espagne, la Pologne ou la Turquie, affichent une dynamique positive, portée par une compétitivité-coût plus forte, des délais d’implantation plus rapides et une disponibilité foncière supérieure.
Les tensions géopolitiques pèsent-elles désormais durablement sur l’investissement mondial ?
Les entreprises ont besoin de visibilité et de prévisibilité pour investir. Or le contexte actuel est source d’incertitudes : guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient, politiques protectionnistes, tensions commerciales… Tout cela pousse les entreprises à la prudence et freine les grands projets internationaux. Nos enquêtes montrent aussi que, dans ce contexte, la compétition internationale pour attirer les investissements devient de plus en plus forte et que les critères de compétitivité et d’agilité sont de plus en plus déterminants, qu’il s’agisse du coût de l’énergie, du coût du travail, de la fiscalité ou encore de la rapidité des implantations.
Dans ce contexte, comment se comportent les Pays de la Loire ?
Les Pays de la Loire enregistrent effectivement un recul marqué en 2025. La région passe de 68 projets d’investissements étrangers en 2024 à 40 en 2025, soit une baisse de 40 %. Les emplois générés reculent eux aussi fortement, de 2 427 à 1 338 postes (-37 %). Il faut reconnaître que les années 2023 et 2024 étaient atypiques, avec un niveau d’investissement très élevé, pour une région qui d’ordinaire est moins performante que celles au cœur des flux européens, comme les Hauts-de-France ou le Grand Est.
Reste que c’est le plus faible niveau observé depuis quatre ans et que certains secteurs historiques régionaux, comme l’agroalimentaire ou l’automobile, ont connu une année plus difficile en matière d’investissements.
Cela ne doit toutefois pas masquer la qualité de certains projets recensés. Nous observons des investissements dans des secteurs très cohérents avec les priorités économiques régionales, notamment dans l’énergie ou dans l’aéronautique.
Justement, les Pays de la Loire apparaissent très industriels dans leur profil d’investissements étrangers…
Les deux tiers des projets recensés dans la région concernent des sites de production. Sur les 40 projets enregistrés en 2025, 25 relèvent directement de l’industrie manufacturière. Et surtout, ces projets industriels représentent 84 % des emplois créés, soit 1 122 emplois sur les 1 338 recensés. Cela reflète le profil économique de la région. Les Pays de la Loire disposent d’une base industrielle forte, avec des compétences reconnues dans plusieurs filières : l’aéronautique, l’agroalimentaire, les équipements industriels ou encore l’énergie.
On observe malgré tout que les activités de services et les bureaux commerciaux, pour la plupart localisés au sein de la métropole de Nantes, résistent un peu mieux que les projets industriels en 2025.
L’aéronautique ressort particulièrement dans votre étude…
En effet, l’aéronautique ne représente que 10 % des projets recensés dans les Pays de la Loire en 2025, mais concentre à elle seule 41 % des emplois créés par les investissements étrangers dans la région, soit 544 postes.
Les conditions de marché sont aujourd’hui favorables dans l’aéronautique, contrairement à d’autres secteurs industriels comme l’automobile. Les carnets de commandes des grands donneurs d’ordres restent très remplis. Cela peut entraîner des besoins d’extensions de sites ou de montée en puissance de toute la chaîne de sous-traitance. Les Pays de la Loire disposent là d’un véritable atout structurel autour d’Airbus, de Saint-Nazaire et de tout l’écosystème industriel régional.
L’une des forces des Pays de la Loire est-elle justement cette diversité sectorielle ?
C’est un élément clé. Ce qui ressort de notre étude, c’est que les investissements étrangers y sont moins concentrés dans deux ou trois secteurs que dans d’autres régions. Les équipements industriels représentent 15 % des projets, l’aéronautique 10 %, les services aux entreprises 10 %, mais surtout 65 % des investissements concernent d’autres filières d’activités (logiciels et services IT, énergie, agroalimentaire…).
Cela témoigne de la diversité du tissu économique régional. Dans certaines années plus compliquées pour une filière donnée, d’autres secteurs peuvent compenser. Cette diversité constitue un facteur de résilience.
Les Pays de la Loire disposent aussi d’un tissu très dense d’ETI, de PME et de groupes familiaux, qui participent fortement à cette solidité économique.
Nantes concentre toutefois une grande partie des projets et des emplois…
La métropole nantaise joue un rôle moteur incontestable. La Loire-Atlantique concentre à elle seule 42 % des projets et 57 % des emplois générés par les investissements étrangers dans la région. En 2025, Nantes Métropole a accueilli 15 projets d’investissements étrangers créant un peu plus de 400 emplois. Cela s’explique par la concentration des fonctions stratégiques, des talents, des écoles, des centres de recherche et de développement, et par l’accessibilité du territoire.
Nantes apparaît régulièrement parmi les métropoles régionales attractives dans notre enquête, même si elle reste derrière des villes comme Lyon, Marseille, Lille ou Toulouse, qui bénéficient d’effets de taille et d’une visibilité historique plus forte.
Les investissements étrangers restent-ils malgré tout concentrés uniquement sur Nantes et la Loire-Atlantique ?
Non, et c’est un point intéressant des Pays de la Loire. Bien sûr, la Loire-Atlantique reste le principal moteur régional : elle concentre 17 projets et 766 emplois.
Mais les investissements étrangers restent relativement diffusés sur l’ensemble du territoire régional. La Vendée accueille 7 projets pour 171 emplois, le Maine-et-Loire 6 projets pour 240 emplois, la Sarthe 6 projets pour 123 emplois et la Mayenne 4 projets pour 38 emplois.
Cela traduit le fait que les Pays de la Loire disposent de plusieurs bassins industriels attractifs et pas uniquement d’une métropole tertiaire dominante. On retrouve dans différents départements des compétences industrielles fortes, des sous-traitants spécialisés, des ETI familiales solides et des savoir-faire sectoriels reconnus.
Que manque-t-il justement aux Pays de la Loire pour franchir un cap en matière de visibilité internationale ?
Il faut continuer à rendre le territoire plus visible à l’international. Beaucoup d’investisseurs étrangers connaissent encore mal les atouts industriels des Pays de la Loire. Lorsque des dirigeants étrangers découvrent la région, ils sont souvent surpris par la profondeur de son tissu industriel, par les chantiers navals, par Airbus ou par la qualité de l’écosystème local. Mais cela reste parfois insuffisamment identifié à l’étranger.
Il faut donc poursuivre les efforts de promotion du territoire : mettre en avant les infrastructures, les compétences, les filières d’excellence, les universités, les capacités industrielles. Tout cela contribue à renforcer la présence du territoire dans l’esprit des investisseurs internationaux.