En fin connaisseur de la complexité des outils industriel, Laurent Gless, le nouveau directeur du site Arkema de Carling, en Moselle, ne veut pas céder pas à la précipitation. "Ce n’est pas une course de vitesse, il faut faire les choses bien", insiste le directeur. Pourtant, après trois ans de chantier, le calendrier aboutissant à la mise en service des nouvelles installations du site de Carling, exploité par le groupe Arkema (20 700 salariés, CA : 9,1 Md€), est désormais bien tracé. Laurent Gless et ses équipes visent un premier démarrage à partir des mois de mai et de juin 2026, pour la première partie des installations, suivi de la seconde partie à l’automne. L’objectif final est d’atteindre la pleine capacité opérationnelle en 2027. L’usine pourra alors produire sur ses nouvelles installations jusqu’à 300 000 tonnes d’acides acryliques par an, produits entrant dans la composition de colles, peintures, de produits cosmétique ou encore de produits de traitement de l’eau.
Le plus gros investissement d’Arkema en France
Baptisé "Carat", pour Carling acide acrylique technique, ce chantier représente le plus gros investissement d’Arkema en France, s’élevant à près de 150 millions d’euros. Une fois en service, les nouvelles installations devraient permettre de réduire les émissions de CO2 du site de 20 % et la consommation énergétique de 25 %. Fruit de plusieurs années de recherche et développement en interne, ce nouveau procédé de distillation a déjà été testé sur des pilotes industriels avant son déploiement à grande échelle.
"Plus flexible, plus compétitif"
L’enjeu lié à l’installation des nouvelles colonnes de distillation n’est pas d’augmenter la capacité de production, qui restera stable autour de 300 000 tonnes par an, mais d’augmenter l’efficience du site. "L’intérêt, c’est vraiment d’être flexible et plus compétitif", résume Laurent Gless. Contrairement à l’ancien système, affichant 40 ans d’âge, cette nouvelle unité dispose de deux "trains" de purification indépendants, permettant de s’adapter aux fluctuations du marché ou aux besoins de maintenance sans interrompre la production.
Des colonnes de 60 mètres de haut
Concrètement, l’investissement a permis l’installation de quatre colonnes de distillation impressionnantes, s’élevant à plus de 60 mètres de haut pour 150 tonnes chacune. Leur acheminement depuis le port de Frouard, à côté de Nancy, a marqué les esprits, rappelant l’effervescence du Tour de France lors de leur passage dans les villages mosellans. L’intérêt du public était à la mesure du chantier hors normes mené sur ce site Seveso seuil haut : "Le chantier est passé par des pics à près de 300 personnes mobilisées", souligne Laurent Gless.
Une équipe de 400 salariés
Pas de quoi effrayer cet ingénieur des Mines de Nancy, arrivé à la tête du site mosellan en plein chantier, en janvier 2026. Ancien cadre chez ArcelorMittal et Framatome, Laurent Gless a remplacé Lionel Gernolle, qui rejoint le siège social d’Arkema en tant que directeur industriel régional de la zone EMEA Coating Solutions Downstream.
"Je ne suis pas l’homme clé sur ce chantier, tempère Laurent Gless. J’apporte ma pierre à l’édifice." Le nouveau directeur peut en effet s’appuyer sur une équipe de 400 salariés sur le site de Carling pour mener à bien la mise en service des nouvelles unités de purification d’acide acrylique. "J’ai retrouvé au sein du groupe Arkema des valeurs que j’ai déjà connu précédemment : la simplicité, la proximité", indique le nouveau directeur.
D’ArcelorMittal à Framatome, en passant par Ascométal
Laurent Gless a commencé sa carrière industrielle en 1991 chez ArcelorMittal, où il a occupé pendant plus de vingt ans des fonctions à responsabilités croissantes, principalement sur des sites de Moselle. Il a dirigé successivement les sites ArcelorMittal Bettembourg, au Luxembourg, puis ArcelorMittal Gandrange, en Moselle. En 2015, il a rejoint Ascometal en tant que directeur du site d’Hagondange. Depuis 2020, Laurent Gless occupait des fonctions de direction chez Framatome, en tant que directeur du site du Creusot, spécialisé dans la fabrication de composants critiques pour les centrales nucléaires civiles et de défense, puis directeur du site de Saint-Marcel.
Moins d’énergie, plus de projets
Malgré un agenda chargé, le nouveau directeur a pris le temps d’aller rencontrer ses homologues opérant sur la plateforme chimique de Carling-Saint-Avold, la plateforme Chemesis. "La genèse de cette plateforme, c’est la mutualisation des questions liées à la sécurité", rappelle Laurent Gless. Aujourd’hui, tous les industriels travaillant sur la plateforme Chemesis ont trouvé de multiples synergies industrielles : en plus de la vapeur, de l’électricité, du foncier, des groupes de travail planchent sur les ressources humaines, les prestations de services médicaux ainsi que la gestion de l’environnement. Et du côté d’Arkema, la mise en service des nouvelles installations ouvre la possibilité d’accueillir de nouveaux projets, grâce à l’optimisation de la consommation d’énergie.