La directive européenne Omnibus, adoptée le 16 décembre 2025 par le Parlement européen, a créé la surprise en exemptant 80 % des entreprises de la "Corporate Sustainability Reporting Directive" (CSRD). Les critères d’assujettissement à cette directive européenne sur le reporting extra-financier des entreprises ont été relevés à des niveaux qui excluent, désormais, la quasi-totalité des PME et ETI initialement visées.
Seules les entreprises franchissant le seuil de 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires (ou 25 millions d’euros de bilan) devront publier un rapport de durabilité. Le calendrier suit la même logique d’apaisement avec un report de deux ans pour les entreprises de taille intermédiaire, qui publieront leur premier rapport en 2028 sur l’exercice 2027.
Soulagement pour les directions financières
Au cœur de la réforme, la simplification massive des ESRS (European Sustainability Reporting Standards), ces normes qui définissent le contenu exact du rapport de durabilité. Initialement, le référentiel imposait plus de 1 000 data points.
L’Efrag (European Financial Reporting Advisory Group ou Groupe consultatif européen sur l’information financière), l’organisme technique en charge des normes, a publié en juin 2025 un plan de simplification radical qui propose de diviser par deux le nombre d’indicateurs obligatoires, avec des coupes atteignant 70 % pour certains modules.
Ambition et réalisme
Parallèlement, l’Europe déploie le VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for non-listed SMEs, ou norme volontaire de reporting de durabilité pour les PME non-cotées), un référentiel allégé de 140 indicateurs destiné aux PME non soumises à la CSRD. Publié en 2024, ce standard propose un socle de base pour les microentreprises et un module complet pour les structures plus avancées.
Théoriquement optionnel, le VSME s’impose dans les faits par effet de cascade : les grandes entreprises assujetties à la CSRD doivent reporter sur leur chaîne de valeur, obligeant leurs fournisseurs à documenter leurs pratiques environnementales et sociales. Le VSME standardise ces demandes, évitant la multiplication anarchique de questionnaires propriétaires.
Reste une zone grise : l’auditabilité. Si le standard ne l’impose pas, certains grands donneurs d’ordres peuvent l’exiger contractuellement, transformant une option en quasi-obligation.
Avec ces ajustements, l’Europe tente de concilier ambition climatique et acceptabilité économique : un reporting exhaustif pour les géants et un outil proportionné pour les PME.