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Fabrice Tourres (Medef) : "Au Havre, les entreprises attendent une amélioration de l'offre de transport"
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Fabrice Tourres président du Medef de la région havraise "Au Havre, les entreprises attendent une amélioration de l'offre de transport"

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À quelques semaines des élections municipales, Fabrice Tourres, président du Medef Région havraise, souligne deux enjeux clés pour les candidats : l'adaptation insuffisante des transports en commun aux besoins des salariés, ainsi que le décalage entre les formations plébiscitées par les jeunes et les compétences recherchées par les entreprises locales.

Fabrice Tourres, président du Medef de la région havraise, déplore que les formations choisies par les jeunes de la région du Havre dans l'enseignement supérieur ne correspondent pas aux besoins des entreprises locales. — Photo : Pierre Gobled

Quels sont les enjeux prioritaires pour les chefs d'entreprise membres du Medef dans le cadre des élections municipales au Havre et dans son agglomération ?

L'un des enjeux pour les entreprises, c'est le coût et le financement du transport et, surtout, les services que les entreprises peuvent en attendre. Si le centre-ville du Havre est très bien desservi, nous avons relevé des problèmes de desserte des zones industrielles havraises et d’accès aux entreprises pour les salariés vivant en centre-ville. Ainsi, la coordination des horaires n’est pas adaptée aux horaires d’entrée ou de sortie des usines. Certaines entreprises s’organisent avec leurs propres moyens de transport parce que la ville ne les dessert pas. Or, ce sont les entreprises qui financent principalement ces transports par le versement mobilité et considèrent que leurs salariés ne bénéficient pas toujours de transports optimisés.

En termes de mobilité, comment faire mieux ?

La LNPN (la Ligne Nouvelle Paris-Normandie, un projet de ligne ferroviaire entre Paris et la Normandie, évoqué par les pouvoirs publics depuis plus de 15 ans, NDLR) est toujours une demande forte des chefs d'entreprise, persuadés que le développement de l'Axe Seine ne pourra se faire qu'à la condition de disposer d'une ligne rapide et fiable reliant les grandes métropoles normandes à la capitale, tant du point de vue des passagers que du fret. On a un réel problème d'évacuation des marchandises au Havre. Si on veut que le port se développe, que les entreprises puissent faire circuler leurs marchandises autrement que par camions, il faut absolument trouver une solution pour développer la liaison LNPN entre Paris, Rouen, Le Havre, et même Caen. Le jour où on aura résolu ce problème, l'économie de la vallée de Seine se développera bien plus vite qu'aujourd'hui.

La question de la main-d’œuvre et de la formation est-elle un frein ?
On s’étonne toujours que des entreprises aient du mal à recruter alors que Le Havre connaît un fort taux de chômage. On s’aperçoit que l’on a du mal à remettre des gens au travail. La question est de savoir comment y remédier. Par ailleurs, il existe une inadéquation entre les formations et les attentes des entreprises. Beaucoup d’écoles proposent des formations en fonction des attentes des jeunes et non en fonction des demandes des entreprises. Comment informer les jeunes sur les attentes des entreprises locales pour les former aux métiers de demain ? Les filières de communication, de marketing sont par exemple saturées, très prisées par les jeunes, mais sans débouchés locaux. Au contraire, des formations techniques, comme la logistique, recrutent. Les fédérations (comme l’UIMM) ou des instituts spécifiques mettent en place ces formations, mais pas les filières scolaires. Il y a un meilleur dialogue à instaurer entre les entreprises et les écoles pour réconcilier les jeunes avec l’industrie.

L’attractivité du Havre suffit-elle à attirer les cadres ?

Des grands groupes font venir pendant quelques années des cadres, mais le conjoint ou la conjointe freine, en l’absence de débouchés professionnels. Donc il faut accompagner les conjoints pour les aider à trouver un métier, pas toujours disponible au Havre. Des cadres de haut niveau estiment aussi qu’il n’y a pas d’école pour leurs enfants de niveau international. Hormis l’Institution Saint-Joseph et le lycée François 1er, les 17 autres lycées du Havre sont en zone d’éducation prioritaire. Ne manque-t-il pas une école de niveau international qui convaincrait plus facilement les cadres de s’installer au Havre ?

L’offre de logements de la région havraise vous semble-t-elle adaptée ?

Je suis président du bailleur social Logeo Seine au Havre : on a un problème de disponibilité de logements et de constructibilité de logements sociaux ou pas, notamment pour les salariés : si on veut attirer du monde, il faut pouvoir les loger. Comment accueillir nos salariés ? C’est une question aussi valable pour les employés que pour les cadres.

Et au-delà de disponibilité foncière, est-ce qu’on autorise les extensions des entrepôts logistiques et l’artificialisation des sols ou pas ? C’est encore un véritable enjeu pour attirer les entreprises sur le territoire.

Le Havre # Syndicats patronaux # Collectivités territoriales # Politique économique