Var
"Je veux rendre à la terre ce qu’elle m’a donné"
Interview Var # Agriculture # Investissement

Joël Lauvige PDG du groupe Lauvige "Je veux rendre à la terre ce qu’elle m’a donné"

S'abonner

Dans le Haut-Var, Joël Lauvige, à la tête du groupe Lauvige, spécialiste de l'embouteillage à façon, transforme un domaine de 160 hectares en ferme régénérative mêlant élevage, maraîchage et cultures. Un projet baptisé "Récompense", où il veut inventer l’agriculture de demain et nourrir ses salariés autrement.

Joël Lauvige, président du groupe Lauvige — Photo : Hélène Lascols

Vous avez acquis un terrain de 160 hectares dans le Haut-Var. Quel est votre projet ?

Je veux y créer une ferme régénérative, une ferme permaculturelle, mêlant élevage, maraîchage, vignes et cultures céréalières. J’ai la chance de partir d’une feuille blanche, ce qui facilite les choses. Le terrain sera découpé en bandes perpendiculaires à la pente, pour retenir l’eau et favoriser la biodiversité.

Comme mon usine, Épure, ou mon futur bâtiment logistique, Eurêka, ce projet porte un nom : Récompense.

Pourquoi ce nom ?

Le nom originel du domaine est Repentance et je cherchais une sonorité proche. Pour moi, "récompense" est un mot qui résonne très fortement, dès l’enfance.

Il traduit aussi ma volonté de vouloir "rendre " : rendre à l’agriculture et à la viticulture le privilège qu’elles m’ont donné, car j’ai pu créer de la valeur grâce à elles. Pour elles, je veux contribuer à inventer le modèle économique agricole de demain.

Je veux aussi "rendre" à mes salariés, nourrir ceux qui m’ont nourri. Leur proposer dans un futur restaurant collectif des aliments cultivés sur un sol vivant, des légumes sains et des viandes issues d’élevages respectueux du bien-être animal.

Comment est né "Récompense" ?

Plusieurs mois par an, j’aime laisser mon esprit vagabonder, à travers la marche. Hermann Hesse a écrit : "Certains croient que tenir bon nous rend plus fort, mais parfois le plus dur est de lâcher prise." J’essaie d’atteindre ce lâcher-prise à travers la marche, et c’est ainsi qu’est né ce projet.

Il découle aussi des engagements pris lors de ma participation à la Convention des entreprises pour le climat. J’ai compris qu’il n’était plus possible de reculer : cela a renforcé mes convictions. C’est ainsi que la nature s’exprime quinze minutes par mois au sein de mon comité de direction, qui a par exemple, au nom de la nature, voté la désartificialisation d’une cour d’école ou la plantation d’arbres.

Comment allez-vous mener ce projet ?

Je vais appliquer la méthodologie utilisée pour l’usine Épure, en travaillant avec des agronomes, des hydrologues et des experts de l’agriculture régénérative. À eux de me dire comment travailler les sols pour produire du vin, de la bière, des repas sains ; comment économiser les ressources, notamment l’eau ; comment rendre le travail moins pénible.

Le défi qui me motive, c’est d’améliorer les modèles existants. Tout l’état d’esprit de Récompense est résumé par l’agriculteur Christophe Picquet qui, dans l’émission Silence, ça pousse, a demandé pardon aux jeunes pour l’usage excessif de pesticides, a expliqué son changement de modèle pour réparer 30 années d’agriculture productiviste, a replanté des arbres, qu’il considère comme les rois de son exploitation.

Quel est votre objectif économique ?

Je veux d’abord créer des emplois : autant qu’au sein du groupe Lauvige aujourd’hui, c’est-à-dire 80. Un premier maraîcher a été recruté début 2026 et deux autres rejoindront l’équipe d’ici début 2027.

Pour financer le projet, je cherche à lever des fonds. Les banques restent frileuses, mais je suis convaincu d’y parvenir. Nous devons travailler la terre, planter, créer peut-être une cuisine collective qui alimentera le restaurant d’entreprise de Brignoles, mettre en place une unité d’abattage de proximité, ou encore développer une ferme piscicole (il y a deux étangs sur le domaine, NDLR), à la condition d’éviter tout recours aux antibiotiques.

Je suis prêt à investir. Cela prendra du temps, mais si je dois être le premier à proposer une cuisine collective saine et respectueuse de l’environnement, je le serai.

Var # Agriculture # Investissement # Transition écologique