La clôture de la deuxième Convention des entreprises pour le climat (CEC) Provence Méditerranée s’est tenue dans les Alpes-Maritimes.
Les azuréens de plus en plus présents
Une fois n’est pas coutume, la session s’est déroulée à Sophia Antipolis, dans les locaux de l’Ademe. Cette déclinaison régionale de la CEC nationale étant née dans les Bouches-du-Rhône, les start-up, TPE et autre PME maralpines sont en effet moins nombreuses parmi les participants.
"L’année dernière, il y en avait 4 (Aepsilon, Option Way, Carestia Arcade Beauty, la niçoise Wit, NDLR) cette année il y en a 10, précise Olivier Bret, ancien président de Réseau Entreprendre Côte d’Azur et cofondateur de la CEC Provence Corse Méditerranée. Et en organisant cet événement ici, on a plein d’invités, des dirigeants qui nous rejoindront peut-être."
Tous les profils mélangés
60 entreprises de région Sud ont donc participé à ce second parcours commencé en avril 2024. 120 participants au total issus de l’industrie, de la tech, de l’hôtellerie ou de la santé, du public ou du privé. Du groupe varois Lauvige (embouteillage) au centre commercial marseillais Les Terrasses du port, de Fayat Bâtiment aux niçois Resistex (solutions d’éclairage) ou F-Reg, en passant par les pizzas surgelées La Pizza de Manosque ou l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille avec ses 18 000 salariés. "La maturité du dirigeant n’est absolument pas un critère chez nous, reprend Olivier Bret. Il y a des dirigeants qui arrivent avec un vécu assez engagé et d’autres qui débarquent en n’ayant aucune idée de l’ampleur des enjeux ou de ce qu’ils vont pouvoir faire."
Anticiper les risques
Tous ont le même objectif : repenser leur modèle d’affaires dans le cadre des limites planétaires et accélérer la transition de leur territoire pour in fine, pérenniser leur entreprise.
"Il faut maintenant viser la robustesse, la résilience, pas seulement la performance."
"Nous allons connaître des crises. Il faut maintenant viser la robustesse, la résilience, et pas seulement la performance, explique Olivier Bret. On peut penser, par exemple, à la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement qui vont se tendre. C’est une manière de gérer le risque auquel les entreprises vont être confrontées. Pour certaines, il s’agit de risques d’images, pour d’autres des risques de transition, de business, des risques de solvabilité ou de notation financière. C’est un vrai sujet quand on va chercher des financements aujourd’hui. Pour d’autres encore, le risque est de ne pas pouvoir attirer les talents, ce qui fait très peur aux dirigeants. Il faut donc anticiper, et le faire collectivement. On voit alors que la magie opère."
Cap sur 2030
Sur ces 60 entreprises, 56 ont déjà rédigé leur feuille de route avec un objectif à 2030. Jean Hénin est le PDG de Pellenc ST (CA : 80 M€) dans le Vaucluse, fabricant d’équipements de tri et de services connectés destinés au tri des déchets et à l’industrie du recyclage. "Le recyclage ne suffit pas, explique-t-il après ces dix mois de parcours. Trier les matériaux, les réduire, les rendre recyclables, c’est ce que nous nous engageons à faire dès aujourd’hui, moi le premier. Aller beaucoup plus loin, avoir une vision beaucoup plus large, beaucoup plus impactante, avec l’économie de la fonctionnalité, diminuer la matière via l’écodesign… c’est un grand bouleversement, une nouvelle aventure qui commence."
Clémentine Alzial est la directrice générale du torréfacteur azuréen Malongo, engagé depuis trente ans dans le commerce équitable, et qui repart mener un "nouveau combat" : "En 2030, Malongo repense l’ensemble de sa chaîne de valeurs en intégrant la recherche d’impacts positifs à chaque étape, avec une torréfaction au plus près du consommateur. Notre business model en 2030 inclut aussi la vente de services, la formation, la location… et la réparation bien sûr."
"C’est un gros chantier, on ne sait pas si on va y arriver mais on y va."
"Aujourd’hui, on ne sait pas comment on va faire mais on se lance ", explique quant à lui, Stéphane Mota, à la tête de l’entreprise éponyme basée à Aubagne, spécialiste du refroidissement de moteurs et transmissions marins. "On va mettre en place une industrie plus ouverte qui va se concentrer sur la création de richesses humaines, qui produit sans détruire, zéro déchet, zéro rejet, et qui s’occupe du cycle de vie de ses produits. C’est un gros chantier, on ne sait pas si on va y arriver mais on y va."
"Nous ne sommes pas dans la décroissance mais dans la création de valeur économique sans détruire la valeur écologique."
Pas d’injonction, c’est aussi l’esprit de la CEC. "Il n’y a pas urgence à agir, assure même Olivier Bret. Il y a urgence à agir globalement, mais il ne faut pas agir dans l’urgence. Transformer l’économie dans son ensemble c’est assez grand, complexe et ça va prendre du temps. Des entreprises vont passer sur l’économie de la fonctionnalité et donc agir sur la durabilité des produits. Elles ne vont pas pouvoir se transformer seule mais avec la chaîne de valeurs, avec fournisseurs et clients. L’enjeu n’est pas de se dire du jour au lendemain "il faut que je me saborde", surtout pas ! Mais se mettre en route, c’est important. Cela représente aussi des opportunités de business, nous ne sommes pas dans la décroissance mais dans la création de valeur économique sans détruire la valeur écologique."
À ce jour, 143 entreprises en région Sud, représentant plus de 165 000 collaborateurs, ont suivi ce parcours et se sont mises en route sur ces nouveaux chemins. La CEC proposera un prochain parcours en 2026, sur les océans.