Depuis quelques semaines, les engins de chantier s’affairent au sein de la zone Nicopolis de Brignoles, dans le Var. Après avoir bâti ce qu’il présentait comme "l’usine d’embouteillage du troisième millénaire", baptisée Épure, Joël Lauvige, le patron du groupe éponyme, inaugure un nouveau chapitre industriel avec le projet Eurêka. Il s’agit pour le dirigeant d’apporter une réponse concrète à un besoin devenu pressant : celui d’espaces logistiques adaptés à l’évolution de son activité. Car, si certaines branches du groupe souffrent du contexte actuel dans le monde du vin, une autre tire son épingle du jeu.
Portée par la SAS L3ET, sa filiale transport et logistique a régulièrement affiché une croissance à deux chiffres. Cette dynamique permet de rééquilibrer l’ensemble et de convaincre l’entrepreneur que son groupe a encore de l’avenir dans le monde du vin.
Épure et Eurêka au service d’un modèle durable
Prévu pour être achevé en 2026 et opérationnel début 2027, le projet Eurêka, un bâtiment sur pilotis, implanté sur un terrain de 5 600 m², a été pensé selon la même méthodologie qu’Épure, l’usine inaugurée en juillet 2022 et devenue depuis un marqueur de la vision industrielle de Lauvige. À l’époque, Joël Lauvige avait mûri le projet pendant six ans, entouré d’architectes, de bureaux d’études mais aussi de psychologues pour rester fidèle à ses convictions, au modèle d’entreprise efficiente qu’il s’emploie à construire depuis plus de 25 ans. "Un modèle durable qui préserve les ressources, un modèle responsable qui engage l’entreprise dans la durée, un modèle qui est enfin redevable, qui paie une partie de notre dette à la société française", résumait alors le chef d’entreprise.
À l’époque d’ailleurs, il avait souligné qu’il n’inaugurait non pas une usine, mais une méthode de travail. Une méthode de travail qui consiste à "magnifier toutes les parties prenantes de la chaîne de valeur, des salariés aux fournisseurs en passant par les clients", et ainsi "capter l’intérêt de tous". Il avait consenti d’investir 21,3 millions d’euros, quand il aurait pu se contenter d’en investir quelques milliers pour améliorer son ancien site de production.
Une enveloppe de 6 millions d’euros
L’investissement est moindre pour le futur site logistique — 6 millions d’euros — mais la philosophie est la même, avec des exigences encore renforcées en matière d’architecture industrielle. Pour optimiser le foncier, il a choisi un bâtiment sur pilotis, libérant ainsi des places de parking aux personnels et visiteurs. "Il s’agit d’une prouesse puisque le bâti doit pouvoir supporter 6 tonnes au mètre carré, souligne le dirigeant. Nous pourrons stocker 3 000 palettes et disposerons de trois quais." Ce bâtiment disposera de trois plateaux de 250 m² chacun. Le troisième abritera une salle de restauration, une cuisine et une terrasse pour le personnel, le second, un plateau intermédiaire, sera réservé à la location tandis que le rez-de-chaussée sera dédié à l’entreposage.
La toiture sera équipée de panneaux solaires supplémentaires, prolongeant l’effort d’autoconsommation déjà engagé sur Épure. "Aujourd’hui, grâce à nos toitures et ombrières photovoltaïques, nous produisons 2 000 MW par an, alors que nous en consommons 1 500 MW", souligne le chef d’entreprise. De quoi renforcer un modèle de production qui associe systématiquement montée en puissance industrielle et réduction de l’empreinte écologique.
Construire dans la durée malgré la crise du vin
Cet investissement s’inscrit dans un temps long, celui de l’industrie, alors même que le contexte demeure fragile. Seul liquide embouteillé actuellement par le groupe, le vin traverse une période marquée par un recul de la consommation. Le groupe Lauvige, qui compte 75 salariés, a réalisé 23 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, contre 26 millions un an plus tôt.
"En Provence, notre terrain de jeu, nous avons connu 20 très belles années, rappelle le dirigeant. Nous avons toujours connu la croissance, ce qui nous a permis de grandir, de créer des emplois, de nous doter d’un outil industriel avant-gardiste. Aujourd’hui, la donne a changé." Mais au fil des mois, le groupe récupère certains clients qui avaient choisi d’internaliser leur embouteillage. Une tendance qui redonne du souffle à Épure. "Nous pensons atteindre l’équilibre en 2026 et espérons concrétiser de beaux projets", ajoute Joël Lauvige.
Malgré la conjoncture, le dirigeant reste attentif aux évolutions du secteur. Depuis plus d’un an, le groupe est ainsi partenaire de la start-up grassoise Mycophyto, qui développe des solutions biologiques pour les sols afin de réduire les apports d’eau et d’engrais chimiques. "Pour nous, c’est un partenariat de conviction, même si nos clients souffrent aujourd’hui et ne sont donc pas tous prêts", reconnaît-il.
Une veille sur les tendances du marché
Actuellement, le groupe occupe une position de leader en Provence, en assurant essentiellement la mise en bouteille à façon de vins dits "tranquilles", à savoir des vins sans bulles, ou désalcoolisés. Si la demande pour ces vins qui sortent de l’ordinaire n’est pas encore suffisante pour justifier des investissements, Joël Lauvige se dit à l’écoute, tout comme il l’est pour ce qui s’inscrit dans "le sens de l’histoire" : le retour de la consigne, pour laquelle "le modèle économique n’existe pas encore."