Pour Antoine Forcinal, le directeur général de La Française de l’Énergie (FDE), c’est un "tournant", non seulement pour l’énergéticien mosellan basé à Pontpierre, mais "aussi pour l’ensemble du secteur de l’hydrogène naturel". La PME (CA : 30,4 M€) vient de dévoiler les résultats tirés de son puits d’exploration PTH-2 : les données recueillies confirment de manière définitive que le bassin lorrain abrite un gigantesque réservoir d’hydrogène naturel.
Jusqu’à 49,6 % d’hydrogène mesuré à plus d 2 400 mètres de profondeur
Ce forage, qui s’inscrit dans le cadre du programme de recherche Regalor II, soutenu par la région Grand Est et l’Union Européenne via le Fonds de Transition juste, a atteint une profondeur record de 3 655 mètres. Il s’agit du puits le plus profond au monde dédié à la recherche d’hydrogène blanc. Les analyses des échantillons de gaz dissous, prélevés au-delà de 2 000 mètres, confirment une hypothèse majeure : la concentration d’hydrogène augmente de façon spectaculaire avec la profondeur.
Alors que les premières mesures historiques à Folschviller affichaient près de 20 % d’hydrogène à 1 200 mètres, les relevés de FDE sur le puits PTH-2 démontrent des taux qui atteignent 36,1 % d’hydrogène à 2 242 mètres de profondeur et jusqu’à 49,6 % d’hydrogène mesuré à 2 426 mètres de profondeur.
Ces proportions figurent parmi les plus importantes jamais enregistrées sur la planète, renforçant considérablement le potentiel de rentabilité économique du gisement lorrain.
Des outils développés par Solexperts
Pour obtenir ces résultats, l’énergéticien mosellan a dû déployer tout son savoir-faire et celui de ses partenaires, notamment la sonde de séparation membranaire Sysmog, conçue en partenariat avec Solexperts. Testée jusqu’à 3 000 mètres de profondeur, cette innovation technologique offre désormais au secteur de l’hydrogène naturel un outil robuste pour détecter, quantifier et échantillonner la ressource en milieu géologique profond.
Mesures de débits et étude de faisabilité
Maintenant, les équipes de La Française de l’Énergie ne comptent pas s’arrêter là et anticipent l’exécution d’une feuille de route industrielle pour transformer cette découverte en un projet énergétique concret. Au second semestre 2026, est programmé le déploiement de la technologie brevetée Sysprog, en partenariat avec Solexperts, à plus de 3 000 mètres de profondeur, afin de mesurer les flux et débits et d’évaluer les futures capacités de production.
"Il ne s’agit plus d’une hypothèse scientifique. Nous réduisons progressivement les risques liés à ce qui pourrait devenir l’un des premiers projets européens d’hydrogène naturel à l’échelle industrielle"
Courant 2027, la PME mosellane prévoir la mise en place d’un premier processus indépendant de certification des ressources du sous-sol mosellan. Pour anticiper l’intégration de cette ressource dans le tissu économique, La Française de l’Énergie s’est déjà associée à Terega Solutions. Une étude de faisabilité conjointe a été lancée pour concevoir les futures infrastructures de production industrielle et planifier leur raccordement aux réseaux énergétiques locaux et régionaux.
Vers une production d’hydrogène blanc fin 2028 début 2029 ?
L’objectif est désormais clair : amorcer la production commerciale d’hydrogène naturel en Lorraine d’ici la fin de l’année 2028 ou le début de l’année 2029. "Il ne s’agit plus d’une hypothèse scientifique. Nous réduisons progressivement les risques liés à ce qui pourrait devenir l’un des premiers projets européens d’hydrogène naturel à l’échelle industrielle", détaille dans un communiqué Antoine Forcinal.
Avant d’ajouter : "Chaque étape franchie nous rapproche de la production commerciale et renforce notre conviction que l’Est de la France pourrait devenir un pôle stratégique pour cette nouvelle source d’énergie à faible empreinte carbone".