Le tapis d'entrée est un produit discret, mais sa fabrication dit beaucoup des tensions qui traversent aujourd'hui l'industrie. Chez Geggus France (cinq salariés), implanté à Strasbourg depuis trente ans, l'équation est simple : raccourcir la chaîne pour garder la main.
La filiale française du groupe familial allemand, basé à Weingarten, pèse près de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires. Sa maison mère en génère 10 millions. Sa particularité tient à son approvisionnement : 95 % des matériaux sont sourcés en Europe, dont 80 % en Allemagne. Aluminium, caoutchouc, textiles techniques, l'essentiel des composants reste dans un périmètre industriel resserré.
La proximité industrielle comme amortisseur logistique
"Nous avons la chance de ne pas dépendre des chaînes asiatiques. Quand il y a des tensions sur le transport maritime ou sur certaines routes commerciales, notre activité reste beaucoup moins exposée", explique Francis Haby, directeur général de Geggus France.
Le sujet n'est pas anodin. Dans le bâtiment, les délais se tendent et les arbitrages de sourcing deviennent plus sensibles. Pour Geggus, cette proximité industrielle permet de préserver la continuité de production sur un marché du sur-mesure. Car ici, rien n'est standardisé. Chaque tapis est fabriqué à la commande, selon les dimensions exactes des fosses d'entrée des immeubles, centres commerciaux ou établissements recevant du public. En France, l'entreprise commercialise plus de 5 000 tapis par an, pour un panier moyen compris entre 800 et 1 000 euros.
Du sur-mesure pour gagner en agilité
Cette logique de proximité alimente aussi une évolution produit. Le fabricant pousse depuis fin 2025 sa nouvelle gamme Powerclean, conçue sans PVC ni plastifiants, avec des inserts renforçant à la fois l'absorption et le pouvoir de grattage. Une montée en gamme qui accompagne une demande croissante pour des équipements plus durables et plus faciles à entretenir.
Derrière un marché de niche, Geggus joue ainsi une partition devenue familière dans l'industrie européenne : moins de dépendance lointaine, plus de maîtrise, et une capacité à absorber plus vite les secousses d'un commerce mondial devenu imprévisible.