Articuler qualité artisanale et process industriels, c’est le défi que se lance la Brasserie du Pays Flamand (47 salariés, 15 M€ de CA 2025). Fondée en 2006 par Olivier Duthoit et Mathieu Lesenne, la brasserie est montée en volume au fil du succès rencontré par ses différentes gammes, la fameuse Anosteké en tête. La capacité de sa brasserie de Merville va quadrupler d’ici 2027, pour atteindre 200 000 à 250 000 hl. De quoi alimenter les nouveaux canaux de distribution que la brasserie travaille à s’ouvrir, avec le soutien du groupe Kronenbourg, entré de façon minoritaire à son capital en 2024.
"Aujourd’hui, 90 % de nos ventes sont réalisées dans les Hauts-de-France, où nous sommes encore en forte croissance. Le plan, c’est de prendre des parts de marché hors de la région, beaucoup auprès des cafés hôtels-restaurants, mais aussi en grande distribution. On peut s’appuyer sur la force de frappe de Kronenbourg en la matière", se félicite Mathieu Lesenne.
25 millions investis
25 millions d’euros vont donc être investis pour ajouter 6 000 m² au site de Merville, et permettre ainsi à la brasserie de continuer sur sa lancée de forte croissance, à rebours de son marché. Après des années de très forte activité, entre 2018 et 2022, le marché de la bière tend en effet à se contracter : les prix augmentent, la demande s’ajuste, et beaucoup de micro-brasseries ferment. La Brasserie du Pays Flamand, en revanche, revendique une hausse de 25 % de ses volumes en 2025, et devrait approcher les 70 000 hectolitres en 2026. La brasserie, qui emploie 47 salariés, a réalisé 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Elle vise les 18 millions d’euros en 2026.
Faisant désormais figure de gros acteur parmi les petits, la PME se revendique toujours de la culture artisanale qui a fait son succès. "Nous sommes la plus grosse brasserie de France à continuer à produire des bières non filtrées, et non pasteurisées. C’est un défi industriel que d’assurer une qualité constante sur ce type de produits, à ces volumes", pose Mathieu Lesenne.
Et pour y parvenir, la brasserie n’a jamais lésiné sur les moyens. Elle s’est très tôt dotée d’outils et de process industriels de pointe ; outre un laboratoire qualité en interne, l’un des derniers investissements en date concerne l’implantation d’un système de nettoyage "CIP" (pour clean-in-place). "C’est un lave-vaisselle géant, qui permet le nettoyage en ligne des cuves. L’eau de lavage circule automatiquement de cuve en cuve. Des capteurs vérifient sa température, les niveaux de détergents et de résidus. Ça permet d’économiser de l’eau, de l’énergie, et des détergents. Et ça évite aux équipes de manipuler des produits dangereux," décrit Mathieu Lesenne.
Diversification en cours
En parallèle, les fondateurs continuent de diversifier leurs activités. En 2025, ils ont lancé la Spontanerie, une microbrasserie installée sur le site historique de Blaringhem et dédiée aux bières à fermentation spontanée. Le projet, soutenu par un investissement de 500 000 euros, vise une production de 1 600 hectolitres en 2026, contre 1 000 hectolitres l’an dernier. L’installation d’un "coolship", cuve ouverte permettant une fermentation naturelle, est prévue cette année.
La PME se positionne également sur le segment des boissons sans alcool avec Noko, un kombucha biologique lancé en 2023, dont les ventes ont doublé en 2025. Un nouveau site de 2 000 m², dédié à cette gamme, va être inauguré à Merville. L’objectif est d’atteindre 5 000 hl dès 2026, répartis entre la marque Noko et une activité de sous-traitance pour d’autres boissons sans alcool.