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Lesaffre, du Nord au monde, l'ascension d'un géant de la levure
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Lesaffre, du Nord au monde, l'ascension d'un géant de la levure

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De la fabrication d'alcool de grains dans le Nord en 1863 à un leader mondial de la fermentation présent dans plus de 50 pays, Lesaffre a traversé les époques sans jamais perdre son ancrage familial. Le groupe nordiste a su se réinventer au fil des crises, des innovations et des conquêtes internationales. Une trajectoire singulière où s'entrelacent héritage industriel et ambitions globales.

Basé à Marcq-en-Barœul (Nord), le groupe agroalimentaire Lesaffre est né il y a 173 ans — Photo : charles mangin

Sans le savoir, avec nos tartines du petit-déjeuner, nous consommons sans doute les levures produites par Lesaffre. Le groupe aux 3,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, réalisé à 70 % grâce à son activité de panification, est né dans le Nord. Plus de 170 ans après sa création, cet expert de la fermentation a réussi le tour de force de rester un groupe au capital 100 % familial, pour lequel internationalisation rime avec proximité.

"Nous sommes très internationaux, donc très proches de nos clients. Mais avec la volonté de laisser le pouvoir décisionnel dans nos filiales", explique Corinne Wallaert-Lesaffre, directrice de la communication et membre de la sixième génération. Elle est la nièce de Maurice Lesaffre, ex-président du directoire et arrière petit-fils d'un des fondateurs. Les 11 700 collaborateurs et 800 actionnaires familiaux, dont elle fait partie, portent une mission : "Entreprendre ensemble pour mieux nourrir et protéger la planète", au travers de quatre activités : panification, nutrition, santé & bien-être et biotechnologies industrielles.

De l’alcool à la levure

Tout est né en 1853, lorsque deux amis et fils d’agriculteurs, Louis Bonduelle et Louis Lesaffre, se lancent à Marquette-lez-Lille (Nord) dans la création d’une fabrique d’alcool de grains et de genièvre. Dix ans plus tard, ils transforment un moulin à farine en distillerie. C’est sur ce site, basé à Marcq-en-Barœul, que naîtra la Société Industrielle Lesaffre (SIL), première levurerie du groupe et au monde. Inspirés par les travaux de Louis Pasteur, les deux associés ont eu l’idée de commercialiser la levure, alors coproduit de la fabrication d’alcool. La marque de levure fraîche Hirondelle naît en 1895.

Le grand partage des usines

Un premier tournant dans la constitution du groupe intervient en 1901, date dite du "grand partage". Celui des sept usines du groupe, entre trois branches : celles des fondateurs Louis Bonduelle et Louis Lesaffre, et celle d’Émile Lesaffre, membre de la deuxième génération de dirigeants. Ce partage constitue d’ailleurs le point de départ d’une autre saga familiale d’envergure, celle du groupe agroalimentaire Bonduelle, à Renescure (Nord).

Nouveaux métiers et innovations

Au début du XXe siècle, le prix de l’alcool s’effondre, les usines de Marquette et de Marcq se recentrent alors sur la production de malt et de levure à base de mélasse de betteraves. Puis, lors de la Seconde Guerre mondiale, l’usine de Marcq réalise les premières productions de levure sèche active.

1963 signe la première prise de participation de Lesaffre hors de France, avec la STL en Italie, suivie en 1972 par l’acquisition de Fould-Springer, qui apporte un quatrième métier au groupe. Les extraits de levure, destinés à rehausser le goût des plats, s’ajoutent à la production de levure, de malt et d’alcool. Léon Lesaffre, membre de la quatrième génération de dirigeants, impulse ainsi l’axe nutrition. Un brevet déposé en 1973 scelle d’ailleurs une innovation majeure. "En créant la première levure sèche instantanée, Saf Instant, et en la conditionnant en paquet de 500 grammes, Lesaffre initie un standard", décrypte Corinne Wallaert-Lesaffre.

Les débuts de l’internationalisation

Le produit, qui se conserve facilement, ouvre l’expansion à l’international. Pour expliquer son utilisation — chaque pays ayant sa propre recette de pain — Alain Laloum, directeur commercial dans les années 70, embarque dans ses bagages un boulanger. "Ce service d’accompagnement technique des clients s’est révélé un coup de génie". Il donne naissance au Baking Center de Marcq-en-Barœul, le premier d’une longue série, car le groupe en compte aujourd’hui 52 dans le monde. "Nous essayons désormais de décliner ces centres applicatifs pour l’ensemble de nos activités", dévoile Corinne Wallaert-Lesaffre.

Forte de son savoir-faire, Lesaffre lance en 1981 la construction de sa première levurerie outre-Atlantique, à Toluca au Mexique. Avec 9 usines sur 3 continents, le groupe se hisse alors au 2e rang mondial.

Multiplication des acquisitions

S’ensuit une vaste période de croissances externes. À la faveur de la chute du mur de Berlin et sous l’impulsion de Lucien Lesaffre (5e génération), le groupe s’étend dans les pays de l’Est, puis pose ses jalons au Brésil et à Hong Kong. En 2001, il rachète l’usine américaine Red Star Yeast. Lesaffre construira par la suite une seconde entité dans l’Iowa, désormais la deuxième plus importante du groupe, qui repose sur une petite révolution : la levure y est produite à partir de sirop de glucose et non plus à base de mélasse. Suivra celle de Ming Guang en Chine, et des participations majoritaires au Vietnam et au Brésil, tout en consolidant l’activité malt avec la construction d’une malterie aux États-Unis.

Recentrage stratégique

Les années 2000 marquent un recentrage sur les micro-organismes et la revente des activités d’alcool et de malterie. De cinq usines en 1965, Lesaffre en compte 37 en 2009, puis près de 80 en 2025 dans plus de 55 pays. "Lors de croissances externes, nous nous inscrivons dans le temps long, en nous installant dans la continuité de l’équipe dirigeante qui reste en place", souligne Corinne Wallaert-Lesaffre. Une constance rare pour un groupe devenu mondial sans jamais cesser d’être familial.

Alors que de nouvelles usines doivent voir le jour en Égypte et à Denain, près de Valenciennes (Nord), Lesaffre ouvre encore un nouveau chapitre en s’attaquant au marché de la cosmétique, avec des ingrédients issus de la fermentation, présentés comme une alternative aux composants pétrochimiques ou végétaux. Plus d’un siècle et demi après ses débuts dans l’alcool de grains, l’entreprise nordiste continue ainsi de se transformer, sans se renier.

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