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La PME verrière Miroiteries Dubrulle fait entrer l’artisanat dans l’ère de l’IA
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La PME verrière Miroiteries Dubrulle fait entrer l’artisanat dans l’ère de l’IA

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Fleuron nordiste de la transformation du verre plat, et désormais entreprise centenaire, Miroiteries Dubrulle commence à intégrer l’intelligence artificielle dans ses processus. Un chantier que la société inscrit dans la continuité des transformations traversées par l’entreprise au fil des décennies.

Thierry Gautier, repreneur de Miroiteries Dubrulle (au premier plan) et Tony Perpetua, directeur général — Photo : Jonathan Blanchet

À Villeneuve-d’Ascq, près de Lille, Miroiteries Dubrulle (80 salariés, 11 M€ de CA) vient de rejoindre les rangs des entreprises centenaires et profite de cet anniversaire pour accélérer sa transformation numérique. La PME, qui fabrique des produits verriers sur-mesure, veut intégrer l’intelligence artificielle à son système de production, en s’appuyant sur un outil développé par son équipe informatique.

Le siège emblématique de Miroiteries Dubrulle à Villeneuve-d’Ascq — Photo : Miroiteries Dubrulle

Le niveau d’investissement n’est pas dévoilé, mais le chantier porterait déjà ses fruits. "Sur certains sujets, l’IA a déjà permis de réduire les délais de développement de 70 %", indique Thierry Gautier, président de Cevino Glass, groupe verrier qu’il a constitué à partir du rachat de Dubrulle en 2012. Une technologie que la direction entend aussi faire rentrer dans la conception du produit. Pas de calendrier précis, mais des priorités : les applicatifs dans l’administratif et le commerce font partie des premiers concernés. "Nous devons continuer à être à la pointe de la technologie pour accompagner nos clients dans leurs propres développements" résume le patron du groupe qui défend "une vraie continuité entre hier et aujourd’hui".

Un siècle d’innovations

L’alliance de la modernité et du geste traditionnel porte l’entreprise depuis 1926. En cent ans, Dubrulle a épousé l’évolution des techniques et des métiers, travaillant successivement avec des menuisiers, des PVCistes, des spécialistes de l’aluminium, des agenceurs ou décorateurs d’intérieur. Tout a commencé lorsque, sans doute portés par la mouvance Art déco des années 20, les frères Dubrulle lancent leur miroiterie à Tourcoing (Nord), Dubrulle frères.

Le binôme veut notamment faire la différence dans le transport des produits, inventant un système de chevalet embarqué dans leur camionnette pour garantir le minimum de casse. En 1957, l’affaire est reprise par la famille Duvilliers-Motte, qui rebaptise la société du nom que l’on connaît aujourd’hui et change de lieu pour agrandir l’atelier, toujours installé à Tourcoing, et moderniser le procédé de découpe.

Un flyer de la société Dubrulle Frères datant de 1926 — Photo : Miroiteries Dubrulle

Les Miroiteries Dubrulle sont ensuite rachetées en 1989 par Maria et Hugues Thiriez, à la faveur d’un autre départ en retraite. En sus, la société "n’affichait plus de rentabilité" souligne un article des Échos de l’époque. Selon le quotidien économique, le couple va investir 9,5 millions de francs (1,45 million d’euros, hors inflation) entre 1990 et 1994 pour moderniser l’entreprise qui commence à s’industrialiser et mise notamment sur le vitrage isolant.

En 1995, Dubrulle déménage à Villeneuve-d’Ascq. "Le site de Tourcoing était bas de plafond et gênait énormément le flux de production", se souvient Tony Perpetua, dirigeant actuel de l’entreprise, qu’il a intégrée en 1993 en tant qu’opérateur.

Le couple Thiriez, qui a investi dans le siège actuel de Miroiteries Dubrulle — Photo : Miroiteries Dubrulle

Ainsi naît un tout nouveau siège, ouvert sur l’extérieur, on ne peut plus représentatif de l’activité de l’entreprise. "Quand ils sont arrivés ici, ils ont développé un atelier de façonnage avec du verre trempé, mis l’accent sur le vitrage isolant… les activités se sont multipliées", résume le directeur général. Sous l’impulsion d’Hugues Thiriez, ingénieur informatique de profession, l’entreprise commence à développer ses outils en interne. Le principe est resté.

La naissance d’un groupe verrier

Lorsque Thierry Gautier, ancien de Saint-Gobain Glass, rachète l’entreprise en 2012, il pose les bases d’un nouveau groupe verrier dans le Nord de la France : Cevino Glass, avec l’appui d’associés financiers. "À l’époque, le marché était atomisé. Je voulais, modestement, participer à la concentration de celui-ci", précise ce dernier. Quasi concomitamment, il rachetait la miroiterie Le Kap Verre, basée dans le Pas-de-Calais, dont il a ensuite étoffé le réseau. Aujourd’hui, le groupe s’appuie sur 24 sites implantés le long d’un axe Dunkerque-Lyon bâti progressivement selon une stratégie de "saut de puce". "Actuellement, l’heure est à la consolidation", assure Thierry Gautier, qui s’est appuyé sur Miroiteries Dubrulle pour fortifier le groupe.

En 1957, l’ancien siège de Dubrulle, rue Soufflot à Tourcoing (coupure de presse) — Photo : Miroiteries Dubrulle

À l’époque de la reprise, la société réalisait 4,5 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 43 salariés. En 2022, le repreneur sépare l’activité production et installation, qui s’installe sur un deuxième site à Hallennes-lez-Haubourdin et le siège villeneuvois gagne 900 m² pour développer le travail du verre. En 2025, les deux sociétés ont réalisé conjointement 11 millions d’euros de chiffre d’affaires autour de 80 collaborateurs. En phase de croissance, la société vise la barre des 12,5 millions d’euros en 2026 (dont 9 millions sur la seule production), au cœur d’un groupe qui représentera 80 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année, avec 460 collaborateurs. Groupe qui se verrait bien atteindre les 100 millions d’euros à horizon cinq ans, par sa seule croissance organique.

Préserver le geste artisanal

Malgré son poids relatif dans le chiffre d’affaires global, Miroiteries Dubrulle y tient toujours une place à part. Thierry Gautier en a assuré la direction pendant dix ans. Il a encore accentué la luminosité du siège, y a installé les bureaux de Cevino Glass et injecté des capitaux dans l’appareil de production.

Son investissement le plus significatif ? 3 millions d’euros dans une ligne inaugurée en 2023 pour s’attaquer à des verres isolants aux dimensions plus importantes (3 300 mm contre 2 700 mm de hauteur précédemment) et suivre les tendances du marché.

Four de trempe installé au sein des Miroiteries Dubrulle — Photo : Miroiteries Dubrulle

Si la production s’est de plus en plus automatisée au fil des années, la société continue de former ses salariés à la découpe manuelle. Une nécessité quand le sur-mesure est le premier argument de vente, et un défi, puisque "aucune école ne forme à notre métier", renseigne Tony Perpetua.

Une offre de formation qualifiante, propre au groupe, est en réflexion. "L’innovation, c’est aussi garder nos savoir-faire. Les filets de Versailles, le biseau sur le verre, la gravure… Nous ne sommes plus très nombreux à les faire, souligne le dirigeant. Les machines ne remplacent pas la main de l’homme".

Nord # Industrie # Bâtiment # Intelligence artificielle # ETI # Innovation # Transition numérique