À l’étroit dans ses locaux historiques d’Oye-Plage (Pas-de-Calais), Chicorée du Nord s’apprête à franchir un cap décisif. La PME familiale, fondée en 1934, investira courant 2027 la zone d’activités de la Turquerie, à Calais. Elle y a acquis un terrain de près de 13 000 m², sur lequel elle fait construire une nouvelle unité de production de 3 200 m². Un projet "à plusieurs millions d’euros", concède Stéphane Catrice, un dirigeant très discret sur ses chiffres. Financé par emprunt sur quinze ans, ce projet accompagne la montée en puissance de l’entreprise.
Une capacité de production doublée
Reprise en 2020 par Agnès Lutun, arrière-petite-fille du fondateur, et son mari Stéphane Catrice, la société employait alors huit salariés. Elle en compte désormais quatorze et a doublé son chiffre d’affaires, tenu confidentiel. "Nous avons été qualifiés de fous au moment de la reprise", sourit le codirigeant. L’entreprise, passée par deux procédures collectives dans son histoire, affiche désormais une croissance rentable.
Portée par un regain d’intérêt pour la chicorée, la PME transforme 1 500 tonnes de cossettes (des racines de chicorée coupées en lamelles) par an. Le futur site affichera une capacité de 3 000 tonnes annuelles. "Notre problème n’est pas de vendre, mais de produire", résume Stéphane Catrice. C’est ce qui a motivé ce premier déménagement après 92 ans d’existence, le site historique étant vieillissant et arrivé à saturation. Les machines de conditionnement actuelles seront transférées, tandis que de nouveaux équipements de concassage et de broyage seront acquis.
Un marché de niche en croissance
Dans un marché français de la chicorée estimé à 35 millions d’euros – face aux 35 milliards du café – la PME entend prendre des parts supplémentaires. "Dix-huit pour cent des Français consomment de la chicorée. Il y a un potentiel important, notamment auprès des moins de 35 ans, qui n’ont pas d’a priori sur cette boisson", observe le dirigeant.
Moins chère que le café (3,50 € le kilo contre 20 €), cultivée en assolement et peu gourmande en eau, la racine bénéficie aussi d’une image responsable. Chicorée du Nord réalise 30 % de son chiffre d’affaires en France, sous la marque Chicorée Lutun, le reste partant à l’export, dans une vingtaine de pays, principalement en vrac pour des assemblages mêlant par exemple café et chicorée.
Labellisée PME +, l’entreprise mise sur son agilité et son engagement pour faire face aux grands producteurs mondiaux, notamment indiens. "Notre taille nous permet d’être réactifs et nous sommes transparents sur nos approvisionnements"
Structurer la croissance
Sept recrutements sont prévus d’ici 2030, en production mais aussi sur les fonctions supports et la qualité. À horizon 2034, les dirigeants visent 25 salariés et une multiplication du chiffre d’affaires par deux et demi. "Nous devons désormais structurer l’entreprise comme une véritable PME", affirme le dirigeant.
En parallèle, Chicorée du Nord étoffe ses gammes sous la marque Chicorée Lutun : infusion de chicorée bio, capsules compostables compatibles avec les machines à café, commercialisées aussi à l’export sous la marque Noffee. La société décline aussi des infusions alternatives, comme le pissenlit, ou une infusion de noyaux de dattes réalisée pour un client dans le domaine du recyclage. Autant d’innovations destinées à séduire de nouveaux consommateurs.