Mis en service en septembre 2023 et exploité par le groupe Suez (40 000 salariés, CA : 9,2 Md€), le centre de surtri d’Épinal, dans les Vosges, rassemble les plastiques que les centres de tri traditionnels ne sont pas en mesure de séparer. Collectées dans un grand quart Nord Est de la France, 36 000 tonnes de plastiques ont été triées finement en 2025, pour les séparer en sept catégories différentes. "Jusqu’ici, notre taux de refus tournait autour de 20 à 22 %", décrit Stéphane Bertrand, le directeur du centre de surtri d’Épinal. Concrètement, une bonne partie de la matière collectée ne pouvait donc pas être remise sur le marché pour lui donner une seconde vie. Mais depuis le 1er février 2025, le taux de refus du site est tombé à 14 % : "Les séparateurs optiques de nos machines de tri ont été améliorés grâce à l’intelligence artificielle", se félicite Stéphane Bertrand.
Les machines ont appris à mieux trier
Pour environ 15 000 euros par machine, les dix séparateurs optiques du centre de surtri d’Épinal ont été mis à jour par le fabricant, la société Pellcent, installée à Pertuis dans le Vaucluse. "Nous avons bénéficié de conditions tarifaires avantageuses, car nous avons accepté d’être un site pilote", précise le directeur du site. Grâce à des captures d’images réalisées sur les machines, les équipes de Suez ont pu mettre à jour les consignes des machines. "En indiquant : tel emballage doit être dirigé vers tel flux", illustre Stéphane Bertrand.
Des conditions de travail améliorées
Un apprentissage qui a aussi permis d’améliorer les conditions de travail des employés de Suez. Car derrière le tri automatique réalisé par les machines, sept agents sont attachés à un tri manuel, réalisé sur des tapis roulant. "Dans un centre de tri classique, le débit des déchets est assez important, le mélange est encore assez fort, décrit Stéphane Bertrand. Depuis l’installation de l’intelligence artificielle, les trieurs réalisent un contrôle qualité, en enlevant de temps en temps des déchets mal orientés."
Le directeur du site Suez est particulièrement satisfait d’une réussite : l’intelligence artificielle a réussi à repérer les bouteilles en PET "sleevées", comprendre des bouteilles en plastique habillés d’un manchon illustré par des décorations. "Auparavant, les trieurs optiques prenaient ça pour du plastique opaque, rappelle Stéphane Bertrand. Désormais, les machines savent que c’est une simple bouteille en PET."
Le plastique recyclé toujours plus cher que le plastique vierge
Tous ces efforts investis dans la qualité du tri visent un objectif : massifier les quantités de plastique triées pour donner vie à une filière de recyclage rentable. "La difficulté que nous rencontrons aujourd’hui, c’est le coût de la matière première", pointe Catherine Métille, responsable territorial Grand Est et Bourgogne Franche Comté pour Citeo. L’éco-organisme, financé à hauteur de 1,5 milliard d’euros par les industriels mettant des emballages ménagers et du papier sur le marché, a investi 15 millions d’euros pour démarrer le centre de surtri d’Épinal, sur un total de 19 millions d’euros, et prépare actuellement la mise en service d’un quatrième centre de surtri, en région parisienne. "Le plastique issu du pétrole est moins cher que le plastique recyclé, la différence va du simple au double. Et aujourd’hui, il n’y a pas d’incitation financière pour les entreprises à utiliser du plastique recyclé."
Pour la responsable de Citeo, la meilleure piste pour mettre sur le marché plus de plastique recyclé, c’est d’inciter le consommateur à mieux trier. "Actuellement, même si 75 % des emballages plastiques mis sur le marché peuvent être recyclés, seuls 25 % de ces emballages sont effectivement recyclés", détaille Catherine Métille. Concrètement, en 2024, les industriels ont produit un total de 5,5 millions de tonnes d’emballages sur le marché français, dont 1,2 million de tonnes d’emballages en plastique. Seules 326 000 tonnes ont été recyclées, soit exactement 26 %. Le pire résultat parmi tous les types d’emballages, que ce soit le papier, le carton, l’aluminium ou encore le verre. À leur sortie du centre de surtri, les différentes résines plastiques sont traitées sur le territoire français, à l’exception du polystyrène confié au belge Indaver, spécialiste du recyclage chimique, et à l’espagnol Eslava, acteur historique du recyclage mécanique de cette résine. Certains plastiques sont valorisés dans le Grand Est à l’instar des barquettes de PET monocouche traitées mécaniquement par Wellman à Verdun, dans la Meuse.
Des modèles économiques difficiles à bâtir
"Il n’est pas possible de démarrer une usine de recyclage pour une ou deux tonnes par an, insiste Catherine Métille. La seule solution, c’est la massification." Dans la région, les ambitions du recyclage se sont déjà heurtées aux réalités industrielles : la greentech Carbios, installée à Clermont-Ferrand, a choisi le site de Longlaville, en Meurthe-et-Moselle, pour faire sortir de terre une usine à 230 millions d’euros capable de recycler chimiquement du PET, en revenant à une molécule vierge. Des flux triés à Épinal devaient être recyclés à Longlaville. Mais à l’heure actuelle, le projet accumule les retards, et les dirigeants s’écharpent devant la justice sur la stratégie industrielle. Et pendant ce temps, le procédé doit être déployé en Chine au cours du premier trimestre 2026.