On connaissait les menus entrée-plat-dessert. On s’habituera peut-être très bientôt aux formules salade composée-fourchette à croquer. C’est en tout cas ce qu’espèrent Tiphaine Guerout et Johanna Maurel, cofondatrices de la société marseillaise Koverte (CA : nc) à l’origine des couverts en biscuit Koovee. Un produit bio et made in France pensé dès 2019 comme une alternative à ceux en plastique (interdits depuis 2021) et ceux en bois, très difficilement traçables, souvent issus de la déforestation et traités avec des produits néfastes pour la santé. Autant d’arguments qui ont récemment convaincu Carrefour de référencer Koovee dans l’ensemble de ses rayons snacking.
Un référencement national
"On a commencé en janvier en test en Ile-de-France et dans le Sud-Est et les performances ont vite été au rendez-vous, retrace Tiphaine Guerout. Ça a donc très rapidement été élargi au niveau national." Déclinés en cuillère, fourchette, couteau, petite cuillère et bientôt touillette (nature, à la vanille ou aux herbes de Provence), vendus dans un emballage papier biodégradable (ou en vrac), les couverts Koovee ont trouvé leur place à côté des taboulés, plats préparés et autres salades de fruits à emporter. Contrairement aux autres couverts qui ne peuvent être proposés dans un rayon réservé à l’alimentaire.
Un produit alimentaire à part entière
"Nos produits sont comestibles et référencés en frais, ils sont d’ailleurs éligibles aux tickets- restaurant", explique la présidente de Koverte, qui glisse au passage qu'"ils peuvent être suspendus à des cravates, ce qui ne prend pas de place dans le rayon, mais ça apporte un chiffre d’affaires additionnel. D’autant que grâce aux couverts, certains clients achètent une salade plutôt qu’un sandwich, moins cher."
40 millions de couverts produits en 2027
Pour l’heure, Koovee est distribué dans plus de 300 magasins Carrefour mais le tandem de trentenaires mise sur une montée en puissance. "Ça fait changer l’entreprise d’échelle", se réjouissent-elles, conscientes que pour pouvoir se développer, avec des couverts coûtant environ 70 centimes d’euros pièce au consommateur, il faut vendre par centaines de milliers. Tout le projet repose d’ailleurs sur la scalabilité. "Aujourd’hui on fabrique 1,5 million de produits par an mais nous avons la capacité d’en fabriquer 5 millions. On table sur 20 millions l’an prochain et 40 millions en 2027, précise Johanna Maurel. C’est vraiment un projet de volume."
Une levée de fonds de 1,5 million d’euros en 2024
Un projet qui a d’abord grandi grâce à leurs fonds propres et des aides, notamment de Bpifrance. Avant une levée de fonds de 1,5 million d’euros auprès de business angels et du fonds d’investissement Frenchfounders, sans perdre le contrôle de l’entreprise, en 2024. Il a fallu trois années de R & D pour trouver le procédé de fabrication permettant d’obtenir des couverts solides et gourmands.
De nouvelles cibles prometteuses
"Au départ, on ciblait l’événementiel, les festivals, les traiteurs, la restauration à emporter" raconte Tiphaine Guerout. Koovee a alors fourni les bars à salades marseillais Picadeli, le mayennais MyPie, Danone, Häagen-Dazs ou le Hellfest. "Puis le Covid a rebattu les cartes, prolonge Johanna Maurel. La partie "événementiel" a fortement chuté, il y a eu une pénurie de couverts en bois en provenance de Chine et la restauration à emporter a explosé dans les grandes et moyennes surfaces (GMS)."
Convaincre les industriels
Une nouvelle cible majeure est ainsi apparue, en plus des acteurs de la restauration sur le pouce qui n’ont plus le droit d’utiliser des couverts jetables pour les repas à emporter. Elle a même ouvert d’autres perspectives. Car si les couverts Koovee s’installent à côté des salades, ils pourraient aussi se glisser "dans" les salades vendues par les industriels, en supermarché comme en restauration collective. À l’image de Sodebo qui a ajouté une fourchette comestible dans les siennes et "éduque" le marché, selon les dirigeantes de Koverte.
Une trajectoire d’hypercroissance
"On est à un tournant, assure Tiphaine Guerout. Carrefour, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Nous sommes aussi présents dans certains Monoprix, Franprix, Naturalia et Promocash. On est en discussion avec Intermarché…" Il va donc falloir à nouveau trouver des investisseurs ? "Forcément, puisqu’on a une trajectoire d’hypercroissance, reconnaît-elle. C’est la profondeur du marché qu’on a créé qui veut ça. Grâce à la R & D, on est leader. Le pari est payant." 17 salariés s’activent aujourd’hui pendant 8 heures dans l’atelier des quartiers Nord de Marseille, dont une partie en insertion professionnelle et une personne en situation de handicap. Et l’amplitude horaire devrait bientôt doubler avec l’automatisation et de nouvelles recrues.