Avec un premier méthaniseur à Nancy, le groupe marseillais CVE affiche ses ambitions dans le Grand Est
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Avec un premier méthaniseur à Nancy, le groupe marseillais CVE affiche ses ambitions dans le Grand Est

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Pour un investissement de 22 millions d’euros, le groupe marseillais CVE fait sortir de terre son premier méthaniseur dans le Grand Est. Situé à Ludres, en périphérie de Nancy, ce premier chantier doit servir de référence au groupe pour prendre pied dans la première région française pour la production de biométhane.

La production de biométhane se fera au cœur de deux cuves de 3 500 m3 chacune — Photo : Jean-François Michel

Le chantier du méthaniseur de Ludres, en périphérie de Nancy, entre dans sa dernière ligne droite : la mise en service est prévue pour septembre 2026. "Nous pourrons alors commencer par traiter les premières tonnes de biodéchets, puis la première injection de biométhane se fera vraisemblablement fin novembre. Nous serons 100 % opérationnels fin février 2027", anticipe Jérôme Fabiani, responsable du développement de CVE Biogaz dans le Grand Est.

70 % de dettes bancaires, 30 % de fonds propres

Jérôme Fabiani est le responsable du développement de CVE Biogaz dans le Grand Est — Photo : Jean-François Michel

Le groupe marseillais CVE a mobilisé un total de 22 millions d’euros, dont 70 % de dettes bancaires et 30 % de fonds propres, afin de faire sortir de terre cet équipement dimensionné pour produire 31 GWh de méthane par an, soit la consommation en gaz de 2 800 foyers. Une fois en service, le méthaniseur exploité par CVE à Nancy sera le 11e du groupe, qui réalise un total de 110 millions d’euros de chiffre d’affaires avec une équipe de 500 salariés.

70 %

"Aujourd’hui, les activités liées à l’énergie solaire pèsent 70 % du chiffre d’affaires du groupe", précise Jérôme Fabiani. Mais le développement de la production de biométhane, soit le tiers de l’activité du groupe, est devenu stratégique : la troisième version de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a douché la croissance exponentielle du solaire, tout en consacrant la place du biométhane. L’objectif fixé par la PPE3 aux producteurs de biométhane doit permettre d’atteindre 44 TWh installés à l’échelle du pays en 2030, soit presque trois fois plus que la capacité actuelle.

Deux nouveaux projets dans le Grand Est

Pour réaliser ses ambitions dans la production de biométhane et réussir à construire 60 méthaniseurs dans tout le pays d’ici à 2030, la filiale de CVE, CVE Biogaz a levé début 2025 un total de 70 millions d’euros auprès du fonds Low Carbon Transition Infrastructure Equity de BNP Paribas Asset Management. Pour le groupe marseillais, prendre pied dans le Grand Est est nécessaire : la région est en effet la première productrice de biométhane en France, avec 131 sites qui injectent du biométhane pour une capacité installée de plus de 3 TWh.

La mise en service du méthaniseur de Ludres est programmée pour septembre 2026 — Photo : Jean-François Michel

"Dans le Grand Est, nous voulons lancer deux projets par an", lâche Jérôme Fabiani, tout en dévoilant deux projets : un méthaniseur en périphérie de Strasbourg, et un autre dans le Nord de la Meuse, près de Verdun. "Notre modèle, c’est le méthaniseur territorial", souligne le responsable du développement de CVE Biogaz dans le Grand Est. Comprendre, un méthaniseur exploitant les ressources du territoire, inséré dans les écosystèmes locaux, tout en veillant à communiquer pour ne pas attiser les craintes des populations locales, souvent rétives à l’installation de ces équipements réputés pour dégager de mauvaises odeurs.

Un méthaniseur conçu aux "standards industriels"

Pour empêcher les mauvaises odeurs de se répandre, le bâtiment de déchargement des camions sera dépressurisé — Photo : Jean-François Michel

À Ludres, le méthaniseur de CVE est situé dans une zone d’activité, à l’écart de toutes les habitations. Pourtant, un luxe de précautions a été pris pour éviter toutes les nuisances possibles : les camions remplis de biodéchets seront déchargés à l’abri d’un bâtiment fermé et dépressurisé, quand le traitement de l’air sera confié à un système complexe de filtration par copeaux de bois. "Nos standards sont industriels", souligne Jérôme Fabiani, en insistant sur la bonne conduite de l’installation : cinq emplois seront créés pour piloter la production, impliquant notamment la surveillance de la méthanisation se déroulant au cœur de deux cuves de 3 500 m3.

33 000 tonnes

Pour réussir à produire 31 GWh par an de biométhane, il faudra rassembler un total de 33 000 tonnes de matières organiques, dont de 18 000 tonnes de biodéchets, collectés dans les poubelles dédiées des habitants de la métropole du Grand Nancy ou encore dans les restaurants et les cantines scolaires par Veolia. "En plus de 60 % de biodéchets, notre recette comporte aussi 15 % de graisses de restauration, 15 % de coproduits d’amidonnerie et 10 % de boues papetières", dévoile Jérôme Fabiani, tout en restant discret sur la provenance de ces déchets, pour cause de "contrats mouvants".

Un engrais moins cher pour les agriculteurs

Si la vente de gaz à Engie, dans le cadre d’un contrat de 15 ans, représentera une très large part du chiffre d’affaires réalisé par le méthaniseur une fois en fonctionnement, le groupe CVE insiste sur la vente de digestat à 22 agriculteurs locaux. Le plan d’épandage, validé par les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, doit permettre à 30 000 tonnes de ce digestat, soit un fertilisant résultant du processus de méthanisation, d’être répandu sur 2 600 hectares de terres agricoles autour de Nancy.

L’installation d’un hygiéniseur va permettre de supprimer l’essentielle des bactéries pathogènes — Photo : Jean-François Michel

"Nous pourrons vendre ce digestat pour un tarif entre 30 et 40 % inférieur à celui des engrais azotés", se félicite le responsable du développement de CVE Biogaz dans le Grand Est. Traditionnellement, ces engrais azotés sont produits en utilisant de l’ammoniac, lui-même tiré du gaz naturel. "Notre digestat ne sera pas soumis à des effets de volatilité du fait du prix des matières premières fossiles", souligne Jérôme Fabiani en faisant référence au blocage du détroit d’Ormuz consécutif à l’intervention américaine en Iran, opération qui a débouché sur une envolée du prix du gaz naturel exporté depuis le Moyen Orient.

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