L’installation photovoltaïque, légère par ses structures en acier, s’élève à 4,5 mètres au-dessus des allées de poiriers cultivés en agriculture biologique. Elle diffuse de l’ombre sur les arbres tout en produisant de l’énergie solaire pour une puissance de 50 kWc. Présenté le 9 juin 2026 à Mallemort (Bouches-du-Rhône), ce démonstrateur baptisé "Fructus Aqua Solar" constitue la première centrale agrivoltaïque du groupe marseillais CVE. L’expérimentation se déroule en collaboration avec l'INRAe et la station arboricole de la Pugère, un verger de 18 hectares où sont explorées des technologies pour l'agriculture. "C'est le site de crash test des producteurs" résume Denis Ravanas, son coprésident. CVE a investi 100 000 euros sur sa réalisation, sans aide publique.
Durant trois ans, une doctorante de l’entreprise, Isabelle Le Moine, assurera le suivi scientifique, technico-économique et agronomique de l’intérêt de telles ombrières fixes dotées de panneaux semi-transparents (à 33 %). Plusieurs thématiques seront analysées : la préservation des arbres et des fruits vis-à-vis des aléas climatiques (gel, grêle, sécheresse…) et des nuisibles, l’évolution de leurs besoins d’irrigation, la floraison et la productivité du verger… La parcelle de près de 1 500 m² est jouxtée de plantations non équipées. Trois récoltes seront observées jusqu’en 2028.
Un 1er pas pour des enseignements futurs
"L’innovation est un axe fort de notre activité pour anticiper des évolutions technologiques, réglementaires ou de marchés et participer à la construction de nouveaux modèles, explique Vicky Sallier-Viguet, responsable innovation et prospective de CVE. À notre connaissance, ce 1er démonstrateur en panneaux semi-transparents et sans tracker est le premier en France pour des fruits à pépins. Ses résultats nous permettront d’envisager un déploiement à plus grande échelle à l’avenir".
"Les projets futurs cibleront des exploitations d’au moins 10 hectares avec une puissance de 7 MW"
Pour Isaure Païtard, chargée de projets nouvelles solutions agrivoltaïques chez CVE, "Nous voulons prouver les bénéfices de cette solution technique pour les vergers de fruits à pépins. Les projets futurs cibleront des exploitations d’au moins 10 hectares avec une puissance de 7 MW. Mais chaque projet est conçu au cas par cas par notre bureau d’études. Nous avons discuté de ce projet en 2021 avec La Pugère. La station avait noté une surfloraison des arbres exposés à un fort ensoleillement. Elle cherchait une solution agrivoltaïque qui respecte un juste équilibre entre productions énergétique et agronomique".
Réalisant un chiffre d’affaires de 123 millions d’euros (2025) pour plus de 1 GW en exploitation en photovoltaïque et biogaz et plus de 500 collaborateurs (France, Chili, États-Unis), CVE s’ouvrirait une nouvelle branche de croissance…
Mieux répondre aux attentes
Pour Milan Brégeon, responsable fertilisation et nutrition des plantes de la Pugère, ce démonstrateur sur verger existant aidera aussi demain à anticiper les attraits de telles ombrières sur des parcelles nouvelles.
"Nous allons aussi vérifier si un tel aménagement entraîne une diminution de l'utilisation de produits phytosanitaires"
Et sur d’autres fruits, comme les pommes ou les prunes. "Les résultats des expériences ne sont jamais transposables à 100 % mais il y a des phénomènes communs. Nous allons aussi vérifier si un tel aménagement entraîne une diminution de l’utilisation de produits phytosanitaires", indique-t-il.
"Selon les variétés, il peut y avoir des réponses très différentes à l’ombrage", prolonge Gilles Vercambre, responsable scientifique du projet pour l’INRAe. CVE n’attendra pas cependant l’intégralité du suivi pour proposer des offres commerciales au monde agricole. "Nous pouvons nous baser sur la littérature existante et d’autres expériences en Europe pour répondre à ses attentes", confie Vicky Sallier-Viguet.