À entendre les équipes du CNRS Côte d’Azur (Centre national de la recherche scientifique), il semble bien que l’infrastructure MEUST (Mediterranean Eurocentre for Underwater Sciences and Technologies) porte bien son nom, évoquant inévitablement le mot emprunté à l’anglais "must". Même s’il est possible qu’elle soit encore rebaptisée d’ici sa prochaine inauguration sur le port de Brégaillon, entre deux darses du plus grand port scientifique d’Europe en longueur de quai, à La Seyne-sur-Mer (Var). Car MEUST est, au départ, l’acronyme désignant un projet cofinancé par l’Union européenne afin de déployer des télescopes sous-marins nouvelle génération, qui inclut ce bâtiment neuf de 2 450 m² dessiné par l’agence toulonnaise BBG architectes. Un site unique et précieux qui fera office de base méditerranéenne pour différents laboratoires.
Sur le point d’être livré, dans le cadre d’une concession et d’une autorisation d’occupation temporaire (AOT, le terrain appartenant à Toulon Provence Méditerranée, dans une zone gérée par la CCI du Var), il a mobilisé près de 10 millions d’euros. Dont 5,5 millions d’euros investis par le CNRS, 1,75 million d’euros du Département du Var, autant de la Métropole Toulon Provence Méditerranée et 500 000 euros de la Région Sud. "Le plus long a été de monter l’enveloppe financière, de présenter un projet qui puisse embarquer tout le monde, reconnaît Jean-Daniel Barde, le responsable adjoint du service technique et logistique au CNRS Côte d’Azur. Mais les collectivités sont sensibles à la visibilité de la recherche sur leur territoire. La Ville de La Seyne travaille depuis longtemps sur le Pôle mer et avait à cœur de montrer qu’il est dynamique. La Métropole a suivi, comme le Département. Quant à la Région, la recherche est dans ses compétences."
Des collectivités investies dans le financement
Tous sont soucieux de conforter l’attractivité d’une zone qui abrite déjà le Technopôle de la Mer à Ollioules et La Seyne, premier technoparc européen dédié à la sécurité et à la sûreté maritimes ainsi qu’au développement durable. Et surtout l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), voisin direct de MEUST, qui hébergeait jusque-là la vingtaine de membres (18 ingénieurs, personnels techniques et administratifs, ainsi que deux marins) de la Division technique de l’Institut national des sciences de l’univers (DT Insu) du CNRS, qui va en grande partie occuper le bâtiment MEUST. Le service est en charge des instruments, logiciels, bateaux et autres outils qu’utilisent les chercheurs.
Vers un "campus commun" avec l’Ifremer
"C’était très important pour nous d’être à proximité de la base de l’Ifremer, parce qu’à terme on voudrait supprimer la grille entre notre site et le leur pour créer un campus commun", explique Jean-Daniel Barde. Au rez-de-chaussée, 2 400 m² d'espaces industriels, en bordure du quai où les navires pourront accoster et où les containers pourront être chargés et déchargés. Un grand hall avec pont roulant, destiné à stocker ces derniers et à préparer le matériel, un garage à bateaux, une salle dédiée aux opérateurs, un atelier électronique ou encore un bassin d’essai. Mais aussi un important data center, d’où partent notamment les lignes vers le site du consortium européen KM3net, qui développe un télescope à neutrinos (qui sont des particules élémentaires) câblé, immergé à 2 500 mètres de fond à 40 kilomètres de La Seyne.
20 à 30 personnes sur le site
À l’étage, les bureaux pour les agents de la DT Insu, mais aussi pour deux personnes du CPPM (Centre de physique des particules de Marseille) amenées à venir y travailler ponctuellement et deux autres pour des permanents de l’Institut méditerranéen d’océanologie. "Selon les périodes, jusqu’à trente personnes seront réunies sur le site", résume Jean-Daniel Barde.
Parmi elles, Carl Gojak, responsable du service instrumentation de la DT Insu de la Seyne-sur-Mer, qui suit le projet depuis ses prémices. "Il est né face à un manque d’espace exprimé par l’équipe multidisciplinaire de la DT Insu, à l’étroit à l’Ifremer, retrace-t-il. Certains travaillent en milieu profond, jusqu’à 6 000 mètres, d’autres à 2 500 mètres… Il fallait répondre aux différents besoins." Et ce sans s’éloigner de leur partenaire, dont ils utilisaient jusque-là les bureaux comme les robots, et avec qui la mutualisation des outils mais aussi les collaborations vont se poursuivre, voire, s’intensifier. Comme le travail avec les universités de Toulon, Aix-Marseille et Nice. À terme, des liens pourraient également être tissés avec des entreprises privées, notamment dans le cadre de contrats de recherche.