Tout est dans le nom. Sandra Le Jan a choisi d’appeler son entreprise, fondée en 2025, Parfum d’Éthique, affichant clairement son secteur d’activité et ses valeurs.
Invendus ou imparfaits
Après une première carrière dans les ressources humaines et le recrutement, notamment au sein de groupes internationaux, elle est devenue professeur à l’Edhec, à Nice, avant de se lancer en 2025 dans l’entrepreneuriat afin de revaloriser les produits parfumés issus des stocks dormants de fournisseurs grassois, qu’elle revend à moitié prix.
"Mon concept, c’est bien d’acheter les stocks dormants, résume-t-elle. Donc soit des invendus, soit des produits dont le packaging est légèrement imparfait, avec une étiquette légèrement décalée par exemple. L’essentiel est pour moi qu’ils ne soient pas détruits, ce qui se fait soit à haute température, soit par enfouissement. Même si avec la loi AGEC, on ne doit plus détruire."
Plus largement, Sandra Le Jan espère pouvoir rendre l’imperfection "désirable" et changer ainsi les mentalités. À l’image des légumes moches en grande surface.
Un circuit ultracourt
Elle a répertorié quelque 1 400 créateurs en France et en a contacté près de 200. Pour l’heure, elle travaille avec une dizaine de marques grassoises dont PH Fragrances, Bougie et Senteur ou Né à Grasse. "Ce sont des marques de niche, confidentielles, précise-t-elle. Dans mon domaine, le sourcing circulaire n’est pas infini, heureusement, mais il est très, très qualitatif."
Un circuit ultracourt donc auquel Parfum d’Éthique apporte la brique manquante. Fabriqués en Pays de Grasse, ces parfums et bougies sont à ce jour distribués dans quatre concept stores de la Côte d’Azur, en plus de ventes directes chez des particuliers, à la mode Tupperware (ce qu’on appelle désormais le marketing de réseau).
Un contre-modèle
Celle qui se positionne comme une "start-up low tech", refuse d’avoir une application internet. Parfum d’Éthique repose sur " un modèle frugal, sans dépenses inutiles, souligne Sandra Le Jan. Mon smartphone est recyclé. Je livre et j’achète mes produits en voiture électrique. J’ai désormais un site internet devenu nécessaire pour le B to B mais je ne travaille pas avec l’IA."
Après des années dans la distribution spécialisée au sein d’une grande entreprise de bricolage, en France puis en Italie, Sandra Le Jan sait ce qu’elle ne veut pas. Ou plus. "Mon parcours a modelé en moi de nouvelles manières de consommer, en contre-modèle, en fait. Comme si j’étais repentie. La planète a des ressources très limitées, il ne faut plus que le consommateur pense qu’il peut tout avoir."
De Thales Alenia Space à Sundesk
Si la vente en B to B, plus difficile, ne représente à ce jour que 10 % des ventes, la dirigeante vise les 70 % d’ici deux à trois ans. Pour cela, elle démarche les entreprises où elle trouve parfois un véritable alignement de valeurs. À l’image de Thales Alenia Space, à Cannes, dont le CSE a été séduit par sa démarche, lui permettant de réaliser des ventes dans l’année auprès des salariés. De même au sein de Sundesk, spécialiste du coworking à Sophia Antipolis.
Parfum d’Éthique se donne deux ans pour atteindre la rentabilité et recruter. "Je suis persuadée que mon concept est extrêmement légitime, conclut Sandra Le Jan. Sa croissance sera peut-être lente, mais il est légitime."
Alors que son année d’accompagnement aux DéCCIdeuses (incubateur de la CCI Nice Côte d’Azur dédié à l’entrepreneuriat féminin) s’apprête à prendre fin, elle pourrait rejoindre à la rentrée, Com’1Lab à Grasse, un incubateur de projets d’innovation sociale intégrant les principes de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).