Occitanie

Conjoncture

Interview Coronavirus - CCI Occitanie : «Une intervention européenne rapide et massive pour sauver le secteur aéronautique»

Entretien avec Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie

Propos recueillis par Paul Falzon - 29 avril 2020

Face aux risques pesant sur le secteur aéronautique, le président de la CCI Occitanie Alain Di Crescenzo réclame une intervention rapide de l’Union Européenne pour sauvegarder les entreprises et les savoir-faire. Autre sujet d’inquiétude, le tourisme, pour lequel le PDG de l’éditeur toulousain de logiciels IGE-XAO réclame un étalement du prêt garanti par l’État sur au moins dix ans.

Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie, premier vice-président de CCI France et PDG de l’éditeur toulousain de logiciels IGE-XAO.
Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie, premier vice-président de CCI France et PDG de l’éditeur toulousain de logiciels IGE-XAO. — Photo : Lydie Lecarpentier

Le Journal des Entreprises : Quel est l’impact économique de la crise du coronavirus en Occitanie ?

Alain Di Crescenzo : Notre région subit comme les autres un impact économique majeur sur des secteurs comme le commerce ou les services. Un tiers des salariés d’Occitanie est aujourd’hui en chômage partiel. Mais les trois filières les plus impactées par la crise sont aussi celles qui pèsent le plus d’emplois en Occitanie : l’agriculture et l’agroalimentaire, le tourisme et l’aéronautique. Sur l’agriculture, les problématiques du début de la crise (organisation des récoltes, distribution) sont petit à petit en train de se résoudre. Mais l’impact est majeur sur les produits destinés à l’export, à commencer par le vin qui souffrait déjà avant la crise, du fait des taxes américaines à l’exportation décidées par l’administration Trump.

Sur le tourisme, on constate que quasiment toutes les réservations allant des mois d’avril à juin sont annulées. Notre crainte est que le phénomène se poursuive pour les mois d’été, d’autant que les touristes étrangers, qui constituent une part majeure de la clientèle, ne seront pas au rendez-vous. Faute d’activité cet été, le risque est que les entreprises dont l’activité est par nature saisonnière (campings, plagistes…) ne passent pas l’année. Les aides gouvernementales ne suffiront pas pour le secteur touristique : il faudra passer par un abandon des créances fiscales et sociales, et par un étalement du remboursement des prêts garantis par l'Etat (PGE) non pas à cinq ans, mais à dix ou quinze ans pour laisser aussi aux entreprises les moyens d’investir.

Et sur l’industrie aéronautique ?

Alain Di Crescenzo : Le secteur se retrouve face à une crise inédite. Songez qu’avant la crise, l’activité était à son maximum avec une visibilité à dix ans ! Nous prévoyons que la production sera réduite de 50 % en 2020, d’un tiers en 2021 et de 20 % encore en 2022. La filière aéronautique pèse 200 000 emplois en Occitanie, dont la moitié d’emplois indirects ; le risque social concerne au moins 40 000 emplois. Des entreprises sont en danger rapide de fermeture : si elles disparaissent, notre région perdra non seulement des emplois mais aussi des savoir-faire.

"Il faut une injection rapide et massive d’argent dans l’aéronautique. Dans six mois, il sera trop tard."

Sur l’aéronautique, l’enjeu est aussi économique que stratégique. Le soutien aux compagnies aériennes peut s’organiser sur une base nationale, mais pour ce qui est de sauvegarder la filière la réponse se situe au niveau européen. Quand des régions concurrentes comme la Chine ou les États-Unis redémarreront, il faudra que l’UE soit en mesure de répondre. Nous avons besoin d’une injection rapide et massive d’argent au niveau européen pour maintenir une filière compétitive. Cet argent devra servir à renforcer le haut de bilan des entreprises pour préserver nos infrastructures industrielles. Dans six mois, il sera trop tard : cette crise, nous la combattrons par la réactivité et par la solidarité.

Comment le réseau des CCI d’Occitanie s’est-il mobilisé dans la crise ?

Alain Di Crescenzo : Nous avons mobilisé une équipe de 212 personnes qui a répondu à plus de 27 000 demandes d’information par mail ou téléphone. Dans 95 % des cas, les sollicitations sont venues d’entreprises de moins de 50 personnes : les dirigeants sont souvent perdus face à l’avalanche de décrets et décisions des dernières semaines, notamment sur le PGE ou l’activité partielle

Nous avons également agi via des commandes groupées de masques, la création d’une plateforme listant les entreprises ouvertes dans la région, ou encore la mise en place du réseau Ecoboost pour inciter les entreprises à créer des communautés d’acteurs par filières.

Le déconfinement va s’amorcer le 11 mai : comment envisagez-vous la reprise pour els entreprises ?

Alain Di Crescenzo : Dans un premier temps, le plus important est d’assurer un bon redémarrage de nos activités. Nous allons continuer à sensibiliser les entreprises sur les gestes barrières et bonnes mesures pour assurer la sécurité de leurs salariés et de leurs clients. Il faudra ensuite relancer l’activité en communiquant sur le terrain et en veillant à travailler par écosystème. Un exemple : si la réserve de Sijean rouvre, il faut que les touristes puissent trouver autour des hôtels et des restaurants pour les accueillir…

"Il nous faudra reparler de planification industrielle."

À plus long terme, il est évident que nous devrons reconstruire notre économie sur de nouvelles bases. Notre pays ne peut plus être dépendant pour la fourniture de produits élémentaires pour la santé ou l’alimentation des citoyens. Il va falloir réapprendre à consommer local, ce qui ne veut pas dire se fermer aux échanges internationaux mais défendre, quand il le faut, des filières utiles à la souveraineté nationale. Pour cela, il nous faudra sans doute reparler d’une notion qui semble appartenir au passé : la planification industrielle. Et pas sur des périodes correspondant aux mandats électoraux, mais à un horizon de 10 ou 20 ans.

Il me semble que les Français sont prêts à modifier leurs pratiques de consommation : ils étaient déjà sensibilisés par la dimension environnementale, ils découvrent maintenant l’intérêt économique de maintenir des filières locales fortes.

Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie, premier vice-président de CCI France et PDG de l’éditeur toulousain de logiciels IGE-XAO.
Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie, premier vice-président de CCI France et PDG de l’éditeur toulousain de logiciels IGE-XAO. — Photo : Lydie Lecarpentier

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