Occitanie

Aéronautique

Enquête Coronavirus : une année 2020 perdue pour les PME occitanes de l'aéronautique ?

Par Paul Falzon, le 23 avril 2020

Au ralenti depuis le début de la crise sanitaire, les sous-traitants de la filière aéronautique d’Occitanie doivent faire face à la baisse des cadences décidées par leurs donneurs d'ordre. Le redéploiement sur de nouveaux marchés pourrait les aider à limiter l'impact sur l'outil industriel et l'emploi.

La baisse des cadences chez Airbus fait revenir la filière au niveau de production de 2015. — Photo : DR

Les mesures de confinement les ont souvent contraintes à fermer les ateliers, pour quelques jours ou quelques semaines. Les baisses de production décidées par les donneurs d’ordre, à commencer par la réduction d’un tiers des cadences annoncée par Airbus, ont ensuite chamboulé leurs carnets de commandes des prochains trimestres, voire des prochaines années. Les sous-traitants de la filière aéronautique d’Occitanie font face à un choc industriel inédit par sa violence, avec le risque d’un enlisement durable si l’arrêt du trafic aérien devait précipiter les compagnies les plus fragiles vers la faillite.

Si la crise n’épargne pas les géants de la supply-chain, à l’image de Latécoère qui vient d’annoncer une baisse d’activité de 15,9 % au premier trimestre 2020,  elle met en première ligne les PME et ETI qui ne disposent pas des mêmes moyens financiers pour traverser cette période de turbulences.

Des sous-traitants qui tournent à 50 % de leurs capacités

Dans les entreprises, les mesures d’urgence ont vite été prises. « Nos encours dépassent souvent un an entre la production et la livraison chez le client final : nous avons très vite décidé de ralentir la cadence pour lisser la baisse d’activité des prochains mois, explique Gilles de Raffin, président du groupe toulousain R-Méca (140 salariés, CA 2019 : 19 M€), spécialisé dans la mécanique de précision. Et nous avons progressivement accru le recours au chômage partiel, qui concerne désormais 40 % de nos effectifs. »

Avec les stocks déjà constitués par les donneurs d’ordre, les sous-traitants auront « du mal à tourner à plus de 50 % de leurs capacités d’ici la fin 2020 », estime pour sa part Yann Barbaux, président du cluster Aerospace Valley, qui fédère 650 membres en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine. « La baisse des cadences chez Airbus fait revenir la filière au niveau de production de 2015. En cinq ans, 20 000 postes ont été créés dans le grand Sud-Ouest au sein des entreprises de l’aéronautique, et dans une moindre mesure dans le spatial : ce sont ces emplois qui sont aujourd’hui menacés », pointe celui qui est par ailleurs vice-président Innovation au sein d'Airbus.

Vers une nouvelle phase de consolidation ?

La pérennité même de certaines entreprises est en jeu. « Beaucoup de sous-traitants de rang 2 souffrent déjà depuis plusieurs années, en volume de travail et en marge. Les avionneurs n’ont pas lancé de nouveaux grands programmes, et le surplus d’activité sur les programmes existants s’est largement reporté vers les pays best cost (à bas coûts, NDLR) », résume un dirigeant de PME. Pour l’heure, aucune défaillance d’entreprise n’est encore annoncée.

« La crise va accentuer les tendances lourdes du secteur, à commencer par la consolidation. La filière travaille depuis plusieurs années à rapprocher les entreprises familiales pour les constituer en ETI : l’enjeu est que ces PME acquièrent les moyens financiers et humains de développer une autonomie stratégique qui les sortent de la logique de sous-traitance », analyse Guillaume Mortelier, directeur exécutif en charge de l’accompagnement au sein de Bpifrance. La banque publique pilote avec le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) l’accélérateur « Ambition PME-ETI » qui a accompagné une centaine d’entreprises du secteur en trois ans.

Attaquer de nouveaux marchés

À moyen terme, la crise de l’aviation civile pousse les sous-traitants à développer d’autres segments du marché aéronautique pour sauver leur outil et l’emploi. « Certaines activités devraient mieux résister que d’autres : la défense, le spatial et les télécoms, le fret aérien, souligne Nicolas Pobeau, président du groupe Recaero (710 salariés, CA 2019 : 51 M€), basé en Ariège et spécialisé dans la fabrication de pièces de rechange pour l’aéronautique. La diversification n’a de sens que si elle s’appuie sur notre appareil industriel et nos savoir-faire. »

D’autres PME n’excluent pas d’attaquer de nouveaux marchés. « Tous les secteurs industriels souffrent actuellement, mais certains rebondiront plus vite que d’autres : ce ne sera pas le cas de l’aéronautique, anticipe Gilles de Raffin, dont le groupe R-Meca est déjà positionné sur les secteurs du naval et de l’énergie. La stratégie n’est pas de se battre sur des marchés existants mais de se positionner sur de nouveaux débouchés, si la volonté politique de redévelopper le tissu industriel est toujours là. »

Des passerelles déjà identifiées

Cette stratégie de diversification est défendue depuis plusieurs années par le pôle Aerospace Valley, qui a identifié des passerelles entre l’aéronautique et des secteurs partageant des critères de compétitivité comparables : défense, sécurité civile, énergie, voire santé… « La crise actuelle va encourager les dirigeants à s’intéresser à ces opportunités. L’un des atouts de l’Occitanie est de disposer d’entreprises en capacité de maîtriser toutes les technologies de pointe : si l'on accompagne les PME aéronautiques, elles sauront être performantes sur de nouveaux écosystèmes », conclut Yann Barbaux.

La baisse des cadences chez Airbus fait revenir la filière au niveau de production de 2015. — Photo : DR

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