C’est une douche froide pour les salariés de Vencorex et pour l’ensemble de la filière de la chimie grenobloise. L’entreprise de Pont de Claix (38), en redressement judiciaire depuis l’automne sera finalement reprise par le hongrois BorsodChem, ne préservant que "les activités et actifs attachés au fond de commerce de production de dérivés d’isocyanates (des éléments chimiques nécessaires à la fabrication de peintures et vernis), soit au total 54 salariés, sur les 465 emplois de la société.
L’offre de reprise en coopérative non retenue
Deux offres concurrentes avaient été présentées au tribunal de commerce de Lyon : celle de BosodChem donc, par ailleurs filiale du groupe chinois Wanhua et principal concurrent de Vencorex. Et une offre de reprise en coopérative, portée par une partie des salariés de Vencorex et des collectivités, qui souhaitaient s’allier à un gros industriel pour que le projet soit durable.
Contre toute attente, le tribunal de Lyon s’est donc prononcé en faveur de l’offre du groupe chinois, par ailleurs pour partie responsable de l’effondrement de Vencorex. Wanhua a en effet mis en place une politique de dumping très agressive depuis quelques années. "En 2023, la Chine a subi un ralentissement économique et, afin d’écouler son stock, a inondé le marché européen de Tolonates© à des prix très agressifs, près de 30 % en dessous du prix de fabrication de l’usine de Pont-de-Claix", expliquent les représentants de la CGT.
Une offre sortie du chapeau hier
Un industriel chimiste indien, dont le nom n'a pas été dévoilé, avait pourtant annoncé in extremis être prêt à mettre 44 millions sur la table pour participer au projet de reprise en coopérative et avait remis une lettre d’intention à ce sujet hier même, auprès des salariés de Vencorex. La Région Auvergne Rhône Alpes avait même fait savoir hier qu’elle soutenait ce projet, après avoir échangé avec l’industriel en question. Las, la justice a jugé que cette offre alternative ne permettrait pas de faire perdurer l’entreprise. Notamment parce que les "financements nécessaires n’avaient pas été réunis", selon la décision du tribunal.
"Aujourd’hui, la Région prend acte de cette décision, avec le regret de voir ce fleuron industriel passer sous pavillon étranger. Si nous nous félicitons de la préservation d’une cinquantaine d’emplois, nous aurions souhaité un engagement bien supérieur de la part du repreneur", a ainsi déclaré la Région dans un communiqué.
Une chaîne industrielle menacée
De la survie de Vencorex dépendait pourtant tout un écosystème, dont de grands industriels de la chimie présents sur le territoire, des sous-traitants dans la métallurgie ou la plasturgie et des fournisseurs de matières premières. "On estime que pour un emploi direct chez Vencorex, 5 emplois sont induits. 6 000 postes pourraient ainsi être détruits si l’entreprise disparaît", nous expliquait cet automne Adrien Poirieux, référent départemental CGT 38 pétrochimie.
Les conséquences pour la filière de la chimie grenobloise ont déjà commencé : ainsi le site de Jarrie d’Arkema a entamé un PSE pour réduire les activités de sa plateforme dépendant de l’activité de Vencorex. "Sans sel, Jarrie ne peut plus produire. Nous n’avions plus de sel depuis le 23 octobre 2023. L’arrêt de l’approvisionnement par Vencorex a été très brutal. On a dû repenser le schéma industriel", a ainsi expliqué Marc Schuller, directeur général des opérations du groupe Arkema, lors d’une audition devant le Sénat fin mars.
De même, le site de Jarrie de Framatome a-t-il été contraint de mettre en place un plan de chômage partiel concernant 140 de ses salariés de Jarrie, dont l’activité dépendait directement de celle d’Arkema et de Vencorex. Un jeu de dominos qui ne fait que commencer : les sites isérois de Siqens, Solvay, Air Liquide, Suez ou encore R.S.A Le Rubis dépendent aussi de la production de Vencorex.