Pouvez-vous présenter Salvia Nutrition et votre parcours ?
Salvia Nutrition est une PME familiale et indépendante, spécialisée dans les compléments alimentaires, la cosmétique et les produits de santé à base d’huiles essentielles. Je représente la deuxième génération de l’entreprise, fondée par mon père à la fin des années 1980. Il faisait partie des pionniers de l’aromathérapie et des huiles essentielles. L’aromathérapie est vraiment notre cœur de métier : tous nos produits reposent sur les huiles essentielles, exclusivement certifiées bio. Sur ce secteur, être une entreprise familiale, indépendante, française, est un tour de force. Nos concurrents sont des géants mondiaux.
Votre entreprise a traversé une période difficile avec un redressement judiciaire. Que s’est-il passé ?
Le redressement judiciaire a été prononcé au printemps 2023. Nous avons validé notre plan d’apurement en octobre 2024 et repris les remboursements depuis cette date.
Les difficultés sont liées à une conjonction de facteurs. Pendant le Covid, la demande pour les produits liés à l’immunité a explosé, ce qui a totalement désorganisé les approvisionnements et les stocks. Puis la guerre en Ukraine a entraîné une crise profonde du réseau bio : environ un tiers des points de vente bio ont disparu en France, alors qu’il s’agit de notre principal canal de distribution.
Avez-vous dû ajuster votre organisation ?
Oui. Nous avons supprimé quatre postes et resserré nos effectifs. Aujourd’hui, l’entreprise compte une dizaine de salariés. Tous nos fournisseurs nous ont suivis, ce qui a été déterminant. À aucun moment je n’ai envisagé de céder l’entreprise : nous avons préféré serrer les dents, rester indépendants et rebondir avec nos propres moyens.
Depuis 2024, l’activité est repartie. Nous enregistrons une croissance d’environ + 19 % entre 2024 et 2025. Nous sommes aujourd’hui présents dans 1 600 points de vente, essentiellement dans les réseaux de magasins bio, comme Biocoop ou Naturalia, et partout en France.
Cette période vous a-t-elle conduit à revoir votre stratégie ?
Oui, clairement. Nous avons engagé un véritable pivot stratégique. D’abord, nous avons rationalisé notre offre, en supprimant certains doublons de références – environ 6 % de notre catalogue. Ensuite, nous avons décidé de concentrer nos efforts sur trois axes de marchés porteurs.
Lesquels ?
Le premier axe concerne ce que nous appelons la bobologie du quotidien : des produits « SOS » pour les petits maux courants, pour les enfants comme pour les adultes (boutons de fièvre, petits bobos, soins ciblés). Ce sont des produits en petits conditionnements, à prix plus accessibles, avec de fortes rotations.
Le deuxième axe est la cosmétique bio. Nous en faisons depuis longtemps, mais nous allons élargir et moderniser la gamme, toujours sur le soin (crèmes de jour et de nuit, sérums, élixirs, gommages), sans aller vers le maquillage. Notre clientèle reste plutôt CSP +, sensibilisée à la médecine naturelle, mais il faut renouveler l’offre.
Enfin, le troisième axe concerne la nutrition et les compléments alimentaires, avec un focus sur les problèmes de circulation, notamment les produits destinés aux jambes lourdes, un marché à fort potentiel.
Ces choix impliquent-ils des investissements importants ?
Notre priorité après le redressement a été d’éviter toute rupture de stock, puis de financer l’innovation. Nous avons fait le choix de l’autofinancement, sans ouverture de capital. L’investissement repose donc sur les volumes de vente.
Souhaitez-vous faire évoluer votre distribution ?
Nous voulons d’abord consolider notre présence dans le réseau bio, qui reste naturel pour une marque comme la nôtre. En parallèle, nous souhaitons nous développer davantage en pharmacies et parapharmacies, notamment grâce à l’innovation, aussi bien sur la bobologie que sur la cosmétique et les compléments alimentaires. Enfin, notre site internet, qui porte 40 % de nos ventes, avec des marges plus importantes, est également une priorité stratégique.
Quel est votre objectif à moyen terme ?
De manière raisonnable, nous visons 2 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici deux à trois ans. Atteindre ce niveau sans ouverture de capital serait une vraie performance et marquerait pleinement notre rebond après cette période difficile.